samedi 16 décembre 2017

Quand sort la recluse de Fred Vargas

Lorsque plusieurs personnes âgées sont retrouvées mortes après avoir été piquées par des recluses, tous les sens d'Adamsberg sont en éveil. Alors que ses acolytes ne semblent pas désireux de le suivre sur cette piste-là, le voilà qui suit la trace du fil des araignées, remontant jusqu'à une bande de très sales gosses qui après avoir tyrannisé leurs camarades derrière les bancs de l'école, au point de leur avoir laissé des traces physiques, ont continué à faire des leurs. Aidé de la truculente Irène, une passionnée d'araignées, Adamsberg va tenter de percer le mystère, sans savoir que cette enquête va aussi le mener vers ses propres souvenirs enfouis. 

Encore une fois, me revoilà avec un Vargas entre les oreilles et encore une fois, quel plaisir ce fut ! Je ne suis pas une fan absolue de Vargas, je trouve que les derniers romans publiés chez Viviane Hamy étaient en dessous de son talent habituel mais celui-ci, le deuxième publié chez Flammarion renoue avec la verve de l'auteur. Irène est irrésistible et l'est d'autant plus quand elle est interprétée (car il ne s'agit pas seulement de lecture ici) par  Thierry Janssen qui est vraiment formidable, donnant vie à ce texte. J'ai parfois éclaté de rire dans ma voiture. Voilà donc une auteure, un lecteur et une intrigue qui nous prennent dans leur toile, jouant sur le double sens du mot recluse.

Publié chez Audiolib en novembre 2017. 11h54 d'écoute. 

Merci à Audiolib
A déconseiller aux arachnophobes (Tiphanie, tu as compris que ce n'est pas pour toi). 

                                                             

jeudi 14 décembre 2017

Cherbourg





Comme le dit justement ma fille, "Cherbourg, on n'y passe pas, on y va". Il était temps pour nous d'aller jusqu'à cette pointe normande. Deux jours pour découvrir cette ville semble être une bonne idée. Le premier jour, nous avons découvert la ville grâce au rando jeu vraiment bien fait car il nous a permis à la fois de découvrir l'histoire de la ville mais aussi de faire attention à des détails comme à la couleur des lumières des lampadaires. Je ne dirais pas que Cherbourg est une belle ville mais c'est une ville intéressante, mêlant maisons en pierre et maisons récentes et l'église collée aux restes du château m'a vraiment séduite, elle a un coté British. Le rando jeu fini et corrigé le lendemain matin par la charmante employée de l'office du tourisme (on avait des erreurs, mais on avait aussi des excuses, situer des éléments sur un plan, c'est moyennement notre talent, à ma fille et moi, et en plus, ils avaient coupé l'arbre repère de la photo pour tenter de nous piéger), nous nous sommes dirigées vers la musée de la mer. La brochure prévoyait cinq heures de visite, je me suis dit: "Oui, bien sûr, si on tient trois heures, ce sera déjà bien". Nous sommes restées plus de quatre heures et demi. C'est une cité de la mer très complète, que je conseille pour les plus de dix ans et qui est incontournable pour les fans de Titanic (ma fille est fan de Leonardo di Caprio, donc forcément, de fil en aiguille...). la partie sur le Titanic est très bien. J'avais vu en 2012 l'exposition parisienne sur la même thème et l'ensemble se ressemble sans qu'il n'y ait à proprement parler de redite. On y suit le parcours de certains passagers et c'est toujours un peu émouvant de découvrir si oui ou non, il/elle a survécu. L'entrée du musée d'ailleurs permet aussi de découvrir si des personnes portant le même nom que le vôtre sont passées par la gare maritime de Cherboug, avec quelques détails sur leur parcours. Cette individualisation de l'histoire est une réussite. La visite du sous-marin Le Redoutable est intéressante aussi. Ma fille, plus sérieuse que moi, a écouté toutes les indications de l'audioguide alors que j'ai préféré regarder en n'écoutant que quelques parties, les moins techniques. Nous avons fini la visite par l'aquarium, son requin et sa magnifique raie manta, puis j'ai dû rappeler à ma fille que nous avions trois heures de route pour rentrer (et accessoirement, un phare qui ne fonctionnait plus). 
Merci à Hélène et Nathalie pour m'avoir offert ma nuit d'hôtel et à ma fille pour ces deux jours partagés.A conseiller aux amoureux des sous-marins, des bateaux qui ne sont pas à la hauteur de leur réputation mais finissent tout de même par devenir mythiques et aux amoureux de Demy. 



mardi 12 décembre 2017

Le vice-consul de Marguerite Duras

- Par quelle voie se prend une femme? demande le cive-consul.
Le directeur rit.
- Quelle histoire, dit le directeur, vous êtes soûl. 
- On dit qu'elle est très triste parfois, directeur, c'est vrai?
- Oui, ses amants le disent.
- Je la prendrais par la tristesse, dit le vice-consul, s'il m'étais permis de le faire. 

Une jeune fille est répudiée par sa mère parce qu'elle porte un enfant. Elle prend la route et marche, marche, tenaillée par la faim. Cet enfant, elle ne veut pas le garder et va tenter de trouver un acheteur. Autre lieu, autre histoire, Anne-Marie Stretter, que nous avons déjà croisée dans Le ravissement de Lol V.Stein, rencontre le vice-consul, un être étrange avec un passé trouble dont l'administration ne sait pas bien que faire. 

J'ai retrouvé ici le style parfois alambiqué de Duras. Il m'a même fallu relire une phrase pour la comprendre, comme si l'auteur voulait nous perdre dans le méandre de ses phrases, comme se perd la mendiante:
N'a-t'elle pas marché davantage avant de trouver le fleuve qu'elle n'a marché en le suivant pour retrouver le nord?
Ce désir de nous perdre par la plume me semble être au cœur du roman même. Si le titre semble mettre le vice-consul au centre de l'histoire, il ne m'a pas semblé plus important dans le roman que la mendiante ou Anne- Marie; si on sait qu'il a un passé trouble, on n'apprend rien de ce qu'il a fait, si Anne-Marie Stretter est si triste, on n'en comprendra pas la raison, tout comme on ne comprendra pas vraiment le lien qui semble se tisser entre elle et le vice-consul sans que rien ne se produise réellement. Et puis, il y a ces passages entre le vice-consul et le directeur qui m'ont laissée dubitative. Duras oppose avec talent les espaces infinis de l'Indochine que traverse la mendiante aux villes indiennes étouffantes dans lesquelles vivent ambassadeur et vice-consul. Je vais encore avoir besoin de quelques romans pour totalement apprivoiser son univers. Peut-être que ce roman est en fait un tableau fragmentaire d'impressions vécues par Duras lors de sa vie en Orient puisqu'il semble qu'elle ait été obsédée par la vision réelle d'une mendiante vendant son enfant. 

Publié en 1966 aux éditions Gallimard.
Merci à Celle qui m'a prêté ce roman, merci aussi pour les échanges. 
A conseiller à ceux qui aiment se perdre. 

dimanche 10 décembre 2017

Démons de Lars Norén mis en scène par Lorraine de Sagazan

Ce couple-là se déchire très fort. Il ne sait pas vivre seul alors un soir, il décide d'inviter les voisins. Or les voisins, ce sont nous, les spectateurs. Nous allons donc assister, impuissants, aux déchirements de deux êtres dont le salut ne pourrait être que dans la séparation. 

La mise en scène de Lorraine de Sagazan est originale. D'abord parce que les spectateurs sont en vis-à-vis, je faisais ce soir-là partie des spectateurs assis dans le fond la scène. Nous regardons donc les acteurs tout en faisant face à d'autres spectateurs. Disons-le tout de suite, si vous êtes un peu timides, évitez les premiers rangs. Parce que le spectateur est mis à contribution, il est encore plus difficile de voir certaines scènes, d'entendre certains mots sans réagir. On finit par se demander si c'est ce qu'on attend de nous: agir, laisser là l'habit du spectateur passif. 
Si j'ai du mal avec les cris et les scènes trop proches de la folie, cela ne m'a pas empêché de réellement apprécier cette soirée. D'autant plus que moi, je savais des détails de mise en scène que ne connaissaient pas mes invités, parfois un peu crispés à l'idée d'être mis dans la lumière. Ce qui fut d'ailleurs intéressant dans l'échange qui suivit la pièce, ce fut d'entendre une dame expliquer qu'elle n'avait pas pu apprécier le moment, tendue qu'elle était à l'idée de devoir être mise à contribution. J'ai, quant à moi, beaucoup aimé que Lorraine de Sagazan fasse basculer le dogme, cette barrière mise  entre les acteurs et les spectateurs. Je me suis demandée si tous les spectateurs avaient eu la même impression sur ce couple; pour moi, c'est l'homme qui contient la violence et la femme qui la subit. 

Un grand merci à l'émission La Dispute qui a confirmé mon envie de voir cette pièc et à M. et N. qui m'ont accompagnée.
A conseiller à ceux qui souhaitent un peu de non-conformisme. 
Vu au théâtre des 2 Rives de Rouen
librement inspiré de la pièce de Lars Norèn 
adaptation, conception et mise en scène Lorraine de Sagazan
avec Lucrèce Carmignac, Antonin Meyer Esquerré

jeudi 7 décembre 2017

Le cœur battant de nos mères de Britt Bennett

Tous les grands secrets ont un goût particulier avant d'être révélés, et si nous avions pris la peine de faire tourner celui-ci dans notre bouche, nous aurions peut-être perçu l'aigreur d'un secret pas assez mûr, cueilli trop tôt, chapardé et transmis précocement. 

Nadia est une ado dont la mère s'est suicidée en se tirant une balle, sans laisser d'explication. Ses relations avec son père sont très distantes, peut-être ressemble-t'elle trop à sa mère pour qu'il puisse vraiment la regarder sans souffrir. Elle aime se perdre dans les bras des garçons mais elle se verrait bien rester un peu plus longtemps dans ceux de Luke, le fils du pasteur. Quand elle tombe enceinte, elle décide de ne pas garder cet enfant.

Ce roman nous entraîne dans une petite communauté noire-américaine dans laquelle tout le monde se connaît et sait tout sur les autres. De nombreux chapitres débutent d'ailleurs par un chœur féminin, celui de ces femmes d'expérience de la communauté qui observent et connaissent les mécanismes du cœur, qui connaissent aussi les hommes. Rien d'original dans le traitement de l'intrigue qui se lira et se laissera certainement oublier assez rapidement. Brit Bennet y traite de nombreux sujets qui ont, à mon avis, pour point commun les conséquences des choix sur la vie, celui de l'avortement bien sûr, mais aussi du suicide de la mère ou du manque d'amour maternel. Elle semble vouloir nous montrer qu'aucun choix n'est ni bon, ni mauvais et que tout le monde doit vivre avec ses blessures. En le lisant, je me suis dit que ça ferait un bon téléfilm, ça en dit long sur le manque de style du roman, même si certaines phrases  m'ont paru belles:
Elle refusait de le laisser enterrer son sentiment de culpabilité en elle. Elle ne servirait plus jamais de lieu de sépulture à un homme. 
Peut-être que l'aspect qui m'a le plus intéressée, c'est la façon dont l'homme vit cet avortement et cette bague de virginité, que je trouve fascinante et effrayante. J'ai par contre, comme toujours, eu du mal avec les phrasess clichés comme: 
En vieillissant, une fille se rapproche de sa mère, jusqu'à ce qu'elle se fonde peu à peu en elle, comme un patron de couture. Mais un fils devient irrémédiablement autre chose. 


L'avis d'Hélène, qui l'a lu dans le cadre du Prix Elle,  rejoint le mien. 
Publié chez Autrement le 30 août 2017- 368 pages. Traduit de l'anglais par Jean Esch. 

Merci au prix Elle des lycéennes. 


mardi 5 décembre 2017

L'espèce humaine de Robert Antelme

On ne pouvait pas faire ce que le Rhénan avait fait- c'est-à-dire agir en homme avec l’un de nous- sans par là même se classer historiquement. En nous niant comme hommes, les SS avaient fait de nous des objets historiques…

Robert Antelme fut le compagnon de Marguerite Duras. C’est pour surmonter les années de séparation, celles pendant lesquelles elle le savait dans un camp de concentration, qu’elle a écrit La Douleur. De ce long voyage visant à la déshumanisation, Robert Antelme a écrit ce magnifique livre.
De ce document, je garderai la force de l’écriture. Si Robert Antelme fut un prisonnier politique qui n’avait pas publié avant ce livre (et n’a pas publié après, sauf des écrits posthumes) , il a condensé tout son talent dans L’espèce humaine qui me semble être tout ce que Si j’étais un homme de Primo Levi n’est pas (loin de moi l’idée de remettre en cause la qualité de ce document dont le minimaliste ne me convient pas). Quelques semaines après ma lecture de ce document, il me reste des images très fortes : celle du pain qu’on partage en petits morceaux mais qu'on ne peut faire durer longtemps tant la faim tenaille, celle du bruit (oui, j’ai retenu des bruits) de la cuillère dans la gamelle de soupe, cette cuillère qui racle le fond jusqu'au bout, ce bruit qui change à mesure que la gamelle se vide et enfin la main qui se tend dans un train surpeuplé. Je garde aussi et surtout l’importance des mots et de la langue, à différents degrés, à différents moments.
Celui de l’appel, moment qui oblige à sortir de l’anonymat qui, en temps normal, protège :
Et il fallait bien dire oui pour retourner à la nuit, à la pierre de la figure sans nom. Si je n’avais rien dit, on m’aurait cherché, les autres ne seraient pas partis avant qu’on ne m’ait trouvé. On aurait compté, on aurait vu qu’il y en avait un qui n’avait pas dit oui, qui ne voulait pas que lui, ce soit lui.
L’importance de parler la langue de l’oppresseur qui redéfinit le bien et le mal :
Cette utilisation abondante et ostentatoire de la langue allemande- cette langue qui, ici, est celle du bien, leur latin- la même que celle des SS.
Cette langue qui est la seule qui vaille et qu’il est impensable de ne pas comprendre :
Puisqu’il parle, on doit comprendre.
Gilbert qui parle l’allemand s’en sert pour protéger les copains. Et puis, il y a ce mot et cette phrase qui rappellent la rébellion des allemands non nazis, même à l’intérieur des camps, ce « langsam » murmuré pour exhorter les prisonniers à ne pas se tuer à la tâche et ce « Nicht sagen » qui accompagne ce pain donné par une jeune femme qui passe dans le camp.
Mais le langage fait aussi souffrir car il est associé à des sensations perdues :
Le langage est une sorcellerie. La mer, l’eau, le soleil, quand le corps pourrissait, vous faisaient suffoquer. C’était avec ces mots-là comme avec le nom de M… qu’on risquait de ne plus vouloir faire un pas ni se lever.
En temps d’oppression, tout devient l’allié de l’oppresseur : ainsi, le sommeil est important car il n’est que la préparation du travail qu’il faudra fournir le lendemain. Ce qui devient l’allié de l’oppressé, ce sont ces moments, anodins en temps normal, qui permettent de s’échapper quelques instants, comme d’uriner.
Et cette obsession qui reste, la seule qui compte, ne pas laisser l’oppresseur gagner, ne pas leur offrir la mort en cadeau et pour cela, se battre contre le froid, la faim, le travail qui épuise :
La mort est devenue mal absolu, a cessé d’être le débouché possible vers Dieu. […] Ainsi le chrétien substitue ici la créature à Dieu jusqu’au moment où, libre, avec de la chair sur les os, il pourra retrouver sa sujétion.
Il y a aussi ces hommes qui s’éloignent progressivement de l’enveloppe charnelle qu’ont connu les leurs, et qui même au sein du camp ne sont plus reconnus par tous, franchissant alors des étapes qui les mènent vers la mort :
Celui que sa mère avait vu partir était devenu l’un de nous, un inconnu pour elle. Mais à ce moment-là, il y avait encore la possibilité pour un autre double de K…, que nous ne connaissons pas, ne reconnaîtrions pas. Cependant, quelques-uns le reconnaissaient encore.
Des images fortes, il m’en reste de nombreuses autres, un moment père-fils à la fin, la honte qui submerge, mais c’est à vous d’aller les découvrir.

Publié pour la première fois en 1947. Je découvre à l'instant que La douleur est adapté au cinéma et que le film sortira en janvier 2018. C'est Benoît Magimel qui joue Antelme. 

Un immense merci à Celle qui répare mes (énormes) lacunes car je ne connaissais pas Robert Antelme avant qu’elle ne mette ce livre –qui restera inoubliable- entre mes mains.
A conseiller à tous, absolument.

                                                 


dimanche 3 décembre 2017

Un arrêt à Sainte Mère- Eglise


Sur la route menant à Cherbourg (dont je vous parlerai bientôt), j'ai décidé de m'arrêter à Sainte Mer-Eglise après m'être rendue compte que ce nom ne signifiait absolument rien pour ma fille ! Je ne m'y étais moi-même jamais arrêtée (mais je ne sais pas si je m'étais déjà arrêtée dans le Cotentin avant cette année) et il était temps pour la normande que je suis de réparer cet oubli.

La morale de cette visite fut trouvée par ma fille (elle-même parfois assez maladroite): "En fait, quand tu es un boulet, ça peut faire de toi un héros", faisant référence à John Steele qui devînt le parachutiste américain chouchou de Sainte Mer-Eglise après avoir atterri sur l'église (du côté opposé d'ailleurs à celui où se trouve le parachutiste qu'on voit maintenant sur l'église). 

C'est grâce à son histoire sans doute et au Jour le plus long, le film avec John Wayne, que Sainte Mère-Eglise est désormais un lieu visité par 200.000 touristes par an. On ne manquera pas de sourire  (ou pas, selon qu'on y est allergique ou qu'on parvient tout de même à ironiser sur le thème) sur l'omniprésence des références aux soldats américains (on peut même, dans un fast-food que nous ne vous recommandons pas pour la nourriture mais qui est assez drôle dans le côté "too much" du décor), manger sous un parachutiste comme l'a fait ma fille. On peut aussi profiter de la visite pour manger du très bon chocolat et de bonnes pâtes de fruit à la biscuiterie. Je me suis quand-même demandée si réellement, comme me l'affirme ma fille, on ne parle plus de Sainte Mère-Eglise dans les livres d'histoire, alors que la borne (assez laide, il faut bien l'avouer) est bien là pour attester que c'est ici que débuta la voie de la liberté qui mit fin à l'Occupation. Mes collègues d'histoire-géo ont confirmé ses dires. 
Nous n'avons pas eu l'occasion de tester le rallye-découverte que vous pouvez imprimer à la maison avant la visite ou obtenir à l'office du tourisme mais s'il est aussi réussi que celui de Cherbourg, ça peut être une excellente idée de s'en munir pour une visite en famille. 

Merci à ma fille pour son enthousiasme. 
A conseiller pour compléter la culture historique de nos adolescents. 

jeudi 30 novembre 2017

Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus

La vie, ce n’est pas un livre qui serait découpé en chapitres. La vie ne va jamais à la ligne.

Natalie rentre à Paris en 1943. Elle apprend qu’elle est le fruit d’une liaison entre sa mère et un ami de ma famille, ce que tout le monde dans la famille semble savoir, sauf elle. Elle comprend par la même occasion pourquoi son grand amour l’a quittée du jour au lendemain, lui laissant le cœur brisé : c’était son demi-frère. Dans cette France occupée, ce n’est pas seulement un secret de famille qui se fissure, c’est toute sa vie qui peut basculer à un moment où il est dangereux d’avoir du sang juif.
Ce roman m’a été offert par quelqu’un que j’ai rencontrée pour la première fois il y a peu (après des années de longs échanges, il était temps !) et qui l’adore. Peut-être parce que cette lecture suivait celle d’un coup de cœur, je suis passée à côté de ce monde dans lequel il n’y a de la place que pour la réussite sociale et surtout pas pour les états d’âme. De plus, je ne suis pas d’accord avec certaines phrases comme celle citée en exergue de ce billet. Justement, je trouve que la vie se découpe en chapitres. Je n’ai pas été emballée par le style. Sand doute Pauline Dreyfus n’est-elle pas une auteure pour moi.

Merci à Galéa.
A conseiller aux amateurs d’états d’âme (car s’il n’y a pas de place pour ça dans la société dans laquelle Natalie évolue, il y a de la place  pour ça dans le roman, ce qui n’est pas en soi un point négatif). 

Publié chez Grasset le 14 août 2014.

mardi 28 novembre 2017

Les vacances de Julie Wolkenstein

Sophie est prof à la fac de Caen, spécialiste de la Comtesse de Ségur. Son chemin croise Paul, un jeune thésard qui traque un film perdu de Rohmer, à sa manière puisque son but n'est pas de le retrouver mais au contraire de prouver qu'on peut parler d’œuvres que personne ne peut plus regarder. Le hasard les remet bientôt en présence à l'IMEC de Caen où ils veulent tous les deux consulter le même document. Mais le hasard existe-t'il vraiment?

J'ai découvert Julie Wolkenstein lorsque j'étais membre du jury du prix Elle pour la deuxième fois et ce fut un coup de foudre. Seulement, Adèle et moi n'a pas passé les pré-sélections cette année-là, c'est dire si je suis représentative du prix. Et comme Les vacances est dans la pré-sélection de février cette fois, je croise les doigts pour que mon coup de cœur ne signifie pas qu'il sera recalé . Depuis, j'avais relu des romans écrits avant Adèle mais je n'y retrouvais pas ce que j'avais tant aimé, l'ambiance de bord de mer normand, l'écriture, l'humour aussi. Les vacances faisait bien sûr partie de mes toutes premières envies de rentrée et je n'ai pas été déçue. J'aime tout dans ce roman, le lien entre cette femme au bord de la retraite et ce jeune homme, tous deux un peu perdus dans leurs amours, l'humour de l'auteure qui joue sur les décalages entre notre quotidien et comment cela peut être perçu par un novice (la scène du Starbucks est représentative), les références aux romans de la Comtesse de Ségur qui font partie de mes premiers souvenirs de lecture (je ne faisais pas dans la modernité). Je me suis rendue compte que mon goût pour ces romans va pourtant à l'encontre de mon aversion pour la lecture de pièces de théâtre ( ô toi qui viens de m'offrir une pièce de théâtre en livre, retiens ton soupir, tu vois qu'il y a peut-être un espoir que je finisse par aimer le genre), puisqu'en effet, comme le fait remarquer Sophie, le choix narratif de la Comtesse s'approche du théâtre. Il faut aussi avouer que ce roman a sans doute été écrit pour moi parce qu'en plus de la Comtesse de Ségur, j'y ai reconnu des lieux que je connais très bien, la gare Saint Lazare et son piano (même si moi, je serais bien incapable de reconnaître le générique de Games of Throne) et quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver au Neubourg, petite bourgade qui se trouve à dix kilomètres de chez moi et que je connais par cœur. Si moi j'ai adoré ce roman, j'en connais un autre qui doit être ravi d'être à l'honneur, le chanteur Alex Beaupain. Un roman rythmé par les chansons de Nostalgie, il y avait plus de quoi séduire la fille que moi à la base (oui, je sais, ma fille est un OVNI à sa manière) mais séduite, je fus. 
C'est sans doute ma conception du roman feel good, moi qui n'aime pas du tout ça d'habitude. Eimelle est aussi conquise. 

Publié chez POL août 2017- 358 pages.

Merci à Galéa pour ce cadeau d'anniversaire. Vous verrez qu'elle a été déçue. 
Je ne sais pas à qui le conseiller, je me demandais si ce n'est pas un livre écrit juste pour moi mais le jury de février en décidera peut-être autrement.  Saxaoul, si tu as une bouffée de nostalgie pour cette bourgade dans laquelle tes pas ont croisé ceux de mon fiston, c'est un roman pour toi. 

                                                   



dimanche 26 novembre 2017

Mes spectacles du mois: L'homme A (d'après Marguerite Duras) / L'une et l'autre: La Grande Sophie et Delphine de Vigan

En pleine découverte de Marguerite Duras, je ne pouvais pas rater  ce spectacle qui passait près de chez moi. C'est comme si une rencontre (réelle) m'avait menée vers une autre rencontre (littéraire) qui elle-même se déroulait à l'infini, avec des variétés de forme réjouissantes. Sandrine Bonnaire, accompagnée en musique par Erik Truffaz et Marcello Giulani nous lit des extraits de deux textes de Duras: L'homme Atlantique et L'homme assis dans le couloir. Le premier texte n'est pas inoubliable mais il met en scène le regard extérieur, celui de la cinéaste. Le second, par contre, marque très longtemps. Extrait d'un texte de 36 pages publié aux Editions de Minuit, il raconte le désir entre un homme et une femme. Un désir somme toute ordinaire, si tant est que le désir puisse l'être, jusqu'à ce que... De ce texte, j'ai lu que Marguerite Duras disait qu'elle n'aurait pu l'écrire sans l'avoir vécu. De quoi découvrir un autre aspect de sa personnalité.
Sandrine Bonnaire lit magnifiquement bien, tout en dégageant, avec la douceur de sa voix, cette sensualité nécessaire à la lecture du texte. Chapeau parce que ce ne doit pas être une lecture facile. L'intensité du texte est renforcée par les instruments, je ne suis pas sûre que j'aurais ressenti les mêmes émotions en lisant ce texte. 

En tournée depuis plusieurs mois dans toute la France. C'est au théâtre L'Arsenal de Val de Reuil que j'ai assisté à cette lecture musicale, un théâtre qui accueille cette année une très belle programmation. 



Ça devait être une création unique pour un festival littéraire de Nevers en 2014, ça a fini en tournée dans toute la France, pour notre plus grand plaisir. Quand on écoute les extraits des romans de Delphine de Vigan et les chanson de La Grande Sophie choisies, on se dit que ces deux-là ne pouvaient que se rencontrer. Les thèmes se rejoignent, autant que le physique des deux femmes s'oppose. Elles se sentent bien ensemble sur scène et ça se sent, nous racontant le parcours d'une jeune femme, l'une lisant parfois les textes de l'autre et l'autre chantant un morceau avec l'une. Je ne suis fan ni de l'une, ni de l'autre (même si j'ai aimé D'après une histoire vraie) mais les écouter ensemble et les voir jouer, car il y a aussi un jeu réel, fut un vrai plaisir. Et nous avons eu la chance, à Louviers, de payer dix euros pour ce spectacle alors que prix est parfois plus du double, signe sans doute que la mairie a mis la main au portefeuille et qu'on fait encore venir la culture dans les zones où on pourrait la délaisser.

Toujours en tournée dans toute la France. Vu au Moulin de Louviers, dans une salle comble.

Merci à mes compagnes de plaisir culturel partagé, Florence, présente les deux fois, et à Celle qui fut à l'origine de mon envie de voir le premier spectacle et mon accompagnatrice du second. Et merci à B. et P. d'avoir été à proximité à chaque fois. 

                                       



mercredi 22 novembre 2017

Balzac et la petite tailleuse chinoise de Freddy Nadolny Poustochkine

Ma et Luo sont des adolescents pendant la Révolution culturelle chinoise. Ils sont envoyés dans la campagne pour les guérir de leur "maladie": ils sont considérés comme des intellectuels. Ils y rencontrent la fille du tailleur, elle-même couturière. Après le vol d'un lot de romans européens découvert par hasard, chacun va vivre à sa manière son amour avec la jeune femme, l'un en lui racontant les histoires des romans et en laissant ses sens se libérer, l'autre en s'imaginant une histoire à partir de ses lectures. 

J'ai eu le roman de Dai Sije entre les mains quand l'une de mes classes l'a étudié en cours. Je me souviens l'avoir emprunté à un(e) élève mais je n'ai pas dépassé quelques pages. Lire cette BD m'a donné envie de m'y remettre, parce que j'ai l'impression que tout n'a pas été totalement limpide pour moi dans l'intrigue, ce qui ne m'a pas empêché d'être conquise. J'ai adoré les dessins et l'histoire de ce trio ne m'a pas laissé indifférente. Une BD qui tombe en plus à un moment où mon aiguille ne cesse de travailler (j'ai comme l'impression que ce n'est pas un hasard, ce cadeau m'ayant été offert par l'une des bénéficiaires de mes petits travaux d'octobre), toutes les conditions étaient réunies pour que j'aime. 

Noukette a aimé. 

Merci à  Nathalie pour ce cadeau.
A conseiller aux amoureux de dessins de corps nus (il y en a beaucoup dans cette BD). 

Publié en octobre 2017 aux éditions Futuropolis .
320 p

lundi 20 novembre 2017

Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras


... leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur définition devenue unique mais innommable faute d'un mot. J'aime à croire, comme je l'aime, que si Lol est dans la vie, c'est qu'elle a cru, l'espace d'un éclair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. C'aurait été un mot-absence, un mot-trou, creusé en son centre d'un trou, de ce trou où tous les autres mots auraient été enterrés. 

Je pourrais arrêter ce billet sur cette citation, tout est dit dans ce mot tu, toute la beauté de la plume de Duras tient dans cette phrase, l'importance de ce mot-trou, de ce mot qui n'existe pas, la force de ce qui existe mais qu'on ne peut nommer, faute du mot juste. Le choix alors de se taire pour ne pas dénaturer, faute du mot approprié.

Lol Valérie Stein se rend au bal du casino de T. Beach. Elle doit y passer la soirée avec son amie Tatiana et celui dont elle est amoureuse, Michael Richardson. Seulement, tout ne se passe pas tout à fait comme prévu ce soir-là puisque Lol va assister au coup de foudre entre Michael et une autre femme. Dix ans plus tard, Lol vit à S. Tahla, est mariée et mère de deux enfants. Elle semble passer son temps à errer dans les rues. Le hasard va la remettre sur la route de Tatiana, par l'entremise d'un homme qui s'avérera être notre narrateur. 

Ce fut ma première découverte à son propos: ne rien savoir de Lol était la connaître déjà. On pouvait, me parût-il, en savoir moins encore, de moins en moins sur Lol V. Stein. 

Comment expliquer que jamais, avant ce mois d'octobre, personne ne m'ait mis un Duras entre les mains? Je n'en ai aucune idée. Je sais par contre que le souvenir que j'ai de Duras vivante, celle que je voyais à la télévision, ne m'a pas donné envie de la lire. Il m'aura donc fallu attendre le mois dernier pour qu'on me transmette cette auteure. Vous vous souvenez peut-être de mon billet sur la transmission, j'aurais peut-être aussi dû insister sur la beauté du geste pour la lectrice qui le reçoit. Lire ce roman (annoté par les soins de ma passeuse de pépite) fut un ravissement, pas pour Lol mais pour moi. J'ai eu l'impression d'assister à une chorégraphie, à une métaphore répétée de cette scène du bal, mais aussi de l'art qui met en scène une version de la réalité. Le style, la construction et la plume m'ont envoûtée. Ce n'est pas l'intrigue du roman qui importe; d'ailleurs, si vous n'aimez que les romans à intrigue, passez votre chemin. Il faut accepter ici de se laisser emporter par la plume de Duras, de déambuler avec Lol dans les rues de S. Tahla (qui ressemblent sans doute à celles de Trouville que Duras a bien connu mais qui a eu pour moi les contours d'une autre station balnéaire normande) et dans les errements de son esprit. J'ai ressenti une émotion rare à la lecture de ce roman, comme lorsque lorsqu'on part en promenade sans attente particulière et qu'on fait une rencontre. Entre Lol V. Stein et moi, entre Duras et moi, ce fut une rencontre forte. Je n'ai aucun doute que les deux m'accompagneront encore longtemps. J'ai aimé aussi comment Duras traite le thème de la passion, en faisant un mythe non plus pour celle qui a éprouvé la passion mais pour les témoins :
Que cachait cette revenante tranquille d'un amour si grand, si fort, disait-on, qu'elle en avait perdu la raison? 
Lol est la chorégraphe, le metteur en scène de ce roman, tout en en étant la spectatrice. Elle donne le ton, indique sans avoir à ouvrir la bouche les espaces scéniques à utiliser et le narrateur se soumet à cette volonté en recréant les contours de sa relation avec Tatiana. Je pourrais vous citer une multitude de phrases qui ont trouvé écho en moi, notamment celle-ci qui résume, pour moi, à la fois l'art et la réalité et qui m'a rappelé toute ce que pense Antoine Bello sur la réalité qui cesse de l'être à partir du moment où elle est verbalisée puisque le choix d'un mot indique déjà un point de vue: 
Ce qui s'est passé dans cette chambre entre Tatiana et vous je n'ai pas les moyens de le connaître. Jamais je ne saurai. Lorsque vous me racontez, il s'agit d'autre chose. 

Publié en 1964. 190 pages en Folio (avec une couverture qui ne peut que me plaire). 

Merci à Celle qui m'a transmis ce roman et plus qu'un roman, un auteur. Merci pour les discussions qui suivirent et pour m'avoir signalé la double signification du titre. 
A conseiller à tous ceux qui n'ont pas encore lu Duras, même si je pense que ce roman est très féminin. 

                                                             








dimanche 19 novembre 2017

Mes films du mois: Au revoir là-haut d'Albert Dupontel/ Carré 35 d'Eric Caravana

ma déception: Albert Maillard et Edouard Péricourt sont devenus amis dans les tranchées. Nous sommes le 9 novembre 1918, tout est calme sur le front mais le lieutenant Pradelle, qui vient de recevoir une missive lui annonçant la fin immédiate des hostilités, a soif d'une dernière salve de brutalité. Il envoie un jeune homme effrayé et le plus vieux soldat en éclaireur. Le combat reprend donc entre les allemands et les français. 
J'avais très envie de voir ce film et de faire découvrir cette histoire à ma fille. Elle a finalement été plus enthousiaste que moi puisqu'elle a tout aimé. J'ai adoré l'esthétisme du film, les décors et les masques sont superbes et leur évolution, qui marque l'évolution du personnage d'Edouard est intéressante. J'aurais sans aucun doute beaucoup aimé l'histoire aussi si je ne l'avais pas lue, parce que cette double arnaque d'après-guerre est une belle trouvaille. Mais tout cela, je le connaissais déjà. Si certains changements par rapport au roman m'ont semblé cohérents, comme par exemple la possibilité de donner une voix narrative à Maillard en faisant d'un interrogatoire le fil conducteur de l'histoire, j'ai trouvé trop mélo cette rencontre qui n'a pas lieu dans le roman. Et puis, tout de même, la source de l'incompréhension entre le père et le fils est totalement évacuée, ce qui me semble dénaturer le roman. Je le conseille tout de même pour son esthétisme donc et parce que les acteurs sont tous très bons. Décidément, Nahuel Perez Biscayart est l'une des révélations de cette année: être expressif sans utiliser de mots et en ne s'aidant que d'une partie du visage, voire parfois uniquement du regard, me semble être une prouesse. 

L'avis de Dasola

Sortie le 25 octobre 2017-  1h57


mon documentaire: je vais très rarement au cinéma voir des documentaires, moins d'une fois par an en moyenne. Quand une amie m'a parlé de Carré 35 alors que nous évoquions le poids des secrets de famille, j'ai eu envie d'aller le voir avec elle. Eric Caravana est acteur (je ne le savais pas, c'est en voyant sa tête apparaître à l'écran que je l'ai reconnu) et réalisateur. En posant des questions à ses parents sur sa sœur décédée avant se naissance à lui mais dont on ne parlait pas, il va "redonner vie" à cet enfant dont la mère a brûlé toutes les photos. 
[attention spoilers] Ce documentaire avance crescendo et se charge de force émotionnelle à mesure qu'il avance. Pour autant, il n'y a pas de pathos mais de la gêne, parfois, à être témoin de la manière dont Eric Caravana "cuisine" ses parents, sa mère surtout. On sent ce que ce qu'il fait resurgir, que les parents ont pris soin d'enfouir profondément, est douloureux mais évidemment, sans doute nécessaire pour eux aussi. Si le déni de la mère ne m'a pas étonnée, le souvenir du père, qui ne correspond pas totalement à la réalité, est surprenant. C'est aussi un voyage vers la terre natale d'origine, décidément au centre de cet automne. Ce n'est sans doute pas un film indispensable (surtout si vous payez votre place 10 euros, ce qui ne fut pas mon cas) mais c'est un joli film ponctué de moments forts. 
Sortie en salle: le 1er novembre 2017- 1h07


                                      

Merci à mes compagnes de cinéma du mois: ma fille et Florence. 



jeudi 16 novembre 2017

Les chiens de Détroit de Jérôme Loubry

A Détroit, en 2013, un groupe de policiers dirigé par Sarah Berkhamp lance l'assaut d'une maison. A l'intérieur, un homme attend son arrestation. Aucune violence n'est nécessaire pour la mener à bien et pourtant, quelques heures plus tard, le suspect est roué de coups par l'un des inspecteurs. Pour en comprendre la raison, il faut remonter quelques années en arrière, quand le-dit inspecteur, Stan, était sur les traces d'un kidnappeur et tueur d'enfants surnommé Le géant des brumes. 
Ce qui m'a donné envie de découvrir ce polar, c'est Détroit. C'est une ville qui me fascine, sans doute un peu grâce à Eminem mais aussi parce que peu de villes ont comme elle été des symboles de réussite pour  devenir l'antonyme du rêve américain et pour finir par rebondir à nouveau. Difficile de savoir ce que cette ville deviendra dans quelques années. J'avais donc envie de me plonger dans les bas-fonds de cette ville et il y avait matière à m'enthousiasmer. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Je me suis vite ennuyée, il faut dire que le thème des kidnappings d'enfants me plait rarement parce que j'ai souvent l'impression de relire la même chose, à de rares exceptions près. Les enquêteurs et leurs fantômes bien cachés dans les placards finissent aussi par me lasser, je crois. J'attends donc un vrai beau roman/ polar mettant en scène cette ville qui le mérite amplement et qui méritait davantage que cette page 34 qui semble résumer à la va-vite son histoire. J'en ai aussi ras le bol de ces polars plein de testostérone dans lesquels les hommes se font justice eux-mêmes. J'ai été très étonnée par une phrase. Lors d'une relation sexuelle, une femme dit: "Je viens aussi". Si ce roman avait été écrit par un américain, j'aurais râlé contre cette grosse erreur de traduction ("come" a un sens sexuel qu'on apprend très vite quand on est assistante en Angleterre, il suffit de dire une fois "I'm coming" à une classe pour comprendre, aux sourires sur les visages des garçons, qu'on va désormais éviter cette phrase en cours) mais l'auteur est français et manifestement, la phrase ne peut se comprendre dans le sens propre du verbe venir. Quant à la plume, je vous laisse juge:
Sa chevelure rousse ondoya comme les flammes d'un brasier incertain. 

Publié en octobre 2017 chez Calmann Lévy. 303 pages. 

A conseiller à tout le monde sauf à moi si j'en crois les avis sur Babelio. 
Merci à l'opération Masse Critique de Babelio




mardi 14 novembre 2017

Summer de Monica Sabolo

La fatigue, c'est comme ça que l'on qualifie à peu près tout, dans notre famille, tout ce qui implique le chagrin ou la honte. 

Cela aurait été briser le pacte qui nous tient entre nous- toutes les choses dont on ne parle pas n'existent pas. 

Benjamin est un adulte en souffrance. Vingt-cinq ans auparavant, sa sœur Summer a disparu sans laisser aucune trace. Passé entre les mains de plusieurs thérapeutes, il n'a jamais avancé et une partie de ses souvenirs semblent totalement effacés. Quand il commence à échanger avec le docteur Traub (c'est le seul personnage dont je me rappelle le nom sans avoir à regarder le roman, à part Summer évidemment, c'est dire si ce personnage est pour moi un élément central du roman alors qu'il apparaît finalement peu), des rêves l'assaillent et le submergent. 
Ce roman traite à mon avis de nombreux sujets, de la manière dont on vit avec des secrets de famille, ceux qu'on subit, ceux qu'on nous fait porter alors qu'on n'a pas les épaules qu'il faut pour les porter. C'est aussi un roman sur les effets bénéfiques de la psycho-thérapie, à tel point d'ailleurs que je suis allée vérifier si Monica Sabolo n'était pas psy- quelque chose à la base, mais il semble que non et pourtant, les séances sont très en marge, il ne faut surtout pas que ça rebute les réfractaires aux thérapies. Ça  démarre assez lentement, puis le rythme s'accélère et alors, on ne peut plus le lâcher. Monica Sabolo parvient à parsemer son roman de rebondissements assez spectaculaires sans qu'on ne se dise que ça ne tient pas la route. Et puis, c'est très joliment écrit, j'ai eu envie de noter de nombreuses phrases. On pourrait sans doute reprocher le côté un peu cliché de cette famille suisse bourgeoise, mais on ne peut en tout cas pas lui reprocher d'avoir inventé des personnages lisses, le père et la mère n'étant pas des représentations de la tendresse parentale. L'une des prouesses de l'auteure, me semble-t'il est de ne pas avoir choisi entre le thriller et le roman poétique, ce qui explique sans doute sa présence dans la seconde sélection du prix Goncourt. Il reste, en refermant ce roman, des images puissantes, comme ce châle, symbole de la relation lien mère-fille. 

Lu dans le cadre du Prix Elle des lycéennes auquel participent quatre de mes élèves de 1ère L. 

Merci au jury d'octobre du prix Elle adulte qui l'a sélectionné. Merci à mon amie Nathalie qu'il l'a lu en même temps que moi.
A conseiller aux amateurs de familles disruptives (fictionnelles bien sûr). 

Ed. JC Lattès, 316 p., 19 € (publié le 23 août).

dimanche 12 novembre 2017

Festival This is England/ exposition des caricatures de Steve Bell

Demain, mes élèves iront découvrir la sélection des courts-métrages choisis pour les lycéens dans le cadre du festival This is England qui a lieu toute la semaine au cinéma rouennais de l'Omnia. Ces sept titres de durées variables (entre 3 et 15 minutes), de formes variables aussi vont leur faire découvrir des accents de tous horizons; heureusement, eux, contrairement à mes collègues et moi lorsque nous avons découvert ces courts-métrages le mois dernier, auront les sous-titres. J'ai, au préalable, choisi de les faire travailler sur le principe d'un "cautionary tale" (comme dans Le Petit Chaperon Rouge, le personnage est averti, transgresse l'interdit et est puni) et sur le rôle des femmes pendant la première guerre mondiale, puisque deux courts-métrages sont liés à ces thèmes. Nous devrions rencontrer l'un des réalisateurs (mais oseront-ils poser l'une des questions que nous avons travaillées ensemble, alors que la salle sera comble? J'en doute fort). 
De retour en classe, ma classe votera pour son court-métrage préféré et j'ai hâte de voir si leur choix rejoindra le mien. Le grand public peut voir les courts-métrages destinés aux adultes tous les soirs de la semaine à 20h. 
L'après-midi, nous irons voir l'exposition consacrée au caricaturiste du Guardian, Steve Bell, qui est par ailleurs un homme charmant. Coup de chance pour moi, Steve Bell a détourné des tableaux célèbres dans ses caricatures et nous avions étudié certains de ces tableaux dans mon premier thème consacré à "Poems and paintings". Vous pouvez voir cette expo jusqu'à la fin de la semaine.
Voilà un beau lundi qui s'annonce! Il nous faut juste du soleil pour le pique-nique. 



Merci à mon collègue Christophe Thierry qui s'occupe de ce festival.
A conseiller aux amateurs de format court. 


jeudi 9 novembre 2017

Nuit de Bernard Minier

Kirsten arrive sur une plateforme pétrolière basée en mer du Nord. Une technicienne y a été assassinée et un homme a disparu, le coupable présumé, Julian Hirtmann, un homme recherché par la police depuis des années. Elle se rend à Toulouse après avoir retrouvé, dans la cabine d'Hirtmann, des photos du policier Martin Cervaz. Cervaz er Hirtmann ont une longue histoire commune puisque ce dernier est à l'origine de la disparition de Marianne, la compagne de Cervaz, qui ne fut jamais retrouvée. 

Je n'avais jamais lu ou écouté Bernard Minier, pour une raison sans doute idiote, je ne lis pas de romans XO, ou alors pas depuis longtemps. Mais une amie aime beaucoup ses romans et je me suis dit qu'il était temps de passer outre mes préjugés. C'est typiquement le genre de polars que je préfère écouter plutôt que lire parce que c'est un polar d'action et non véritablement d'ambiance. On n'y apprend rien de particulier, ni d'un point de vue sociologique, ni d'un pays lointain, si ce n'est des informations concernant la maladie rare de l'enfant qui est au centre du l'histoire. J'ai plutôt passé un bon moment même si je ne suis pas sûre d'avoir envie d'écouter à nouveau l'auteur (et pas du tout de le lire). Je n'ai pas du tout aimé la fin mais je vais éviter de faire comme ces lecteurs qui me faisaient sourire en rencontre parce qu'ils auraient bien fait réécrire la fin par l'auteur qu'ils étaient venus écouter.

Lu par Hugues Martel- Paru le 13 septembre 2017- 15 h50 d'écoute. 

Merci à Audiolib

mardi 7 novembre 2017

Un loup pour l'homme de Brigitte Giraud

Antoine aurait préféré que Lila ne reste pas sur le quai de la gare. Il l'a dit mais elle n'a pas voulu entendre. Il est debout derrière la vitre, entouré d'autres gars, et il la voit qui reste figée. Il voudrait qu'elle s'en aille, qu'il n'ait pas sous les yeux le regard qui appelle. C'est violent d'aimer dans ces moments-là. 

Antoine est appelé sous les drapeaux en 1960. Mais le drapeau  français flotte alors sur des terres lointaines et le voilà en Algérie, juste après que sa femme ait découvert sa grossesse, elle qui ne souhaite pas du tout être enceinte alors que son mari ne peut être auprès d'elle. Antoine ne va pas au combat puisqu'il est infirmier mais il va prendre de plein fouet les conséquences des combats et s'attacher à Oscar, amputé et mutique.

De l'auteure, j'avais aimé Une année étrangère et je l'avais vue au festival Terres de Paroles dans une lecture musicale avec Albin de la Simone qui m'avait beaucoup plu. Je n'ai pas ressenti le même enthousiasme ici. La relation entre les deux hommes est touchante mais cela ne m'a pas suffi; j'ai trouvé le roman un peu trop "léger", manquant d'aspérité aussi peut-être et j'ai fini par m'ennuyer. Reste cette phrase que comprendront ceux qui ont eu, dans leur famille, un ancien de la guerre d'Algérie :

Il y a ceux qui auront fait l'Algérie, et les autres. 

Publié le 23 août 2017 chez Flammarion. 245 pages.

Lu en marge du prix Femina des lycéens. Merci aux élèves de 1ère L. 
A conseiller à ceux qui aiment les amitiés masculines pas trop viriles. 

dimanche 5 novembre 2017

Ma chanson du mois: Brigitte - Palladium



La première fois que j'ai entendu cette chanson, c'est une belle Montpelliéraine qui l'avait partagée sur sa page Facebook, du temps où je fréquentais encore cet espace et je me suis dit que ça semblait être une chanson bien triste pour un dimanche matin. J'ai écouté quelques secondes, j'ai éteint et je n'y ai plus repensé. Sur le blog d'Antigone, j'ai appris que sous ce pseudo se cachaient non pas une mais deux personnes; je n'ai pas eu envie de réécouter la chanson. 
Et puis, je ne sais plus sur quel support cette chanson m'est revenue aux oreilles et là, je tombe sous le charme. Loin d'être une chanson triste pour moi, c'est une superbe chanson sur l'amitié inconditionnelle. 

Merci à celle à qui j'ai envoyé un message après avoir acheté cette chanson, en lui disant: "J'adore cette chanson, elle me fait penser à toi". 

jeudi 2 novembre 2017

L'ordre du jour d'Eric Vuillard

Février 1933: vingt-quatre industriels allemands se retrouvent autour d'Hitler. Ce sont les fondateurs d'empires qui nous sont familiers: Opel, Siemes ou BASF et ce jour-là, ils vont mettre la main à la poche pour financer le nazisme. Sans cet argent, sans doute, rien n'eût été possible pour Hitler. Eric Vuillard va ainsi décortiquer plusieurs scènes de 1933 à 1938, tentant de prouver que la somme de l'immobilité des uns et des autres a mené au désastre que l'on connait. 

J'avoue qu'il est très difficile pour moi de comprendre les commentaires très enthousiastes que j'ai lus sur ce livre. Je me doute qu'il doit avoir de nombreuses qualités mais je pense que c'est tout le contraire de ce que j'aime en littérature. D'abord parce que je ne parviens pas à comprendre où se situe l'aspect littéraire du texte. J'ai l'impression que l'auteur nous énonce froidement des faits, qu'il fouille, certes, comme un excellent journaliste le ferait, avec une morale sous-jacente qui est que chacun est responsable de l'Histoire et que l'immobilisme face au Mal est coupable, c'est en tout cas la morale que j'ai perçue. J'ai parfois, même si très rarement, été intéressée par le sujet, comme par l'anecdote sur la photo recadrée de Schuschnigg qui change totalement la vision de celui qui y figure et par cette référence aux "suicidés" autrichiens des quelques jours précédents l'Anschluss, mais je n'ai jamais été emportée par le style, sans doute trop froid pour moi.
Je ne pense pas relire cet auteur. Pourtant, ça commençait bien avec cette belle phrase:
La littérature permet tout, dit-on. Je pourrais donc les faire tourner à l'infini dans l'escalier de Penrose, jamais ils ne pourraient plus descendre ni monter, ils feraient toujours en même temps l'un et l'autre. Et en réalité, c'est un peu l'effet que nous font les livres. Le temps des mots, compact ou liquide, impénétrable ou touffu, dense, étiré, granuleux, pétrifie les mouvements, méduse...

Publié en avril 2017- 160 pages. Dans le carré final du Prix Goncourt. 
Merci aux élèves du lycée qui participent au Prix Femina des lycéens.  
A conseiller aux amateurs de livres historiques, peut-être. 

mardi 31 octobre 2017

Les petites chaises rouges d'Edna O'Brien

On ne connaît pas les autres. Ils sont une énigme. On ne les connaît pas, surtout ceux avec qui nous sommes les plus intimes, parce que l'habitude nous trouble et l'espoir nous aveugle sur la vérité. 

Fidelma est mariée à un homme bien plus vieux qu'elle, qui l'a sortie de la pauvreté dans laquelle elle était née en tombant amoureux d'elle et en l'épousant. Quand un guérisseur nommé Vladimir Dragan, originaire du Monténégro, s'installe dans son hameau irlandais, elle tombe immédiatement sous son charme. Débute alors une liaison qui finira en tragédie puisque Vlad est vite arrêté pour les monstruosités commises à Sarajevo (je ne dévoile pas la fin en l'écrivant, le lecteur l'apprend très vite). Ce sont les conséquences de cet amour qu'Edna O'Brien dissèque. 
Ouvrir un livre d'Edna O'Brien, c'est retrouver un univers dans lequel il faut accepter d'entrer par immersions successives. Celle qui m'a prêté ce roman, avec qui j'en ai ensuite longuement discuté, utilise un adjectif que je lui emprunte de plus en plus souvent: "clivant". On peut dire qu'Edna O'Brien est une auteure clivante, comme l'ont prouvé les avis divergents du jury du Prix des lectrices de Elle qui m'avait permis de la découvrir. Elle procède par circonvolutions pour construire son récit, tournant autour du point où elle souhaite nous mener, nous perdant parfois en route. Mais j'aime me perdre entre ses lignes. Lors de notre debriefing, nous avons remarqué que chacune de nous avait oublié des passages du livre, tant il est difficile de se concentrer sur tout. Et peu importe. Ce roman traite du sentiment de culpabilité lié au fait d'aimer un monstre, d'avoir manqué de lucidité dans le choix amoureux et sur la difficulté de s'en remettre. Certaines scènes sont très fortes, comme si elles étaient les points vers lesquels tous ces détours devaient nous mener. Et puis, lire Edna O'Brien, c'est n'avoir aucun doute quant au fait que nous lisons bien un objet littéraire. A 85 ans, l'auteure n'a rien perdu de son talent.

Traduit de l'anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, éd. Sabine Wespieser, 376 p. Publié en septembre 2016. 

Merci à Celle qui m'a prêté ce roman (je sens que ce billet marque le début d'une belle histoire d'échanges littéraires) et qui m'a donné envie de ressortir ma machine à coudre qui n'avait pas encore servi en 2017. Merci aussi pour les échanges qui ont suivi la lecture et pour m'avoir signalé que ce roman s'inspirait de Radovan Karadzic, le "monstre" de Sarajevo.  
A déconseiller aux femmes enceintes, à cause de la scène qui est  pour moi la plus marquante du roman. 


dimanche 29 octobre 2017

Mes films du mois: Detroit de Kathryn Bigelow, Knock de Lorraine Lévy et The Square de Ruben Östlund

Le film du mois: L'été 1967 nous prouve que l'action pour l'égalité des races aux USA ne fut pas seulement pacifique dans le camp des partisans de l'égalité. Detroit est à feu et à sang, les arrestations de noirs se multiplient et certains quartiers de la ville ne sont plus qu'un champ de ruines. Une nuit, des coups de feu semblent provenir de l'Algiers Motel. La police locale et la garde nationale s'y rendent sur le champ, pour tenter de trouver l'auteur des coups de feu. Mais la police va très vite perdre les pédales.
Le film commence par un drôle de générique qui fait craindre le pire. Le tout début du film aussi, d'ailleurs qui semble papillonner sur plusieurs personnages sans parvenir à se poser. Mais une fois l'entrée de la police dans la maison, la tension est à son comble et vaut bien un très bon thriller, si ce n'est qu'ici, nous entrons dans une histoire vraie. Confronté à la folie d'hommes qui ont une arme et le pouvoir entre les mains, il faut une bonne dose de chance pour survivre. Je me serais personnellement passée de la partie qui se déroule à la fin, au tribunal, puisqu'on ne peut pas dire qu'il ait beaucoup de suspense concernant le verdict. Les grandes ados de l'une de mes amies l'ont adoré. Je n'irai peut-être pas jusque là, mais c'est un très bon film. Je suis en désaccord total avec certains critiques de La Dispute, une émission que pourtant j'aime beaucoup, sur le fait qu'on ne peut pas faire un film d'horreur avec ce thème. 

Sortie: le 11 octobre 2017- Avec John BoyegaWill PoulterAlgee Smith...

    

Le film le plus décrié du mois: tout le monde ou presque connaît le Knock de Jules Romain. J'en ai un souvenir de primaire, je crois que c'est la première fois qu'on m'a demandé de jouer une scène de théâtre. Peut-être est-ce pour cela que je suis attachée à cette pièce. Si Knock aura sans doute toujours la tête de Louis Jouvet pour moi et non celle d'Omar Sy, j'ai apprécié cette adaptation très libre de la pièce. Très libre parce qu'elle rend Knock humain et aimable, en trouvant des excuses à son attitude. Je trouve les critiques vraiment très dures avec ce film, qui n'est certes pas un chef d'oeuvre (la pièce ne l'est pas non plus) mais que j'ai pris plaisir à regarder et qui n'est pas non plus tout rose. On rit, on est ému et j'ai aimé le parti pris de la réalisatrice de ne pas mentionner la couleur de peau de Knock et de ne pas en faire un problème. Toutes celles qui m'ont accompagnée ont vraiment apprécié ce film. 

Sortie: le 18 octobre 2017- avec Omar Sy, Alex Lutz, Ana Girardot...Une mention spéciale à Sabine Azéma que j'ai trouvée drôle. 

                                      

Le film supposé intello de la semaine: palme d'or à Cannes (je ne peux pas lui pardonner de l'avoir obtenue face à 120 battements par minute), ce film suédois raconte comment Christian, conservateur de musée, se voit confronté à un paradoxe. Lui qui accueille dans son musée d'art contemporain de Stockholm une oeuvre symbolisant la tolérance, nommé The Square, il oublie toutes les règles de décence quand il se fait voler son portable, après avoir cru secourir une passante. Je ne peux pas dire que j'ai passé un mauvais moment à regarder ce film. Il y a des longueurs mais aussi deux scènes à mon avis très fortes, celle du préservatif (ah les hommes et leur sacro-sainte semence!) et celle du "sauvage" dans le dîner. En sortant, nous avons beaucoup discuté du film, de l'interprétation. Et puis, le soir, je me suis dit: "Tout ça pour ça?". Parce qu'il faut bien avouer que nous montrer nos contradictions entre le politiquement correct que nous préconisons tous et nos actions, ce n'est pas nouveau. Le monde de l'art est bien écorché (et dans nos sociétés qui coupent de manière drastique les subventions à l'art, je me demande si ça ne devient pas de la politique), les médias aussi et personne n'est totalement sympathique dans le film, même pas les enfants. Reste que ce film déclenche des discussions, ce qui est toujours positif et que les acteurs, Claes Bang, Elizabeth Moss, Terry Notary (qui joue généralement costumé en primate ou hobbit) et surtout  Dominic West (quel charisme quand-même, même en pyjama!) sont très bons. 

Sortie: le 18 octobre 2017- 2h 22. 

                                  

Merci à mes partenaires de cinéma du mois: Marjorie, Anita et Nathalie. 
A venir le mois prochain: Au Revoir là-haut. 
                                       

jeudi 26 octobre 2017

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand

Stradi naît avec un violon dans la tête. Cela fait de lui un petit garçon différent, qui sait communiquer avec les oiseaux, ce que ses parents voient d'un mauvais œil mais qui doit aussi affronter des moments douloureux quand l'infirmière vient chez lui. Un jour, un nouveau arrive à l'école avec sa propre différence. Il s'appelle Max, il boîte mais surtout, il adore la musique. Une amitié commence.

Gilles Marchand aborde le thème de la différence avec une certaine forme de poésie et de délicatesse mais il faut accepter de se laisser porter par cette histoire et par le style. Ce n'est pas que j'ai quoique ce soit à reprocher à la plume de Gilles Marchand. Moi qui regrette parfois l'absence de style, là, il est bel et bien présent mais je n'ai pas réussi à entrer dans cette histoire, ni à être touchée. Je n'ai d'ailleurs pas réussi à le finir. 

Eirenamg et Alex ont beaucoup aimé mais A girl from the earth est moins enthousiaste. 

Publié en août 2017 aux éditons des forges du Vulcain. 350 pages. 

Merci aux matchs de la rentrée de Price Minister#MRL17
A conseiller aux amoureux des longues fables. 

mardi 24 octobre 2017

Niels d'Alexis Ragougneau

Ce que j'admire, moi, vois-tu, ce que j'admire chez toi, c'est que tu es dans la vie. Moi je reste à la périphérie, je n'arrive jamais à franchir le dernier cercle. 

Niels Rassmussen est au Danemark, prêt à devenir père pour la première fois quand il apprend que son ami Jean-François, dramaturge comme lui, va très bientôt être jugé pour des actes de collaboration. Il ne réfléchit pas à deux fois et quitte une femme enceinte jusqu'au cou et une bonne place pour les années à venir (c'est le moment où il faut savoir se placer) pour comprendre ce qui s'est passé.

J'aime beaucoup ce qu'écrit Alexis Ragougneau. Ses polars, surtout le dernier, Évangile pour un gueux, sont finement travaillés et ne sont d'ailleurs pas tant des polars que des livres noirs. J'étais donc contente de retrouver ce titre dans la première et le deuxième liste du Prix Goncourt et j'ai aimé les cent premières pages. Mais je n'ai pas retrouvé ici la finesse de la plume et je me suis vite ennuyée. Pourtant, le thème de la collaboration dans l'art est original, en tout cas, il l'est pour moi, qui ai peu, voire pas du tout, lu des romans traitant de ce thème. Certaines scènes sont fortes et réussies, comme celle où les héros de guerre et les travailleurs du STO descendent du train. Alexis Ragougneau a tenté de jouer avec la forme du texte, insérant des chapitres en forme de scène de théâtre, comme d'autres l'ont fait avant lui, avec, à mon avis, peu de réussite. Je n'ai pas été enthousiasmée par cette tentative sauf pour un chapitre. Oublions le manque de crédibilité de la situation, cet homme qui quitte sa femme sans lui expliquer de vive voix pourquoi il part et sans lui dire qu'il reviendra; même sans ce détail, l'ensemble reste pour moi poussif. Alors, certes, le thème est à la mode (a-t'on comptabilisé le nombre de romans se déroulant pendant ou juste après la seconde guerre mondiale? J'ai l'impression qu'on a battu un record cette année) et il est traité d'un point de vue original mais ça ne m'a pas suffi, d'autant que certains dialogues m'ont semblé sonner faux. Et puis, j'ai du mal avec ces romans qui mine de rien, égratignent ceux qui ont vécu ce moment comme Ragougneau le fait avec Sartre. Je relirai malgré tout Alexis Ragougneau, c'est une certitude, je n'oublie pas qu'il a su m'enchanter. Malheureusement pour ce roman, ce n'est pas sa couverture qui aidera à faire grimper ses ventes (oui, ça peut paraître idiot, mais il y a des gens suffisamment superficiels pour aimer les belles couvertures), ni d'ailleurs les quelques fautes de frappe.

Publié le 31 août 2017. 355 pages.

Merci à Marjorie pour ce cadeau d'anniversaire.
A conseiller à ceux qui aiment les livres se déroulant dans le milieu de théâtre.


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