dimanche 15 janvier 2017

Tropique de la violence de Natacha Appanah

Marie a quitté la métropole pour un bel homme qui avait jeté son dévolu sur elle sans qu'elle ne comprenne vraiment ce qu'elle avait de plus que toutes celles qui lui couraient autour. Elle le suit à Mayotte où elle obtient sa mutation. Mais l'enfant tant attendu par le couple ne vient pas et il finit par la quitter pour une femme qui tombera très vite enceinte. Marie n'a pas fait le deuil de l'enfant en perdant son homme. Quand une très jeune réfugiée lui tend son propre enfant qu'elle pense maudit parce qu'il possède un œil vert et un autre noir, elle se débrouille pour qu'il devienne le sien. 

Ce roman n'est pas un roman sur le mal d'enfant. Pourtant, ce sont les premières pages qui sont centrées sur Marie que j'ai le plus aimées. C'est un personnage touchant, qui fait tout ce qu'elle peut pour élever son fils avec amour. Mais elle reste persuadée que chaque corps garde une mémoire de son passé et son fils ne va pas échapper à son destin tragique. Marie ouvre le roman mais c'est une voix mineure puisque la suite oscille entre les points de vue d'autres protagonistes, c'est l'un des aspects qui m'a gênée parce que je n'arrivais pas à m'attacher à un personnage et quand je dis m'attacher, je ne veux pas dire aimer; ce n'est pas important de les aimer ou pas, mais je n'avais pas l'impression d'avoir la possibilité de passer assez de temps avec les uns et les autres. D'autre part, je ne suis pas friande des romans dont les narrateurs sont des adolescents, à quelques exceptions près, et ces ados-là ne m'ont pas embarquée, malgré le sérieux du sujet et la violence dont font preuve ces ados: il y a un petit côté Sa majesté les mouches dans le traitement de la violence juvénile.  

Publié chez Gallimard an août 2016- 175 pages.

Merci au jury de février du Grand Prix des Lectrices de Elle.
A conseiller à ceux qui aiment les romans contenant de nombreuses voix. 

                                                                                            

jeudi 12 janvier 2017

Surtensions d'Olivier Norek

Dans la prison de Marveil, Nunzio Mosconi vit l'enfer. Arrêté après un cambriolage qui avait pourtant bien tourné, il a eu la mauvaise idée de porter l'une des montres numérotées qu'il avait volées et de se faire contrôler après avoir pris de la cocaïne. Il n'a pas les épaules pour survivre en prison et devient très vite une victime sexuelle. L'isolement deviendra la seule solution mais on ne revient pas indemne de ces jours de solitude. Alex, sa soeur, ne supporte pas de savoir son frère dans cet état et elle décide ni plus ni moins de braquer la salle des scellés. Ou plutôt de braquer un employé de la salle des scellés qui fera le boulot pour elle. C'est le capitaine Coste qui sera chargé de cette enquête qui recoupe une autre affaire sur laquelle il travaille: celle du meurtre d'un adolescent juif. 

Ce polar met en scène le capitaine Coste qui apparaît dans deux autres romans. Olivier Norek est lui-même lieutenant de police, il connaît donc bien son sujet et surtout, il semble très bien connaître le milieu carcéral qu'il n'épargne pas. A côté des matons et du directeur de la prison, les policiers ont presque un cœur en guimauve. L'action ne manque pas dans ce polar, on ne va pas dire qu'on s'embarrasse beaucoup avec la psychologie des personnages. Ce n'est pas forcément ma tasse de thé mais c'est un polar efficace, même si certaines phrases clichés des moments pré ou post-sexuels m'ont fait sourire. J'ai quand-même été gênée aux entournures, comme ça m'arrive régulièrement avec ce genre de livres, par la légitimation du meurtre dans certains cas. D'un autre côté, l'aspect pas politiquement correct de la scène impliquant un chat m'a amusée. C'est donc un polar qui plaira aux amateurs du genre, il a d'ailleurs obtenu le prix Le Point du polar européen 2016. Tous les blogs spécialisés dans le polar l'ont adoré, ce qui me conforte dans l'idée que je ne serai jamais une spécialiste du genre. 
Pour Lea Touchbook, ce n'est pas le meilleur de l'auteur. 

Publié chez Michel Lafon en mars2016- 499 pages

Merci au jury de janvier du Prix Elle.
A conseiller aux amateurs de testostérone. 

                                                                  

mardi 10 janvier 2017

Manchester by the sea de Kenneth Lonergan

Lee Chandler vit à deux heures de route de la petite ville dans laquelle il a grandi et vécu sa première vie: celle d'un père de famille amoureux de sa femme. Il est désormais concierge dans plusieurs immeubles et si ses compétences sont indéniables, il faut que les habitants fassent avec son caractère taiseux. Il vit dans un une-pièce, seul, et semble se contenter de peu. Quand il reçoit un coup de fil lui annonçant la mort de son frère, il lui faut revenir sur les traces de son passé et faire face aux attentes de son défunt frère qui souhaitait faire de lui le tuteur de son fils. 

J'ai vu ce film il y a quelques semaines et je pensais ne pas faire de billet parce que j'avais fait une petite pause bloguesque. Mais en y réfléchissant, je me suis dit que je ne pouvais pas ne mentionner ce très bon film et tant pis si mon billet arrive un peu tard. J'attendais beaucoup de ce film alors que peu de films me donnent envie de m'enfermer dans les salles obscures en ce moment. Le risque d'être déçue était donc grand. J'aime particulièrement Casey Affleck que j'avais découvert dans l'adaptation d'un roman de Denis Lehanne réalisé par son frère Ben et Kyle Chandler découvert dans la série Bloodline. Je suis moins fan de Michelle Williams mais je l'ai trouvée parfaite dans le rôle de l'ancienne femme meurtrie de Lee. Il y a deux scènes particulièrement fortes dans ce film: l'une se déroule dans le commissariat et l'autre met en scène une discussion (ou plutôt un monologue, Lee n'étant pas très bavard) entre Lee et sa femme. Le film pose des questions intéressantes et notamment sur l'impossibilité d'imposer à quelqu'un un rôle trop grand pour lui. Je trouve que la première partie a quelques longueurs mais c'est un très léger bémol. La musique est parfaite, particulièrement au moment de la scène la plus forte du film. 
Casey Affleck est nonimé plusieurs fois pour ce rôle et vient d'obtenir le Golden Globe. 

Sorti le 14 décembre 2016. 2h14.

Un grand merci à la très bonne émission La Dispute qui fut la première à me signaler ce film. 


dimanche 8 janvier 2017

La fille sur la photo de Karine Reysset

Anna a longtemps vécu dans l'ombre  d'un réalisateur de renom, Serge. Elle a vu ses filles grandir, s'y est attachée, puis a coupé les ponts avec cette famille qui n'était pas tout à fait la sienne. Les filles ont grandi et quand l'aînée se retrouve hospitalisée pour des problèmes de dépression, Serge demande à Anna de venir à son chevet.

Karine Reysset est une auteure que j'aime. Discrète, trop peut-être, il me semble qu'elle n'a pas toujours droit à l'espace qu'elle mérite. J'étais restée un peu sur ma faim avec le dernier roman paru chez l'Olivier et je n'ai pas lu son roman suivant. Celui-ci m'a fait retrouvé la Karine Reysset que j'aime, qui sait nous raconter une histoire assez simple en y mettant des sentiments mais pas de sentimentalisme. J'ai peu lu de romans sur le thème très intéressant des liens qui se créent entre belle-mère (ou beau-père) et enfants du conjoint et de la douleur d'une séparation imposée. Je trouve que Karine Reysset traite parfaitement ce thème, inventant des personnages féminins attachants. On y retrouve quelques clins d'oeil: à Saint-Malo ou à un précédent roman par exemple et j'aime retrouver ces petits signes d'intimité que peuvent partager un auteur et ses lecteurs. Si vous aimez les intrigues à rebondissements, ce roman n'est pas pour vous mais si vous avez envie d'une variation sur le thème fille-mère (ou belle-mère donc), ce roman devrait vous plaire, d'autant que la relation entre Anna et sa mère est aussi présente.  J'espère que Karine Reysset sortira un peu de l'ombre de son compagnon, à qui ce roman est dédié. Sandrine a aimé. 
Sortie le 4 janvier 2017 chez Flammarion. 300 p.
Challenge de la rentrée de janvier: n°2. 

A conseiller à ceux qui aiment les histoires de famille.
Merci à Babelio





jeudi 5 janvier 2017

Trois saisons d'orage de Cécile Coulon


Son corps, tourné vers la demeure au bout du chemin, voulait s'allonger, grandir instantanément, tendu jusqu'aux fenêtres. 

Après la seconde guerre mondiale, André s'installe aux Fontaines. Seul médecin de cette bourgade qui tourne autour de l'extraction de la pierre, il est très apprécié des habitants. Lors d'une visite particulièrement dramatique, il tombe amoureux d'une maison qui sera peut-être le grand amour de sa vie. Le destin lui simplifie la tâche: un enfant y meurt et les parents ne s'imaginent pas continuer à vivre dans ce lieu maudit. André achète la maison mais peut-on être heureux dans un endroit acquis grâce au malheur des autres? André y croira longtemps jusqu'à ce que le destin ne frappe une seconde fois. 

Selon les lecteurs, on assimilera ce roman à un roman social, celui d'un village dont l'économie prospère grâce à l'implantation d'une carrière, à un roman d'apprentissage ou à une allégorie de l'aventure humaine dans un jardin d'Eden d'où certains seront bannis. On pourrait aussi parler de désir(s), de secret de famille, de chemins de vie, de destin, de sacrifice, y voir une tragédie à la Racine, avec des personnages qui croient tout contrôler quand il n'en est rien; il faudra bien que cette force plus grande que les hommes répare en sacrifiant quelques victimes sur l'autel de l'ordre.  Si j'aime beaucoup deux des romans précédents de l'auteure pour des raisons différentes, Le Rire du grand Blessé et Le Cœur du Pélican,  j'avais quelques réserves sur des points précis de ces romans. Je n'en ai aucun ici.  Il tient en haleine du début à la fin, la plume est un régal (mais je ne dirais pas qu'elle est arrivée à maturité, c'était déjà le cas avec le roman précédent), avec un recours toujours aussi présent aux images mais de manière plus subtile que dans ses premiers romans ; certaines d'entre elles laissent une empreinte forte, sinon indélébile. J'ai une préférence pour les personnages masculins de ce roman, particulièrement Clément, Valère et André. Chacun a un rôle bien précis inscrit dans une tradition littéraire: Clément est le passeur d'histoire, le prêtre qui ne juge pas, André est le sage rongé par la connaissance, Valère est le héros de la tragédie, celui qui souffre mais qui porte son fardeau avec dignité. Mais,il y a deux "personnages" tout aussi importants et attachants que ces êtres faits de chair et de sang : la maison (et j'ai un gros faible pour les romans qui, comme celui-ci ou Lady Hunt savent faire vivre une maison) et ce village qui évolue sous la houlette des frères Charrier.  J'espère que vous les aimerez autant que moi. C'est ma première participation au challenge de la rentrée de janvier. 

Publié le 5 janvier aux éditions Viviane Hamy- 270 pages. Cécile Coulon présentera son roman à lalibrairie Les Volcans de Clermont-Ferrand le samedi 14 janvier à 15h.

A conseiller aux amateurs de tragédies raciniennes (mais en prose), de sagas familiales ou de roman social, aux lecteurs avides d'une intrigue et d'une plume marquantes. 

                                                                    



mardi 3 janvier 2017

Bilan 2016

Il est temps pour moi de faire le bilan de mes découvertes culturelles (et gustatives) de l'année. Ce ne fut pas une année mémorable: mes coups de coeur littéraires ne sont pas aussi forts qu'ils ont pu l'être les années passées (sauf pour le polar) et je n'ai eu qu'un coup de coeur cinéma. Par contre, ce fut une excellente année pour les séries.  Avec du recul, voici ce qui reste:

Mon polar préféré: 



Mon roman préféré: 




















Ma série préférée (malheureusement, je n'ai pas réussi à m'intéresser à la seconde saison) avec Kyle Chandler qui est sans doute ma découverte de l'année côté acteurs :



Mon film préféré:


                                      

Ma destination préférée découverte cette année: Madère






















Ma série de photos préférée, celle de Charles Fréger:








Mon lieu préféré pour y passer une nuit (mais pas seule car personne aux alentours, et l'hiver, la chambre n'est pas chauffée, il vaut mieux y aller avec quelqu'un qui a les pieds chauds): le buron des Bânes à Pailherols dans le Cantal :

mon resto coup de coeur: le Maracuja à Clermont-Ferrand, ouvert juste avant l'été et déjà un incontournable avec un rapport qualité-prix imbattable.



Je vous souhaite une excellente année 2017, de belles lectures, de belles expos, de belles séries et de beaux films. En attendant de vous parler de quelques romans de la rentrée, voici la liste des sélectionnés pour le prix RTL- Lire, liste publiée le 15 décembre 2016 (ça peut déjà donner quelques idées):
La sonate à Bridgetower d'Emmanuel Dongala (Actes Sud)
Une femme au téléphone de Carole Fives (Gallimard-L'Arbalète)
Chaleur de Joseph Incardona (Finitude)
Hadamar d'Oriane Jeancourt Galignani (Grasset)
Prendre les loups pour des chiens d'Hervé Le Corre (Rivages)
Sous le compost de Nicolas Maleski (Fleuve)
Le cas Malaussène de Daniel Pennac (Gallimard)
Tout ce dont on rêvait de François Roux (Albin Michel)
Romain Gary s'en va-t'en guerre de Laurent Seksik (Flammarion)
Article 353 du code pénal de Tanguy Viel (Minuit)


dimanche 25 décembre 2016

Une visite à l'abbaye du Bec Hellouin

Pour vous souhaiter un joyeux Noël, j'ai envie de vous emmener à l'abbaye du Bec-Hellouin, dans mon département de l'Eure, en Normandie donc. La visite de l'abbaye, que je n'avais pas encore faite, m'a enthousiasmée. En une heure, le père abbé nous a fait visiter l'église et les jardins, nous montrant les restes de l'ancienne église, revendue aux carrières après la Révolution. Étrange lieu qui mêle le profane et le sacré, avec la grande tour qui est un peu le symbole de l'abbaye qui pourtant a été construite pour les besoins de la caserne qui fut ouverte là. De même, il est assez étrange de visiter une église dont on voit bien qu'elle fut construite pour servir d'écuries. Nous avons eu la chance d'avoir une visite guidée rien que pour nous deux, Marjorie et moi. J'aurais donc tendance à vous conseiller cette visite un dimanche d'hiver à 15 heures plutôt qu'à 16, visiblement il y avait un peu plus de monde à celle de 16h. Nous avons eu la chance de tomber sur le Père Abbé, passionné de l'histoire de son abbaye, qui a l'ouverture d'esprit de nous dire ce qu'il pense des femmes prêtres; il nous a aussi expliqué que des religieux anglais et français œuvraient toujours à au rapprochement des églises des deux pays, mais que l'ordination des femmes (et des homosexuels, nous a-t'il précisé) creusait inexorablement le fossé entre les deux pays. Si vous n'êtes pas trop susceptible et si vous aimez vous faire gentiment taquiner par un abbé sur votre manque de culture générale (enfin, peut-être en avez-vous plus que moi- nous avons eu le droit à : vous n'avez pas fait de philo? Vous n'avez pas fait d'histoire? Vous n'avez jamais lu Tintin? Heureusement que je revenais de Venise, j'ai quand-même eu une bonne réponse), vous risquez de passer un très bon moment. Nous avons appris à reconnaître des éléments qui sont visiblement dans toutes les églises mais on ne m'en avait jamais parlé. Nous avons appris aussi qu'il y a des bénédictins habillés en noir et d'autres en blanc, comme ceux du Bec Hellouin et que les moines du Bec Hellouin sont directement rattachés à une ville italienne que tout le monde connaît d'après le père abbé, sauf nous bien sûr (j'ai d'ailleurs déjà oublié son nom). 


27800 Le Bec Hellouin
Téléphone : 02 32 43 72 60

Coût: 5.50 € par personne pour une heure de visite
Site Internet :
http://www.abbayedubec.com

Merci à Marjorie qui m'a accompagnée dans cette visite. 
A conseiller à tous ceux qui veulent s'instruire en histoire, philo et sur Le secret de la Licorne.