jeudi 29 septembre 2016

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby

Annie est intouchable car elle va être mère. Son ventre est un permission de repli supplémentaire, contre laquelle tout reproche se fracasse. La grossesse est une île. 

Paul et Odile tiennent un café dans un village de bord de Seine.  Ce café sont un peu le coeur du village, là où on trouve la vie, les chants, la musique, là à où viennent les villageois pour passer un bon moment de détente. Paul est toujours disponible pour les autres, Odile le sait quand elle l'épouse, il lui faudra partager Paul; elle l'accepte. Ils ont trois enfants: Annie, celle que Paul choisit pour danser, Mathilde, le garçon manqué qui préfère prendre les gifles que lui donnent son père comme des preuves d'amour puisqu'il peine à lui en donner d'autres et Jacques, le petit dernier. Quand Paul est emmené au sanatorium pour y soigner ses bacilles et sa tuberculose, c'est le début de la dégringolade pour la petite famille prospère: finis les pains au chocolat, finies aussi les réunions entre amis: la famille est ostracisée. N'étant pas employés, Odile et Paul ne bénéficient pas de la sécurité sociale et quand ils entrent tous les deux au sauna, les deux enfants encore mineurs sont placés. 
Je l'attendais ce roman, c'était même celui que j'attendais le plus en cette rentrée littéraire tant Kinderzimmer m'avait emportée par sa langue ciselée comme je les aime. Je n'ai pas retrouvé cette langue ici. Un paquebot dans les arbres est bien écrit, c'est évident mais ces phrases que j'avais envie de lire et relire m'ont manqué. Ca reste néanmoins une histoire dont on a envie de connaître le dénouement, surtout parce que Valentine Goby a fait de Mathilde un personnage attachant. Ai-je été émue? Non, mais je n'avais pas été émue par Kinderzimmer non plus, j'avais été étourdie. Et puis, j'ai un vrai bémol qui sera bien sûr personnel, je trouve que le parallèle qui se met en place dans le dernier quart du roman entre la situation de la famille de Mathilde et la guerre d'Algérie, même si je comprends ce que Valentine Goby essaie de nous dire concernant l'attitude paternaliste du gouvernement et des services sociaux, ne fonctionne pas. Par contre, je trouve que ce roman est une jolie façon de nous rappeler la chance que nous avons de pouvoir bénéficier de la sécurité sociale. 
Publié en août 2016 chez Actes Sud. C'est un coup de coeur pour tous les blogueurs que je connais: Noukette, A l'ombre du noyer, Jérôme, Les mots de la fin, Clara , Eva.

Publié chez Actes Sud en Août 2016

Merci à Marjorie pour ce cadeau d'anniversaire que je désirais tant.
A conseiller à ceux qui aiment les personnages d'ados qui portent leurs famille à bout de bras. 


mardi 27 septembre 2016

Une journée à Grignan

Je n'avais encore jamais eu la chance de visiter la ville de Mme Sévigné (que je n'ai jamais lue) mais mon séjour dans la Drôme en septembre fut l'occasion d'y remédier. J'ai désormais très envie de découvrir l'un des spectacles d'été dans la cour du château. 









Merci à celle qui m'a fait découvrir la Drôme et donc cette ville. 
A conseiller aux amoureux des vieilles villes en pierre. 

dimanche 25 septembre 2016

Les anges sans visages de Tony Parsons

On retrouve toute une famille assassinée lors du réveillon du nouvel an. Enfin, presque toute une famille car l'un d'entre eux est porté disparu, l'enfant de quatre ans. Max Wolfe, que nous avons découvert dans le très bon Des garçons bien élevés est chargé de l'enquête. Pourquoi cette famille fêtait-elle le nouvel an seuls (le père, la mère et les deux ados)? Que cachait cette famille trop parfaite? Et surtout, où est le petit garçon? La découverte de l'arme du crime, une arme servant normalement à tuer du bétail, va mener Max dans le Black Museum où il découvrira qu'un gitan a tué de cette manière une vingtaine d'années auparavant. 

J'avais beaucoup aimé l'ambiance Des garçons bien élevés, il était donc impossible pour moi de résister au second tome des aventures de Max parce que c'est un personnage attachant, comme l'est son lien avec sa fille (la mère les a quittés pour se construire une autre vie dans laquelle la jeune Scout n'a pas vraiment sa place), et parce que cette histoire qui se déroulait dans école select anglaise donnait lieu à un vrai roman d'atmosphère (en plus d'offrir un retournement final très apprécié). J'ai trouvé ce second tome très différent et j'en ressors mitigée, contrairement à celle à qui j'ai prêté ce roman qui l'a beaucoup aimé. Parmi les points forts, avouons d'emblée qu'une fois commencé, il est difficile de le lâcher: tout s'enchaîne sans temps morts. J'aime aussi beaucoup la manière dont Tony Parsons nous présente Londres qui est vraiment central au roman, sa manière de nous emmener dans un camp de gitans (et d'éviter d'être trop bien pensant d'ailleurs). J'adore la relation père-fille et là, on retrouve clairement la patte de l'auteur qu'il était avant de se tourner vers le polar et j'ai trouvé intéressant que l'auteur mette l'accent sur les risques que prennent les policiers. Mais, car il y un mais, j'ai parfois été agacée. D'abord on sent gros comme une maison que Tony Parsons a pensé à que son roman donnerait lieu à une série TV, cela se sent dans la description de scènes d'action, trop nombreuses à mon goût. Et puis, n'y voyez aucune jalousie mal placée, mais ces deux filles parfaites (ou presque), c'est vraiment trop pour moi. Malgré tout, ce roman devrait plaire à un grand nombre de lecteurs, les avis dur Goodreads le prouvent d'ailleurs. 

Publié en septembre 2016 chez La Martinière. 

Merci à l'agence Anne et Arnaud.
A conseiller à ceux qui aiment l'action, les belles femmes (plutôt blondes dans mon souvenir) parfaites ou presque et les papas gâteaux. 

jeudi 22 septembre 2016

Le dompteur de lions de Camilla Lackberg

Pendant qu'Erika rend régulièrement visite à une femme enfermée pour avoir brutalisé sa fille en la gardant enfermée pendant des années, Patrick, son mari, enquête sur la disparition de plusieurs adolescentes survenues à plusieurs années d'écart. L'une d'entre elle vient d'être retrouvée, mutilée, mais victime d'un accident, elle a peu de chances de survivre. Bien sûr, Erika est tellement curieuse qu'elle va très vite s'occuper aussi de l'enquête de Patrick, l'agaçant tout en lui rendant de fiers services. 

J'avais lu le premier tome de cette série lors de sa sortie et je n'avais pas été emballée. J'ai ensuite écouté deux ou trois titres, pensant que le format audio me conviendrait mieux mais rien n'y faisait. Et je ne sais pas pourquoi, j'ai eu envie de m'y remettre avec ce titre et bien m'en a pris parce que j'ai vraiment aimé. Commençons par mes bémols néanmoins: les dialogues ne sont pas ce que Lackberg réussit de mieux et l'oralité les rend peut-être un tantinet plus ridicule. Les scènes entre Erika et Patrick sont un peu dégoulinantes, ce sera mon deuxième et dernier bémol. Parce qu'en ce qui concerne l'intrigue, ou plutôt les deux intrigues, je les ai trouvées réussies et parfaites pour me maintenir éveillée pendant de longues heures en voiture (à conduire ou dans les bouchons de Lyon, comme sur la photo). C'est suffisamment calme pendant un moment pour que ma passagère qui a pris l'histoire en route y prenne aussi du plaisir tout en accélérant le rythme sur la fin, avec des rebondissements bien trouvés, surtout le tout dernier. Voilà donc pour moi une série qui, loin de perdre son souffle, s'améliore avec le temps. 

Date de parution : 
17 Août 2016



Durée : 
13h12

Un livre audio lu par 
Jean-Christophe Lebert




Merci à Audiolib.
A conseiller à tous ceux qui ont envie de passer un moment avec un couple uni (mais des jumeaux un peu fatigants parfois). 

jeudi 15 septembre 2016

L'élégance des veuves d'Alice Ferney (audiolib)

Ce très court roman nous fait partager le destin de plusieurs femmes. Il y a d'abord Valentine qui devient veuve assez tôt mais restera toujours fidèle à la mémoire de son mari, puis Mathilde, l'une des belles-filles de Valentine qui passera plus de temps de sa vie d'adulte enceinte que sans enfant dans le ventre, bien que le médecin ait prédit une fin dramatique si le couple persistait dans leur désir d'avoir des enfants. Et il y a Gabrielle, veuve elle aussi et sans enfant, amie de Mathilde. 


Décidément, Alice Ferney m'attire à chaque titre et pourtant, je devrais savoir que la lire va m'agacer. Ce fut le cas avec Grâce et Dénuement, et ce le fut à nouveau avec ce titre. Non qu'il soit raté, au contraire: il est court et donc dénué de détails mais il nous permet malgré tout de nous attacher à ces destins de femmes. Enfin s'attacher n'est sans doute pas le bon mot parce que ces destins sont dégradants pour la femme. Si j'ai compris le renoncement de Valentine après son veuvage, je n'ai jamais compris que Mathilde accepte de ne devenir que la mère des enfants d'Henri, un homme par ailleurs insupportable pour la lectrice que je suis puisqu'à aucun moment il ne prend part à la vie familiale, se contentant d'engrosser sa femme (pardon, mais c'est vraiment l'impression que cela m'a donnée) puis vivant tranquillement en marge de sa femme et de ses enfants, tout en restant, bien sûr, la voix de l'autorité respectée par tous. Quant à Gabrielle, elle devient celle qui s'occupera des enfants d'Henri après son veuvage. Bref, le rôle des femmes est réduit à l'enfantement et à l'éducation, alors que l'homme vit tranquillement sa petite vie. J'ai évidemment trouvé Henri imbuvable au plus haut point. Le problème avec ce qu'écrit Alice Ferney, c'est que je me demande toujours si elle dénonce un système ou éprouve de la nostalgie pour une vie rétrograde. Il semble assez évident ici qu'elle le dénonce (enfin franchement je l'espère) mais elle le fait sans aucun commentaire, en se contentant de décrire la vie de ses femmes et lorsqu'on entre dans leur pensées, il n'y a pas une once de révolte et c'est ça qui me dérange. Malgré tout, avec le recul, je me dis que c'est parce qu'il m'a dérangée qu'il est plutôt réussi, ce livre, bien lu par Dominique Reymond. L'adaptation de ce roman sort très bientôt au cinéma, je me demande bien ce que ça peut donner. 

Merci à Audiolib.
A conseiller à celles qui savent garder leur calme devant l'égoïsme masculin (d'une époque révolue, je précise). 

Date de parution : 
17 Août 2016
Durée : 
2h54

mardi 13 septembre 2016

La couleur de la victoire de Stephen Hopkins

Ce week-end, j'ai laissé ma fille choisir le film qu'elle voulait. Bon, elle connaît un peu les limites de ce qu'elle peut me proposer: pas de comédies françaises, pas de gros blockbusters américains mais sinon, je suis ouverte aux films ado tant qu'ils ne sont pas neuneu (je me suis quand-même farcie deux Twilight alors que l'actrice m'insupporte depus Into the Wild). Cette fois, son choix s'est porté sur un film qui ne me tentait pas au départ et pourtant, ce fut un coup de coeur. La couleur de la victoire raconte l'ascension de Jesse Owens, du moment où il entre à l'université de l'Ohio, qu'il choisit alors qu'il a déjà toutes les universités à ses pieds, à son retour aux Etats-Unis après ses quatre médailles d'or à Berlin. Ce film est bien sûr une dénonciation du régime nazi mais aussi de l'Amérique ségrégationniste, qui après le sacre d'Owens, ne lui ouvre toujours pas les grandes portes  sans oublier le fait que le président américain ne le félicita jamais pour ses victoires. Si les nazis (Goebbels et Hitler surtout) en prennent évidemment pour leur grade, le film met à l'honneur l'athlète allemand Luz Long qui fit en sorte que Jesse Owens se qualifie au saut en longueur et qui finissant deuxième, ne cessa d'encourager Owens pour qu'il accumule les médailles. Très critique envers son gouvernement, il fut envoyé en première ligne pendant la guerre et mourra au front. Le film n'épargne pas non plus les américains, à la fois ceux qui veulent mettre sur Owens une pression politique, lui demandant de renoncer à ces jeux (c'est très intéressant ce rapport entre ce que le sportif représente et son désir profond qui est tout simplement de gagner une compétition qui n'a lieu que tous les quatre ans et pour laquelle il s'est entraîné), l'Amérique donneuse de leçon alors qu'elle traitera Owens comme un héros privé de droits à son retour. Il y a peu de personnages noirs ou blancs, à part peut-être Long et Goebbels, le bon et le mauvais allemand. Même l'américain joué par Jeremy Irons qui va "vendre son âme" à Goebbels, sacrifiant la participation de ses deux coureurs juifs sur l'autel financier est intéressant dans ces errements. Comme ce film est sorti fin juillet, je doute que vous puissiez encore le voir en salle (d'autant que nous n'étions que deux dans la salle) mais si vous avez l'occasion de le voir en DVD, je vous le conseille. C'est un film qui pourrait bien plaire aux profs à la recherche d'un nouveau film à étudier en cours même si le film oublie de mentionner que Jesse Owens a toujours précisé qu'Hitler lui avait un signe de la main auquel il avait répondu (d'ailleurs il condamnait davantage Roosevelt qu'Hitler), et qu'il change la scène où Hitler refuse de saluer un athlète, c'est un autre athlète noir qui était en fait la victime du mépris d'Hitler. On reprochera sans doute à ce film un peu trop de bons sentiments, pour moi, c'est surtout un film qui nous interroge sur ce qu'on attend d'un sportif et à ce titre, il n'est pas daté. 
 Avec Stephan JamesJason SudeikisEli Goree, Jeremy Irons, William Hunt. 

Sorti en France le 27 juillet 2016. 

Merci à ma fille pour cet excellent choix ( elle a beaucoup aimé elle aussi).
A conseiller aux parents d'ado, c'est un bon film à partager. 
PS; en voyant les bandes annonces avant le film, ma fille et moi nous sommes dit qu'il n'y qu'un homme plus beau en vrai que dans son biopic: Barack Obama. 

 





dimanche 11 septembre 2016

Eclipses japonaises d'Eric Faye

En 1966, un  GI américain disparaît dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée. Début des années 1970: ce sont cette fois des japonais qui sont portés disparus mais tous ont des profils bien différents. Que peuvent avoir en commun un archéologue et une collégienne? 

Dans ce roman, Eric Faye met à jour un épisode méconnu de la Corée du Nord: l'enlèvement de japonais pour en faire des espions, voire des terroristes puisque l'une des disparues sera à l'origine de l'explosion d'un avion de la  Korean Air en plein vol. Et il faut bien avouer que c'est vraiment un épisode étonnant qui ne peut laisser indifférent, qu'on se retrouve dans la peau du GI américain ou dans celle de la collégienne. A ce titre, je ne regrette pas cette lecture mais il m'a semblé que le récit restait un peu trop froid et clinique alors qu'il y avait matière à faire un roman plus dense et chaleureux. Marie-Claude partage mon impression. 


Publié le 18/08/2016 chez Seuil- 240 pages. 

A conseiller aux amateurs d'épisodes historiques méconnus.
Merci à la librairie Dialogues

jeudi 8 septembre 2016

Seasons in the Sun, the battle for Britain de Dominic Sandbrook

Des années 70s en Grande-Bretagne, on a tendance à se souvenir des Sex Pistols, des hooligans, de l'IRA, des erreurs judiciaires qui suivirent les bombardements de Guilford et de Birmingham et de l'avènement de la vilaine Mme Thatcher. J'avoue que je ne savais pas à quel point ce fut une décennie très difficile pour les britanniques, qui virent les syndicats prendre le pouvoir d'un pays, le plongeant peu à peu dans une situation économique catastrophique. Ni Wilson, ni Heath, respectivement premiers ministres travaillistes et conservateurs ne furent à la hauteur de la crise sans précédent, préférant éviter les conflits sociaux et refusant donc, contrairement à la France ou à l'Allemagne de l'Ouest, de prendre une fois pour toutes les mesures drastiques qui s'imposaient et qui auraient permis de maintenir l'inflation et le chômage à un niveau "tolérable" pour l'époque. On comprend bien mieux en lisant cet essai volumineux la nécessité du Thatchérisme, ou tout au moins d'une certaine austérité. J'ai beaucoup appris sur des thèmes très différents, comme l'économie (je ne savais pas que la Grande-Bretagne avait dû quémander une aide substantielle du FMI) ou la musique punk (le seul groupe qui trouve grâce à l'auteur est The Clash, pour lui les autres groupes punks sont punks par leur agressivité mais n'ont aucune vraie culture musicale). C'est aussi le moment où les Britanniques eurent leur tout premier referendum et votèrent massivement oui pour rester dans l'Europe, les seuls incitant au "Non" étant les extrêmes. Comme quoi, les temps changent! 

Publié chez Penguin en 2013- Dominic Sandrook a tiré un documentaire de son livre de 810 pages. Difficile de résister au challenge Pavé de l'été, même si je lis (et apprécie) de plus en plus les livres plus courts. 


mardi 6 septembre 2016

Catastrophe, comédie britannique (TV- 2015 )

Rob et Sharon n'auraient jamais dû se rencontrer: il est américain, elle est irlandaise mais voilà, tous deux se retrouvent en même temps à Londres pour un voyage d'affaire et c'est le coup de foudre. Enfin, un coup de foudre sexuel, pas romantique. Pendant une semaine, ils vont faire l'amour comme des bêtes (c'est une expression toute faite parce que techniquement parlant, ça n'a pas l'air d'être la même position), puis ils se séparent. Mais quelques temps plus tard, Rob reçoit un coup de fil, elle est enceinte. Elle ne lui demande rien mais tient à ce qu'il le sache. Il quitte son pays pour venir s'installer avec elle.

Cette série a le mérite de poser les bases du couple sur autre chose que l'amour, même si vous vous en doutez, on sent de l'amour dans ce couple. Mais cette série, même si elle est comique, n'est pas que ça. Elle questionne notre société sur son rapport à la grossesse et critique ouvertement le manque de sensibilité de certains médecins devant les annonces difficiles. A ce titre, l'épisode où on annonce à Sharon que sa grossesse est à risque émeut plus qu'il ne fait rire. J'ai été un peu perturbée par la ressemblance entre l'acteur principal et l'acteur Roger Pierre; allez savoir pourquoi je me suis focalisée là-dessus. C'est une série que je vous recommande sans aller jusqu'à vous dire que c'est un chef d'oeuvre. Elle tient beaucoup sur les épaules des deux acteurs, épatants et attachants. A noter que les acteurs principaux sont aussi les créateurs de la série. Deux séries de six épisodes sont déjà sorties. 


dimanche 4 septembre 2016

La déposition de Pacale Robert-Diard

Ce que je sais maintenant, c'est que le secret tue plus que la vérité. 

Automne 1977, Agnès Le roux, héritière d'une famille de gérants de casinos à Nice disparaît. Elle était jeune, riche, amoureuse; elle semblait avoir toutes les cartes en main pour être heureuse et pourtant, dans les semaines précédant sa disparition, elle avait fait deux tentatives de suicide. Elle ne réapparaîtra jamais et son corps ne sera jamais retrouvé. Assez vite, son amant, Maurice Agnelet est soupçonné. Il sera jugé plusieurs fois, déclaré coupable ou libéré faute de preuves et ce n'est qu'en 2014 qu'un rebondissement qu'on n'attend plus clôt l'affaire: le fils aîné de Maurice Agnelet qui avait toujours soutenu son père demande à être entendu et dénonce à la fois son père et le secret de famille qu'on l'a forcé à porter pendant toutes ces années. 

Quand j'ai reçu cet essai dans le premier colis du Prix des Lectrices de Elle, j'ai pensé que parfois les coïncidences faisaient bien les choses. Adolescente et jeune adulte, je me suis passionnée par la disparition d'Agnès Le Roux et j'ai regardé un certain nombre d'émissions sur l'affaire qui me laissaient toujours avec un sentiment d'injustice (mais comment pouvait-on laisser libre cet homme qui ne pouvait qu'être coupable?) et de fascination;  il y avait tout pour faire un roman dans cette histoire: une histoire d'amour, de manipulation, une héritière qui se rebelle contre sa famille et revend ses parts familiales à un homme proche des milieux mafieux, un meurtre sans corps et un homme dont les images et vidéos que je visionnais ne parvenaient pas à me faire comprendre comment il avait pu autant fasciner les femmes qu'il ne cessait de berner. Moi je le trouvais odieux et imbu de lui-même. Vous allez me dire que vous, vous ne connaissez pas vraiment l'affaire ou pas dans les moindres détails. Je vous répondrais que c'est sans doute encore mieux. Parce que si j'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, je me suis un peu ennuyée au début justement parce que j'en connaissais les moindres détails. Mais juste un peu parce que Pascale Robert-Diard ne se concentre pas tant que les détails de l'affaire que sur ce long drame familial qui commence dès que Maurice Agnelet est soupçonné et qui ne se finira, en tout cas en ce qui concerne la justice, que plus de trente ans plus tard. La journaliste sait très bien rendre compte de la tension qui monte à la fois dans la famille Agnelet et dans le tribunal le jour où Guillaume décide de parler, culminant dans la confrontation, car on ne peut pas parler d'affrontement, entre les deux frères. Le lecteur comprend certains mécanismes légaux, et lire ce livre m'a parfois rappelé, voire appris des principes importants de notre justice. Par exemple qu'il faut une majorité de dix voix sur quinze pour prononcer une condamnation,  Et puis, ne passons pas sous silence le style de Pascale Robert-Diard car du style, elle en a: L'échine de François Saint Pierre semble se creuser et s'assouplir comme celle d'un chat sous la caresse. L'exemple est d'autant mieux choisi que nous sommes dans le cadre de l'interrogatoire et que l'avocat dont il est question (personnage d'ailleurs très intéressant dans sa complexité d'avocat qui ne veut pas entendre ce que Guillaume a à lui dire puisque son seul rôle, comme il le rappelle, est de défendre le père) va tenter d'amadouer le fils et de le prendre dans ses filets. C'est un essai qui se lit comme un roman, avec un moment où on peut à peine reprendre son souffle tant la journaliste parvient à nous faire entrer dedans comme si nous le vivions, avec un temps mort juste avant, celui où les avocats des parties adverses se mettent d'accord et deviennent humains, sortant de leur fonction. 

Un grand merci au jury de septembre du Prix Elle qui décidément à fait de très bons choix. 
A conseiller à tous ceux qui intéressés par le fonctionnement de la justice.


jeudi 1 septembre 2016

Un film, une expo

 Toni Erdmann de Maren Ade (sorti le 17/08/2016)
L'affiche de ce film, ainsi que la bande annonce, toutes deux bien mystérieuses m'avaient interpellée: je n'avais aucune idée de ce dont pouvait traiter ce film. Il s'agit en fait de la relation qui unit une fille d'une petite trentaine d'années avec son père. C'est une femme qui a réussi dans la vie et qui, lorsqu'elle rentre en Allemagne, son pays natal, ne se sent pas bien, au point de simuler des conversations téléphoniques pour se trouver l'excuse de devoir sortir et d'éviter les discussions avec ses parents. Elle est l'antithèse de son père (joué par un acteur allemand qui ressemble beaucoup à Jacques Weber) : très cul-coincé, elle a du mal à décrocher un sourire alors que lui ne sait s'exprimer qu'en faisant des blagues. Sur un coup de tête, il décide de la rejoindre là où elle vit et travaille et se rend compte à quel point elle est malheureuse, alors même qu'elle ne se plaint jamais. Il décide de lui réapprendre à vivre, à sa manière très particulière. Attention, ce film divise totalement: vous pouvez le trouver un peu long (il dure plus de 2h 40) mais l'aimer tout de même, trouver que les thèmes sont bien traités, notamment cette idée de la vie vue comme une farce permanente ou au contraire comme quelque chose de trop sérieux pour la prendre à la légère? Ou vous pouvez vous ennuyer tout au long du film. C'est un film qui m'a émue et dont une scène m'a fait beaucoup rire. 


J'ai beaucoup aimé le costume que porte le père sur l'affiche et par pure coïncidence, j'ai retrouvé ce costume dans une expo à Clermont-Ferrant, montrant les très belles photos de Charles Fréger, diplômé des Beaux Arts de Rouen, que j'ai découvert à cette occasion et que je vais désormais suivre car j'ai eu un vrai coup de coeur pour son travail, notamment sa série intitulée Wilder Mann. Je suis souvent touchée par les visages cachés derrière des masques et cette expo était donc faite pour moi. Si vous voulez découvrir le travail de Charles Fréger à travers plusieurs de ses séries, il faut vous dépêcher, c'est à l'hôtel Fontfreyde jusqu'au 24 septembre. Et c'est gratuit. Ma photo préférée est celle ci dessous: 











Par le vent pleuré de Ron Rash

Eugène vit dans une petite ville de Floride. Son grand-père y fut le médecin incontournable de toute la ville. Lui cuve désormais sa pein...