mardi 15 août 2017

La force des choses de Simone de Beauvoir

... il arrive souvent quand une question dangereuse vous brûle les lèvres  qu'on choisisse mal de moment de s'en délivrer: nous sortions de ma chambre pour aller déjeuner chez les Salacrou quand je demandai: "Franchement, à qui tenez-vous le plus, à M. ou à moi?". 

Je n'avais pas relu Simone de Beauvoir depuis mon adolescence. Le deuxième sexe et Mémoires d'une jeune fille rangée m'avaient été recommandés par ma prof de français de première, Mme Auvray, à qui je vouais un véritable culte. Elle nous avait donné une liste d'une cinquantaine de classiques à lire, que j'ai tous lus. Simone de Beauvoir fut l'une des rencontres marquantes de cette liste et ce n'est que lorsqu'une personne recroisée il y a quelques mois m'a posé une question sur les racines de mon féminisme que l'image de Simone de Beauvoir m'est revenue, insistante. Elle n'a pas été importante pour moi seulement pour son Deuxième Sexe et ce catalogue de la condition féminine qu'il représentait. Elle est bien plus que ça. 
La force des choses est le troisième tome de son autobiographie et c'est peu de dire que j'ai pris du plaisir à la retrouver. Ce tome aborde sa quarantaine et commence par la période d'après-guerre, ce qui m'a semblé une suite logique du roman de Gaëlle Nohant, Légende d'un dormeur éveillé que je venais de finir. Simone de Beauvoir y mentionne d'ailleurs Robert Desnos. Elle aborde les choix politiques des intellectuels de gauche, leurs différentes approches du communisme, la manière dont Sartre et elle dérivent loin de Camus. Mais on retrouve aussi une femme qui s'amuse de gagner à une murder party (qui m'a semblé être l'ancêtre du Cluedo grandeur nature). J'ai à nouveau tenté de comprendre la teneur de sa relation avec Sartre, qu'elle a fini par me rendre sympathique et pourtant, ça me semblait perdu d'avance:
Nombreux sont les couples qui concluent le même pacte, à peu près, que Sartre et moi: maintenir à travers les écarts, une "certaine fidélité". 
Elle ne parle jamais d'amour physique entre eux, mais elle peut se montrer légèrement jalouse de la place que prend une rivale dans le cœur de Sartre (et non dans son lit) , ce qui la rend infiniment humaine.  C'est ce que j'ai préféré dans ce livre, découvrir combien Simone de Beauvoir était comme nous, avec ses doutes par exemple sur les concessions que son argent lui permettaient de faire par rapport à ses valeurs, son refus d'acheter des toilettes luxueuses mais son besoin de dépenser son argent en voyages. Elle doute aussi quand l'un de ses amours la quitte (et souffre) alors qu'elle a la quarantaine passée et pense tirer un trait sur le plaisir charnel. La femme qui réapparaît ensuite, amoureuse de Claude Lanzmann, de dix-sept ans son cadet, m'a touchée. Si Simone de Beauvoir vécut trente ans avec Sartre, sept de ces trente années furent partagées avec Lanzmann. D'ailleurs, je trouve qu'elle parle très bien, même si c'est avec pudeur, d'amour.
J'ai aussi beaucoup aimé lire ce qu'elle dit de la littérature et du pouvoir des mots. Comme Simone Weil, dont l'autobiographie m'avait profondément agacée, elle pensait que ceux qui avaient menti sur les horreurs de la guerre devaient être traduits en justice. On découvre une Simone baroudeuse à qui on pourrait appliquer le célèbre "En voiture Simone!" tellement elle prend du plaisir à conduire pour se rendre dans des pays étrangers, alors qu'elle m'a surtout paru être un danger public. Mais elle s'amuse. Non conformiste et non exempte de contradictions, elle accepte le Goncourt pour Les Mandarins mais refuse de se plier au jeu médiatique. Je m'arrête là car je pourrais encore écrire longtemps sur ce livre que je ne peux que vous recommander. En plus, comme c'est un vrai pavé écrit tout petit, on a plaisir à le retrouver pendant un bon moment.

Publié en 1963 chez Gallimard. 686 pages. C'est ma première participation au challenge des pavés de l'été (si tout va bien, je devrais venir à bout d'un autre Gallimard qui paraîtra bientôt).

                                                               

Merci à Mme Auvray donc. 
A conseiller à tous ceux qui pensent que Simone de Beauvoir est ennuyeuse. Et surtout, sans doute, à ceux qui savent qu'elle ne l'est absolument pas. 

dimanche 13 août 2017

[parenthèse] mes lieux et moi

Nous avons tous des lieux qui font partie de nous. Le cœur a une logique qui lui est propre et qui parfois, donne l'impression d'un grand désordre. Je ne suis par exemple pas du tout attachée à ma région natale, la Picardie, mais je tiens à celle que j'ai choisie, la Normandie (même quand je peste parce que l'été n'en est pas un), alors qu'aucune attache humaine ne m'y retenait quand j'y suis arrivée. Je me sens par contre plus définie par mon village d'enfance et d'adolescence que par celui dans lequel je vis. Continuons par un petit jeu du "si j'étais" autour des endroits qui me sont chers (ou pas):

- Si j'étais un lieu où passer une soirée et une nuit inoubliables, je serais un buron dans le Cantal, celui de l'Auberge des montagnes de Pailherols; j'y accueillerais des amoureux qui se sentiraient seuls au monde, perdus dans leur bout de montagne et qui seraient obligés de rester collés toute la nuit car il n'y a pas de chauffage dans la chambre (qui ne ferme pas à clé):


- Si j'étais une ville française, je serais celle dans laquelle j'ai fait mes études, où j'ai donc vécu et où je me rends encore très souvent pour aller au cinéma, boire un coup ou manger avec mes amies ou pour un rendez-vous hebdomadaire du vendredi : Rouen. Je la trouve belle et je m'y sens bien. C'est la ville d'une blogueuse qu'on aime beaucoup. 

- Si j'étais une ville étrangère, je serais celle dans laquelle je ne me lasse pas d'aller, celle que je suis heureuse d'avoir fait découvrir à des êtres chers. Une ville entourée d'eau et baignée de chaleur est pour moi une source de sérénité; Venise incarne cette ville. Une ville où, une année de biennale, j'ai découvert cette statue dont je suis tombée amoureuse et que Christophe Ono-dit-Biot reprendra dans Plonger (je ne suis pas la seule à mettre ce Boy with a frog en avant ce week-end):



- Si j'étais une île, je serais Madère qui regroupe plusieurs îles, pour les superbes randonnées qu'on y fait, sa capitale un peu désuète comme j'aime et la plage de sable fin de Porto Santo: 
                                                       

- Si j'étais une capitale, je serais Londres. Il m'est difficile de ne pas aller en Angleterre au moins une fois par an (j'y ai vécu huit mois) et je ne me lasse pas de Londres, de ses musées souvent gratuits, de ses parcs, de son rouge dominant, de l'architecture des maisons, des bâtiments, de l'accent British et d'un sens du décorum que je peux trouver exotique (mais que je trouverais ridicule dans mon propre pays). Je suis allée dans cette ville pour la première fois avec deux profs de dessin et un petit groupe d'élèves en art et ce fut un très beau moment, sans doute le plus beau de mon année d'assistanat: 

- Si j'étais un endroit dont j'ai l'impression que c'est lui qui m'a choisie et non l'inverse, un endroit que je connais depuis peu mais qui m'apaise, m'enveloppe comme aucun autre lieu ne parvient à le faire et qui, cette année, m'a rappelé la signification du mot chance, je serais Houlgate. Mon parcours de footing préféré, long de neuf kilomètres, est un aller-retour entre Houlgate et Cabourg sans musique sur les oreilles pour ne rater ni le bruit de la mer, ni celui des mouettes et dont la vue inclut la bannière de mon blog. 

- Si j'étais une ville grâce à laquelle je me sens bien plus cultivée, je serais Rome. Il m'aura fallu deux séjours pour l'apprécier parce que j'avais fait l'erreur impardonnable de ne pas visiter l'intérieur du Colisée, du forum romain et des musées du Vatican la première fois. J'ai beaucoup apprécié de visiter cette ville cette semaine avec ma latiniste de fille, passionnée par les mythes et la Rome antique et de discuter avec des romains adorables (dont un garde de basilique).

- Si j'étais un pays étranger, mon cœur ne saurait choisir entre deux pays, l'Italie et l'Angleterre. Ce sont un peu mon ying et mon yang, avec pour point commun deux langues que je trouve très mélodieuses et que j'ai pris beaucoup de plaisir à apprendre. J'aime l'architecture anglaise autant que la chaleur italienne, celle de l'extérieur et des gens qu'on y croise. 

-Si j'étais un paysage grandiose, je serais l'ouest américain, Bryce Canyon ou les plaines du Nevada. La France recèle de beautés mais n'a pas cette immensité.



- Si j'étais un endroit encore inconnu qui me fait rêver, je serais Bali (mon médecin, avec qui je parle souvent plus de voyages que de ma santé n'y est pas pour rien).

-Si j'étais un endroit visité manifestement pas fait pour moi, je serais une ville américaine (New-York, San Francisco et la pire de toutes, Las Vegas) ou  Amsterdam. 

Merci à celle grâce à qui séjourner à Houlgate en me sentant chez moi m'est possible. 


jeudi 10 août 2017

The book of disquiet/ Le livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa

Life is what we make it. The traveller is the journey. What we see is not what we see but who we are. 

Il y a deux ans et demi, lors de mon séjour à Lisbonne, je visitai le musée de Fernando Pessoa, auteur dont je n'avais alors rien lu mais qui m'avait été chaudement recommandé par une amoureuse de Lisbonne et des écrivains portugais. Depuis, je cherchais ce livre partout et ce n'est qu'en prenant une valise pour aller à Rome que je l'ai retrouvé bien caché. C'était peut-être un signe. Il est donc resté dans ma valise et je l'ai ressorti pendant mon voyage. 
Ecrit sous l'un de ses nombreux hétéronymes (il en inventa 72), celui de Bernado Suares, ce livre est une suite d'aphorismes et de réflexions souvent presque philosophiques sur l'être, ses désirs et son essence. C'est profondément mélancolique et déprimant et sans doute totalement inadapté comme lecture de vacances, non parce que j'associe le concept avec du vide intellectuel (il n'en est rien) mais parce que j'avais peut-être le cœur trop léger pour apprécier la noirceur de ce livre et de ce personnage inventé par Pessoa. Bernardo Soares m'a profondément agacée avec ses airs supérieurs d'homme qui juge ce qui l'entoure, un homme incapable de ressentir une émotion de s'attacher et donc juste de vivre, un observateur froid qui ne cesse d'analyser. 
Ce livre posthume, considéré comme le chef d'oeuvre de Pessoa, fut publié en 1992. Pessoa ne connut d'ailleurs la renommée qu'après sa mort. La version que j'ai achetée n'est qu'un extrait d'une oeuvre bien plus grande, comme ne l'indique pas ma quatrième de couverture. Pessoa mourut en 1935 d'une cirrhose, laissant une oeuvre très variée composée par exemple de poèmes et d'essais écrits dans trois langues différentes, majoritairement en portugais et en anglais.

A conseiller un soir d'été normand bien pluvieux et déprimant. 
Merci Attila, je suis malgré tout contente d'avoir découvert cet auteur. 

mardi 8 août 2017

Avant que les ombres s'effacent de Louis-Philippe Dalembert

Ruben Schwarzberg est né en Pologne dans une famille juive, comme son nom l'indique un peu. Il grandit à Berlin et y sera le 9 novembre 1938, lors de la nuit de cristal. Sa sœur Salomé l'a dès sa naissance pris en main pour faire de lui un grand homme et le voilà devenu médecin. Mais Ruben doit quitter l'Allemagne. Arrivé en France, on lui apprend qu'Haïti accueille les réfugiés. La femme du diplomate haïtien lui laisse entrevoir la chaleur féminine à laquelle il va pouvoir réchauffer sa peau et le voilà parti. 

Sur un sujet grave Louis-Philippe Dalembert parvient à nous faire sourire, surtout au début du roman, utilisant des termes familiers (je ne suis pas sûre d'avoir lu le terme "un chouïa" dans un roman avant) au milieu de phrases complexes. Ça partait donc bien. Ensuite, je l'avoue, je me suis ennuyée. Le moment historique qu'il aborde (l'accueil des juifs par Haïti pendant la seconde guerre mondiale) et tout ce qu'on apprend sur Haïti d'ailleurs, notamment en tant que terre d'accueil est intéressant et je ne connaissais pas cette spécificité. Malheureusement, c'est l'écriture que j'ai fini par trouver ennuyeuse, sans relief, sans doute par contraste avec le début qui me semblait pimenté à souhait. Autour de moi, tout le monde semble avoir aimé ce roman, je suis donc l'exception qui confirme la règle. 

Prix Orange et France Bleu- Page des Libraires 2017. 290 pages. 

Publié en mars 2017 chez Sabine Wespieser (et je découvre donc que S. Wespieser publie aussi des livres écrits par des hommes). 

Merci à mon amie Nathalie qui m'a prêté ce roman.
A conseiller pour apprendre à connaître Haïti. 

dimanche 6 août 2017

[parenthèse] Le cinéma et moi

Du cinéma, je n'ai longtemps connu que les films comiques car c'étaient les films qu'on choisissait pour moi. Ce ne fut, pendant très longtemps, qu'une longue série de Louis de Funès et de Fernandel, entre autre. J'en ai sans doute gardé un dégoût des films réalisés exprès pour faire rire (mes enfants savent qu'il ne faut pas compter sur moi pour ce genre de films). Je préfère sourire ou rire quand je ne m'y attends pas. Ensuite, j'ai découvert les films forts du mardi soir dans les Dossiers de l'écran, et ce générique qui, encore maintenant, me donne presque la chair de poule.


Seule, je me suis adonnée aux séances tardives à thèmes du vendredi soir sur France 2 et du dimanche soir sur France 3, un grand moment de volupté, ce tête-à-tête avec le cinéma, parfois en noir et blanc, souvent en anglais; je me demande si mon amour de la langue anglaise ne date pas de là. Je crois que c'est lors d'un cycle de France 3 dédié à  Hitchcock que je l'ai découvert et j'ai tout dévoré de lui, goulûment. J'ai revu l'un de mes préférés, Pas de printemps pour Marnie et j'ai trouvé que ça avait très mal vieilli. 

                                         

Comme pour les chansons qui ont marqué ma vie, cette liste non exhaustive ne serait pas honnête si j'omettais le premier film vu en boucle, dont je ne suis pas fière mais je me rassure en me disant que je peux donner de nombreux noms de jeunes filles qui ont fait comme moi, de générations bien différentes. Quand je l'ai regardé avec ma fille, j'ai trouvé ça terriblement kitsch, Patrick Swayze sans aucun charme mais ma fille a beaucoup aimé et l'a revu depuis. Mais je peux avouer que revoir cette scène me donne toujours le sourire:

                                          

Mon premier choc de cinéma fut Les nuits Fauves de Cyril Collard, vue seule la première fois après avoir découvert Cyril Collard sur le plateau d'une émission de télévision ; je me souviens de l'émotion, d'un Paris que je ne connaissais pas, d'une urgence de vivre aussi.  Cyril Collard, réalisateur, acteur, auteur du roman dont le film était tiré, chanteur dans la BO, avait tout supervisé. Il nous avait déjà quittés quand les Césars le couronnèrent. Moi, j'avais alors vu le film cinq fois au cinéma avec à chaque fois, la même émotion. Je me passais la BO en boucle, je me suis jetée sur ses livres. Plus jamais le cinéma ne me donnerait une si grande claque, ne ferait basculer à ce point ma vie bien rangée. J'ai tenté d'y retrouver l'émotion il y a quelques années mais ce fut peine perdue. Certains films ne résistent pas au temps ou peut-être ne peut-on les apprécier qu'à un moment précis de notre vie. 

                                                     
                                      

Mes deux films cultes, ceux qui ont traversé les années, je les ai découvert sur CANAL +, sans que je ne parvienne tout à fait à expliquer pourquoi je les aime tant si ce n'est qu'ils me troublent: le premier est Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick et croyez-moi, j'aurais préféré que Tom Cruise ne joue pas dans l'un de mes films cultes mais ça reste un acteur doué même si c'est Nicole Kidman que je préfère dans ce film; elle incarne ici la sensualité féminine et puis, je suis fascinée par l'étrange scène des masques et la musique qui accompagne cette scène n'y est pas pour rien: 

                                              


Mon autre film culte est Mulholland Drive de David Lynch avec ma scène préférée de baiser de cinéma (celui entre Naomi Watts et Laura Harring) et ce besoin de le revoir pour le comprendre:  

                                             

Je navigue toujours entre les genres, les deux derniers films vus le prouvent: Eté 93 de Carla Simon Pipo, réalisatrice espagnole, dans lequel deux très jeunes actrices excellent et Baby Driver d'Edgard Wright, avec des poursuites en voitures qui ressemblent à des chorégraphies (et croyez-moi, je ne vais pas voir les films pour les poursuites en voiture), une bande-son parfaite et de l'humour comme j'aime, un mélange d'hommage aux films de genre, de clichés choisis à dessein et de parodie (Kevin Spacey faisait du Kevin Spacey mais incapable de résister à un couple d'amoureux parce qu'il a lui aussi "aimé une fois" m'a fait sourire). Un conseil, en sortant, prévoyez une bande-son à la hauteur, vous aurez envie de mettre le son à fond. Et je parierais que vous sortirez de cette séance avec un grand sourire, même si c'est sans doute le genre de film qu'on oublie très vite. 

           
                                      

jeudi 3 août 2017

La vie sauve de Lydie Violet et Marie Desplechin

L'avenir, justement, il va devenir de plus en plus proche. Il va même se rapprocher à une vitesse affolante. Il va se coller à moi de si près qu'on pourra bientôt nous enfermer tous les deux dans un petit mouchoir. L'avenir, je me souviens, était un champ ouvert et vaste, au fond duquel je devinais des sentiers qui partaient dans l'ombre. Désormais l'avenir est un trésor qui tient dans mes mains (...). 

En août 2001, Lydie Violet s'effondre de sa chaise, dans la maison d'édition dans laquelle elle travaille. Elle apprend qu'elle est atteinte d'une maladie mortelle et que son espérance de vie n’excédera guère plus de huit. Lydie est alors au seuil de la quarantaine. Son amie Marie Desplechin lui propose alors d'écrire un livre à quatre mains sur ce parcours de femme malade. Le tout forme un tout dans lequel les deux femmes ont parfois eu du mal à démêler qui avait écrit quoi. 

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce livre fait plus sourire que pleurer car les deux femmes évitent avec soin le pathos. Bien évidemment, le sort de Lydie Violet émeut mais il y a visiblement beaucoup d'auto-dérision dans la manière de raconter son parcours du combattant (je dis apparemment parce qu'on ne sait pas laquelle des deux a écrit les passages qui nous donnent le sourire mais j'ai tendance à penser, vue l'homogénéité du livre, qu'il vient des deux). Réflexion sur le personnel soignant sans manichéisme: il y a, comme partout, des gens biens et d'autre qui le sont moins mais leur est consacré deux très belles pages qui font d'eux les super-héros du réel avec ce transfert que les patients feront et qu'il faudrait enseigner dans les facultés. Réflexion aussi sur le système français et sa manie de demander aux patients de se dénuder quand ce n'est pas nécessaire, sur l'entourage du malade, ceux qui se rapprochent et ceux qui prennent peur et ne savent pas comment gérer la maladie, sur les lettres reçues, notamment celles des croyants qui la touchent, elle qui a grandi chez les athées.  Et il y a aussi la délicatesse avec laquelle est abordé le thème de l'amour quand on est malade puisque Lydie Violet est alors au début d'une procédure de divorce: 
Je suis prête à faire le deuil de l'amour, et des belles pensées qui l'accompagnent. Ce que je veux, c'est un homme, de temps à autre, un homme qui me prenne dans ses bras et voilà tout. [...] On devrait couvrir d'honneurs les hommes disponibles, les amants sans drame, les adultères paisibles. Il faut du talent pour aller d'une femme à l'autre, et laisser où l'on passe un sillage de plaisir et de réconfort. 
J'ai aimé cet essai, son thème et l'écriture à quatre mains. Il va prendre le chemin d'autres mains de mon entourage qui sauront, j'en suis certaine, l'aimer autant que moi. Lydie Violet est décédée en juillet 2015. 
Le malheur peut durer longtemps. Mais, si on lui interdit de s'étendre, on arrive à restreindre considérablement la place qu'il occupe. [...] Le malheur et le bonheur peuvent cohabiter. Il n'est pas donné à tout le monde de le savoir. 

Publié en janvier 2005 au Seuil. 120 pages. Prix Medicis essai 2005. 

Merci à la personne qui a déposé ce livre dans l'ancienne cabine téléphonique de mon village, devenue cabane à livres (et au maire pour cette belle initiative). 
A conseiller à ceux qui pensent qu'il faut parfois aborder la mort pour mieux apprécier la vie. 


mardi 1 août 2017

The night listener/ Une voix dans la nuit d'Armistead Maupin

He would write on it for hours at a time, oblivious to everything around him, dizzy with the discovery that words could contain his sufferings. 

Gabriel Noon est un écrivain, ou plutôt, il l'était puisqu'il est en panne d'inspiration. Ses histoires, qu'il lit à la radio la nuit l'ont rendu célèbre à travers toute l'Amérique. Jess, l'homme avec qui il vivait, vient de le quitter et Gabriel ne sait pas si c'est une séparation définitive ou un besoin de prendre l'air. Jess est atteint du SIDA et ne se voit pas dans une relation monogame. Son éditeur lui apporte le manuscrit d'un adolescent de treize ans, Pete,  lui aussi atteint du SIDA, abusé par ses parents qui ont ensuite vendu ses "services". 

Contrairement à de nombreuses lectrices, je n'avais pas aimé Les chroniques de San Francisco et m'étais arrêtée au premier tome; j'avais davantage l'impression de lire le scénario d'une série qu'un roman. Je ne sais donc pas pourquoi, ni quand d'ailleurs, j'ai acheté ce roman mais ce fut une bonne surprise. Armistead Maupin dépeint le milieu artistique et homosexuel de San Francisco des années 90 je suppose puisque nous sommes au début des traitements contre le SIDA. Ce quinqua qui vit un amour avec un homme plus jeune que lui est intéressant par son triple rapport aux hommes: celui avec Pete dont il devient très proche sans le rencontrer car ils vivent dans deux états éloignés, celui avec Jess qui est mon personnage préféré du roman et celui avec son père. Armistead Maupin pose des questions passionnantes sur le lien entre celui qui est malade et celui qui prend soin de lui, sur les motifs pas aussi altruistes que ça que peut avoir celui qui pense accompagner son compagnon malade jusqu'au bout de sa vie à lui, tout en sachant que lui-même aura l'occasion de repartir dans une autre direction. Et il y a cette question presque philosophique: jusqu'à quel point faut-il lâcher prise pour croire (et cela rejoint bien évidemment le fondement même de la littérature) tout en sachant que trop de naïveté peut aussi être dangereux (Maupin utilise pour cela l'exemple de ceux qui ont cru en Castro). Il y a parfois quelques longueurs, la relation avec le père n'est sans doute pas ce que j'ai préféré mais c'est un roman que je vous recommande. Il y a aussi un très joli passage au début, que je travaillerai avec mes élèves, sur le fait que parfois, ce n'est pas en s'accrochant à la réalité des faits qu'on restitue le mieux une atmosphère. Il a été adapté en 2006 avec Robin Williams et Toni Colette (c'est sciemment que je ne vous ai pas parlé du personnage féminin) que j'imagine très bien dans les rôles principaux. 

Publié en 2001 aux éditions de l'Olivier pour la version française. 360 pages dans la version originale. 

A conseiller aux amateurs des histoires mettant en scène une relation amicale forte entre un enfant et un adulte. 


dimanche 30 juillet 2017

[parenthèse] extraits de la BO de ma vie

Chacun d'entre nous a une BO composée de chansons qui nous ramènent à un visage, un lieu ou un moment et toujours à une émotion. Voici un extrait de la BO de ma vie:

Les chansons qui prouvent qu'en plus de modifier définitivement la qualité du sommeil, être mère modifie la sensibilité (j'ai longtemps été incapable d'écouter ces chansons sans pleurer):


(A chaque faux pas que tu feras, je tomberai à ta place)

                                    
(Que les vents te mènent, où d'autres âmes plus belles, sauront t'aimer mieux que nous puisque l'on ne peut t'aimer plus

La chanson du concert qui prouve qu'avoir deux fois l'âge moyen des autres spectateurs n'empêche pas de penser que c'est ce concert-là qu'on aimerait revivre, en gardant le même accompagnateur (de toute façon, les fans d'Eminem autour de moi se comptent sur un doigt de la main):

                             
(It's the rage that's the culprit, it controls you both)

La chanson qui prouve qu'on n'assume pas toujours ce qu'on écoute  (parfois on vérifie que les vitres sont bien fermées quand on chante à tue-tête), mais cet album, le seul que nous possédons de Roch Voisine, est un rituel mère/fille des semaines que nous partageons, notre hymne à la joie de nous retrouver (à chacun ses classiques): 

                              
(elles sont prêtes à donner tout ce qu'on leur prendra)


La chanson qui prouve qu'il y a des talents que je ne posséderai jamais, c'est celle que j'aurais voulu écrire et chanter, en échange de celles écrites et chantées pour moi :

                                
(All of me loves all of you, all your curves and all your edges, all your perfect imperfections)

La chanson qui prouve qu'on reste à jamais attachée à ceux/celles qui ont séché nos larmes:

                                  
( Et malgré la poussière qui viendra les couvrir, nos moments resteront jolis à en mourir)

La chanson qui prouve que les carrosses ne se transforment pas en citrouilles après minuit et qu'on peut avoir envie de rester nichée dans la douceur d'une écharpe et dans la pureté d'un moment  bien plus longtemps que "le temps d'une chanson" :

                                   
(Not sure I understand this role I've been given...)

La chanson qui prouve qu'un moment unique doit justement le rester :


                                   
(Puisque tu ne veux plus comprendre qu'il faut des années pour te prendre)


Merci à tous ces visages cachés d'avoir enrichi, souvent à leur insu mais parfois avec un soin particulier dans le choix de la chanson, la BO de ma vie . 

De quoi est composée la BO de votre vie?

vendredi 28 juillet 2017

Les soldats de l'aube de Deon Meyer

D’autres enfin abaissaient la limite et l’on avait le droit de frôler le jardin des délices, mais pas d’y mettre la queue. On avait le droit d’embrasser, de caresser, de lécher et de faire jouer ses doigts, mais pour qu’on veuille bien ouvrir le portail à M. Livraison, il fallait montrer son passeport. 
L’engagement.

Zet a quitté la police à la suite du décès de son collègue. Tout le monde pense qu'il ne supporte pas de ne pas avoir pu le sauver. La réalité s'avère plus complexe. Quand Hope Benecke, avocate, lui propose de se mettre sur la piste d'un testament perdu, en lui disant qu'il ne reste que sept jours pour que la cliente puisse récupérer l'argent que ce testament lui promettait, Zet ne se démonte pas et accepte. 

J'avais déjà lu le premier polar de Deon Meyer, auteur sud-africain écrivant en afrikaans (donc blanc), et comme je n'avais pas été emballée, celui-ci, que j'avais acheté en même temps que le premier lors de sa venue à Saint-Malo attendait dans ma PAL depuis un moment. J'ai depuis remarqué que celui-ci avait eu deux prix, ce qui n'avait pas été le cas du premier. Et effectivement, il est bien meilleur. Je lis maintenant assez peu de polars, mon dernier remontait à mai, ce qui explique peut-être que j'y prenne davantage de plaisir. Le récit alterne l'enquête de Zet et son enfance qui sera marquée par le meurtre de sa voisine sur laquelle il fantasmait, ce qui permet un double regard sur le désir masculin, celui du jeune adolescent qui ressemble presque à un hommage et celui qui tue. Et il me semble que de jouer sur les doubles (récit double, la perception qui s'oppose à la réalité, le double féminin),  Deon Meyer le fait très bien, tout comme il nous laisse entrevoir ce que fut l'Afrique du Sud avant et surtout juste après l'apartheid. Zet est peut-être un peu trop l'archétype du héros de roman noir, bourru au possible mais tout doux en dedans et Hope est sans doute beaucoup plus patiente à son égard qu'on ne peut l'être face à un homme dont la seule défense est l'esprit de contradiction. Mais pour nous, lecteurs, il est touchant car nous avons accès au parcours qui a fait de lui ce qu'il est. C'est donc un polar que je vous recommande chaudement. Je vais attendre deux bons mois avant de me relancer dans le genre. Mon seul bémol est qu'il y a dans ce roman une femme dont je n'ai pas compris le comportement. 


Merci au Festival Etonnants Voyageurs qui m'a permis de rencontrer l'auteur.  
A conseiller aux amateurs de romans noirs avec un fond social. 

mercredi 26 juillet 2017

"Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson

"Mais surtout, nous ne retrouverons pas ce qui nous a poussés l'un vers l'autre, un jour. Cette urgence très pure. Ce moment unique. Il y a eu des circonstances, une conjonction de hasards, une somme de coïncidences, une simultanéité de désirs, quelque chose dans l'air, quelque chose aussi qui tenait à l'époque, à l'endroit, et ça a formé un moment, et ça a provoqué la rencontre, mais tout s'est distendu, tout est reparti dans des directions différentes, tout a éclaté, à la manière d'un feu d'artifice dont les fusées explosent au ciel nocturne dans tous les sens et dont les éclats retombent en pluie, et meurent à mesure qu'ils chutent et disparaissent avant de pouvoir toucher le sol, pour que ça ne brûle personne, pour que ça ne blesse personne, et le moment est terminé, mort, il ne reviendra pas.”

Philippe Besson a dix-sept ans quand il tombe amoureux de Thomas, cet élève de terminale que toutes les filles dévorent des yeux. Ils appartiennent à des cercles qui jamais ne se rejoignent, aussi tombe-t'il des nues quand Thomas lui fixe un rendez-vous dans un bar, loin des regards indiscrets. Thomas ne s'embarrasse pas de préambules et lui propose une rencontre dont le but est évident. Commence la première histoire d'amour de l'auteur.
Je n'aime pas les autofictions mais j'aime retrouver des émotions qu'a pu éprouver l'auteur quand il les romance. Philippe Besson aurait pu choisir de romancer cette histoire mais il le dit, même si le livre est étiqueté en roman, c'est un récit, celui de son premier amour. Avec des mots parfois crus qui ne choquent pas (quand on parle de sexe, je préfère qu'on appelle un chat un chat) et qui n'empêchent pas une délicatesse infinie dans la description du désir, du sentiment amoureux, du manque de l'autre dans l'attente du prochain rendez-vous, de l'inquiétude aussi puisque les sentiments ne se disent pas, Philippe Besson s'approche de notre intime en parlant du sien.
“Plus tard, j'écrirai sur le manque. Sur la privation insupportable de l'autre. Sur le dénuement provoqué par cette privation  ; une pauvreté qui s'abat. J'écrirai sur la tristesse qui ronge, la folie qui menace. Cela deviendra la matrice de mes livres, presque malgré moi. Je me demande quelquefois si j'ai même jamais écrit sur autre chose. Comme si je ne m'étais jamais remis de ça  : l'autre devenu inaccessible. Comme si ça occupait tout l'espace mental."
 Le roman se divise en trois chapitres et j'en ai aimé chaque partie. J'ai été touchée par la découverte des corps et du sentiment amoureux mais aussi par la perte de l'autre et par la possibilité de renouer le contact quand l'occasion se présente, possibilité dont chacun peut faire ce qu'il souhaite. Et il y a ce jeune homme qui surgit de nulle part à Bordeaux, qu'on trouve d'abord un peu léger mais qui prend une vraie consistance. Evidemment, j'ai été touchée par le destin de Thomas mais je ne vais pas vous le dévoiler. Si ce livre met en scène deux jeunes hommes, il ne se réduit pas à l'homosexualité. Il a la force des premiers émois ou du grand amour, chacun y puisera certainement une parcelle de sa propre histoire. Peut-être serez-vous surpris par ce qu'il fera ressortir en vous. C'est un peu comme si on pensait n'avoir gardé aucune cicatrice d'un formidable voyage qui s'est fini dans une chute mémorable, qu'on retrouve la trace de cette cicatrice et qu'on s'en réjouit: elle est la preuve que ce beau voyage a bien existé.  Philippe Besson, explique que c'est le récit d'un "Et si...", et si Meryl Streep ouvrait la portière à la fin de Sur la route de Madison. Il a réussi un tour de force ici, celui de me donner envie de revoir un film que je n'ai pas aimé à sa sortie mais qui me toucherait peut-être davantage maintenant et celui de me réconcilier avec l'auteur de La Trahison de Thomas Spencer qu'il évoque d'ailleurs dans ce livre. Dans son entretien, il parle de l'un de ses romans dont le personnage est Marcel Proust. Je sais donc avec quel titre je poursuivrai ma découverte de cet auteur. Vous allez penser que je passe mon temps submergée par l'émotion alors, je vous rassure, entre deux, je lis des romans de rentrée qui, malheureusement ne me touchent ni par la plume, ni par le contenu. Et on ressort de ce livre non pas nostalgique mais heureux d'avoir vécu un bel amour. Je suggérais il y a peu à un ami qu'il était toujours amoureux d'une femme qu'il ne voyait plus mais dont il venait de me parler, ce qui était, de ma part,  d'une indélicatesse sans nom; chacun porte évidemment en lui ses amours perdues, ce qui n'empêche ni d'avancer, ni, je suppose, de retomber amoureux. 
Cerise sur le gâteau, même si Philippe Besson est plus vieux que moi, nos références des années 80 sont les mêmes. La lecture qu'en fait Antoine Leiris, auteur de Vous n'aurez pas ma haine a un petit côté suranné qui m'a beaucoup plu. 
Publié le 5 janvier 2017 chez Juillard et le 7 juin 2017 chez Audiolib

Merci à Sylire dont le coup de cœur m'a rappelé mon envie initiale. 
A conseiller à tous. 

                                                                        





vendredi 21 juillet 2017

[parenthèse] Claude Lelouch (ou plutôt ses films) et moi

J'ai eu envie de prendre un raccourci et je me suis paumé...

Si je vous disais que j'ai vu tous les films de Claude Lelouch, moi qui ne suis cinéphile que par intermittence, je serais une fieffée menteuse. Comme la plupart d'entre vous, je suppose, j'ai vu quelques uns de ces films, en ai aimé mais ai aussi été de plus en plus agacée par ce que je considérais comme un scénario inconsistant (précisons tout de suite, mais vous le savez déjà, que je ne suis pas une spécialiste du cinéma, encore moins du cinéma français et que tout ce qui suivra sera du pur ressenti et en aucun cas une analyse). Je crois que pour moi, tout tient dans le choix des acteurs, c'est grâce à eux si j'accroche ou pas au film. Trintignant et Anouk Aimé sont superbes dans Un homme et une femme et Montand et surtout Annie Girardot, une actrice que j'aime beaucoup, le sont tout autant dans Vivre pour vivre. Je me rends compte que j'ai vu ses films par vagues, pas mal de films des années soixante (je rappelle aux médisants que je n'étais pas née), aucun des années 70. Puis entre 1980 et Hommes, Femmes, mode d'emploi, j'en ai vu un sur deux et là encore, mon choix fut souvent guidé par l'affiche. Après ça, j'ai décidé que décidément, l'improvisation pouvait être géniale dans des moments de grâce (cf la scène de Lucchini dans la tente dans Tout ça pour ça) mais que j'aimais les scénarios et les dialogues plus écrits. 
Je n'avais pas vu Itinéraire d'un enfant gâté. Et disons-le, entre ce film et moi, ça commençait mal puisque mon premier téléchargement légal (sur Vidéofutur) ne me permit pas de le visionner. Je payai donc une deuxième fois. Autant dire qu'il avait intérêt à valoir le coup! Et ce fut le cas. Sam Lion, enfant abandonné, est élevé dans le milieu du cirque qui restera sa passion. A la suite d'un accident de trapèze, il se reconvertit dans le nettoyage. Sa société prospère mais un beau jour, il décide de tout quitter, son entreprise et ses enfants devenus adultes, de se faire passer pour mort et de vivre en Afrique. 
Je ne sais pas si j'ai aimé ce film mais il m'a bouleversée, trop peut-être pour que j'aie pu éprouver du plaisir à le regarder dans la première partie en tout cas. Je ne sais pas non plus si on peut y être sensible en nageant dans le bonheur. Parce que c'est sans doute le film le plus réussi qu'il m'ait été donné de voir sur la dépression (là encore, c'est mon ressenti, je ne sais pas ce que Lelouch a voulu faire de ce film). Jean-Paul Belmondo qui obtint le César du meilleur acteur pour ce rôle est un être qui a perdu sa femme pendant leur nuit de noce et on sent qu'une chape de plomb lui pèse sur les épaules. Inutile pour lui de parler, tout se lit sur son visage et j'avoue que je ne connaissais pas la facette dramatique de cet acteur, mes parents ne m'ayant fait connaître que ses films comiques (ceux où il est toujours accompagné d'une actrice sculpturale, ce qui fait que je l'ai longtemps considéré comme un James Bond comique français) même si ado, j'avais bien sûr découvert A bout de souffle. Il était temps que je le découvre autrement. J'ai eu grand plaisir à revoir Richard Anconina jeune,  qui savait alors à la fois me toucher et me faire rire et j'avais oublié que Marie-Sophie L (la compagne de Claude Lelouch que je préfère, je ne compte pas Annie Girardot puisque je viens de découvrir leur relation en rédigeant ce billet) était si jeune quand elle a commencé à jouer pour Lelouch. C'est donc un film qu'il faut absolument voir, peut-être en période creuse, avec des mouchoirs sous la main. Je vous conseille aussi de le voir seul (ironie du sort, je rêvais de voir ce film accompagnée), sauf si vous souhaitez vous faire consoler (après tout, c'est une tactique comme une autre). Personnellement, le nez rouge et les yeux bouffis par les larmes, je préfère les garder pour moi. Je me suis interrogée sur la corrélation entre le moment où mes larmes ont commencé à couler à flots et les scènes avec les animaux sauvages, parce qu'il y a, dans Le ciel attendra qui tente d'analyser comment fonctionne l'embrigadement des jeunes femmes, une scène importante liée à ces vidéos. mais je n'ai pas trouvé de réponse. La deuxième moitié est plus reposante avec des passages drôles et tendres (la demande en mariage par exemple). Comme tous les films réussis, ce film pose la question du sens (pourquoi Sam décide-t'il réellement de tout quitter?) et même des questions morales (peut-on décider de disparaître en sachant qu'on laisse de la souffrance derrière soi? Est-on vraiment à même de juger que l'un de nos enfants a besoin qu'on s'éloigne pour qu'il s'épanouisse?) qu'on aurait envie de creuser à plusieurs. Le dernier passage est d'une beauté à pleurer (donc, oui, les larmes reviennent à la fin). Je ne savais ni que Lelouch pouvait à ce point émouvoir, ni que Belmondo pouvait exprimer le mal de vivre avec une telle intensité. 

A conseiller à ceux qui ont déjà eu l'impression de toucher le fond, ce film ne peut que leur parler. A conseiller aussi aux adeptes de John Irving, il y a des traits communs dans leur univers (le cirque, la manière de traiter le lien parents/ enfants et bien sûr, un certain désespoir). 
Merci Romain.



mercredi 19 juillet 2017

La mort de Carlos Gardel d'Antonio Lobo Antunes

vu que tout le monde a la manie de pleurer sur mon épaule sans se soucier de savoir si je suis heureuse ou malheureuse, si j'ai la nostalgie du temps où j'étais enfant, si j'aime mon travail, si j'aime avoir une année de plus, si je m'ennuie le dimanche, tout le monde me raconte des drames, me raconte des malheurs, me mendie des idées, des opinions, des conseils, et j'avais envie de crier , en luttant pour ne pas trébucher sur mes larmes. 

Nuno est dans le coma. Son père et sa mère, divorcés quand il était enfant, mais aussi sa tante et le personnel médical se succèdent à son chevet. Alors que Nuno ne comprend pas qu'on puisse parler de lui comme d'un mourant, il se remémore en boucle les épisodes de sa vie, avec bien sûr au centre, le départ de son père et tout ce qui s'ensuivit. 
Ce roman est du Lobo Antones pur jus, si je me réfère à ce que j'ai lu de lui. La ponctuation est aussi déstructurée que le récit, il n'y a presque pas de points et des parenthèses se ferment alors qu'elles n'ont pas été ouvertes. Tout cela est bien sûr à l'image du cheminement de l'esprit dans les situations auxquelles les personnages de cet auteur font souvent face. Il faut le dire d'emblée, Antonio Lobo Antunes fut psychiatre jusqu'en 1985 (merci Attila pour l'info) et cela imprègne fortement son écriture. Commencer un roman de cet auteur, c'est pour moi savoir que je vais souffrir un peu mais que des passages mélangeant le passé et le présent vont m'emporter. Mon préféré reste à ce jour Au bord des fleuves qui vont, peut-être parce que c'est le premier titre que j'ai lu de lui. Il m'est arrivé d'en abandonner un et je sais désormais qu'il me faut être dans une humeur très particulière pour apprécier ces lectures. Je n'en lis pas plus d'un par an et j'attends d'être envahie par une mélancolie toute portugaise (c'est sans doute un cliché lié au fado, ces chants très tristes). Et étrangement, la mélancolie s'évapore toujours au fil des pages alors que les thèmes sont toujours très noirs. 
Comme tous les ans, je vais espérer qu'enfin, on pensera à lui pour le prix Nobel de littérature (si on le donne à Bob Dylan, et je me contrefiche qu'on le donne à un chanteur-parolier, il va vraiment falloir le donner à Antonio Lobo Antunes). 

Traduit par Geneviève Leibrich- Publié en 1995 chez Christian Bourgois, à qui ce roman est dédié. Lu en 10/18 (415 pages)


Merci à Attila, la seule lectrice que je connaisse qui lise aussi cet auteur. Merci aussi (parce que je n'aurai plus l'occasion de le faire si je ne le fais pas là) à mon anonyme qui parsème mon blog de gentils commentaires en portugais. Obrigada.
A conseiller à ceux qui ne sont pas sujets aux maux de tête. 

lundi 17 juillet 2017

Les furies de Lauren Groff

Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils pour la plupart. D'omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n'a jamais menti. Elle s'est contenté de ne pas en parler. 

Mathilde et Lotto se rencontrent à l'université. C'est un vrai coup de foudre. Mais cette rencontre est-elle si spontanée qu'elle le parait? De même, cette relation impossible entre Lotto et sa mère n'est-elle vraiment due qu'au caractère difficile de la mère? Quant au succès de Lotto en tant que dramaturge, à qui le doit-on vraiment?

J'avais beaucoup entendu parlé de ce roman et souvent en des termes très élogieux. Je l'avais offert à Marjorie, ce qui m'avait permis d'y jeter un coup d’œil et en lisant une page, il m'a semblé que ce roman n'était pas pour moi. Puis, Marjorie me l'a prêté, Laure m'a proposé une lecture commune et la motivation de m'y mettre vraiment est finalement venue. Et tant mieux. J'ai aimé le début centré sur Lotto, puis ai ressenti une légère pointe d'ennui à un moment, Lotto finissant par être une personnage trop superficiel pour m'emporter. C'est évidemment intentionnel. Puis nous passons à Mathilde et là, l'ensemble reprend vie, à la fois parce qu'on découvre la facette cachée de la vie de Mathilde avant sa rencontre avec Lotto et son caractère bien trempé. J'ai adoré ce personnage de femme qui n'est pourtant pas aimable au sens premier du terme mais c'est une femme qui prend sa vie en main de bout en bout jusqu'à ce qu'un élément lui échappe. C'est un roman que, comme Barack Obama,  je vous recommande alors que j'avais abandonné l'un de ses romans précédents, Les monstres de Templeton. Il y a des phrases très justes qui ont su me parler:
Elle se surprit à penser que la vie avait une forme conique, le passé s'évasait à mesure qu'il s'éloignait du moment présent, à la pointe du cône. Plus on vivait, plus la base s'élargissait, de sorte que des blessures ou des trahisons, quasi imperceptibles au moment où elles s'étaient produites, s'étiraient comme des points minuscules sur un ballon de baudruche qu'on gonfle peu à peu. Une petite tache sur l'enfant frêle se transformait une une difformité énorme sur l'adulte, impossible à franchir et aux bords effrangés. 

Publié en janvier 2017 chez Gallimard- 426 pages
Merci à Laure et Marjorie pour les raisons citées plus haut. Merci Max, c'est ton enthousiasme qui m'a convaincue. 
A conseiller - encore et toujours- aux amateurs de personnages féminins inoubliables. 

jeudi 13 juillet 2017

[parenthèse] L'été, les magazines féminins et moi

Je lis peu la presse féminine même si Vanity Fair fait parfois exception à la règle car j'aime ses articles plus fouillés. Mais l'été est le moment où je me laisse parfois tenter et mes premières vraies vacances en célib' (terme sur-utilisé dans les magazines féminins) étaient sans aucun doute propices à ce genre de lecture. Pour la première fois, mon ado de 16 ans a découvert la presse féminine et je lui ai quand-même demandé d'éviter de faire certains tests directement sur les magazines, il y a des zones d'ombre que je préfère conserver. J'ai d'abord remarqué cette année que le diktat des articles sur les régimes semblait enfin fini. Mais qu'ai donc gardé de toutes ces lectures?
- des idées pour relooker mes sols.
- des idées de chansons/ albums à découvrir (ça tombe bien, Barbara, ce n'est pas franchement le pied pour l'été) : j'aime beaucoup la reprise de Dancing in the Dark par Paradisia.

- des idées lecture: Contre moi de Lynn Steger Strong chez Sonatine par exemple.
- une idée de combinaison (voilà bien un vêtement que je ne mets jamais mais comme je tente des expériences nouvelles cet été, pourquoi pas celle-là?) que bien sûr je ne retrouve pas sur le site du magasin.
- une idée de sport pour la rentrée: l'aquacombat (entre ça et le cardio-boxing, mon cœur balance encore) qu'il est bien sûr impossible de pratiquer en Normandie. 
- les gagnants du prix Avantages de la beauté (c'est un rituel, je pique toujours de nouvelles idées dans ce prix)
- des idées de gâteaux que je risque de ne jamais faire (j'ai choisi le gâteau glacé au chocolat et aux framboises mais comme d'habitude, je vais manger mes framboises au fur et à mesure et il n'en restera plus pour le gâteau)
- des tutos pour coudre sacs et patchwork avec des jeans. J'adore! 

On remarquera que les magazines d'août persistent à sortir la première semaine de juillet, donc en août, quand on sera encore les pieds dans le sable (ou quand je serai dans la fournaise romaine) , on nous obligera à penser déjà à la rentrée! 

mardi 11 juillet 2017

Dalva de Jim Harrison

Dalva est une femme moderne, qui aime les hommes, qui en a d'ailleurs aimé un passionnément quand elle était jeune et qui est tombée enceinte. Mais ce jeune homme ne pouvait pas être le bon pour des raisons que nous découvrons très vite et Dalva doit abandonner l'enfant qu'elle porte. Ce sont ses souvenirs que nous suivons et sa double quête: celle passée pour retrouver Duane, son grand amour et celle présente pour retrouver ce fils. A la voix de Dalva se superpose celle de Michael, son ami. 

Il est des monuments de la littérature qu'on garde au chaud dans ses placards sans oser les attaquer, parfois et c'est le cas avec celui-ci, parce qu'on a l'impression qu'on ne sera pas à la hauteur. Cet auteur est l'un des auteurs préférés d'une amie chère et je ne l'avais toujours pas lu. Il était grand temps que je répare cette erreur. J'ai beaucoup aimé la partie consacrée à Dalva. Jim Harrison dessine là un portrait de femme forte comme je les aime et il fait souffler un vent qui nous propulse avec talent dans le monde amérindien. J'ai eu du mal à changer de personnage et à entrer dans la partie centrée sur Michael même si ses recherches sur les indiens sont passionnantes. Et puis, une scène très drôle (et dans laquelle Michael est l'archétype du vicieux qui profite d'une jeune fille) m'a embarquée. Jim Harrison parvient à faire revivre un monde disparu, à nous toucher sans pathos et à créer des personnages à la fois hauts en couleur, que ce soit les personnages principaux (le grand-père de Dalva est une réussite absolue) ou secondaires, notamment les amants de Dalva et de sa sœur et réalistes. Je relirai sans aucun doute cet auteur, plutôt l'été car je sens que j'ai besoin d'avoir l'esprit libre pour l'apprécier pleinement. 

Publié en France en 1991 par Christian Bourgois. Lu en 10/18 (471 pages).

Merci Nathalie de m'avoir donné envie de le lire et peut-être devrais-je maintenant donner une seconde chance à Philippe Dijan, ton autre grand chouchou.
A conseiller aux amoureux des grands espaces et des personnages féminins inoubliables. 

dimanche 9 juillet 2017

L'épopée du buveur d'eau de John Irving

Vivre avec quelqu'un, c'est un travail solitaire. 

Fred Bogus Trumper n'a que des problèmes: il a quitté sa femme et son enfant mais ne semble en tirer aucune satisfaction, sa nouvelle compagne commence à penser à avoir un enfant, un cinéaste veut faire de sa vie un film emblématique sur la  lose et surtout, son sexe ne fonctionne plus comme il faut. Sommé de choisir entre trois solutions, il choisit de boire le plus possible avant et après l'acte sexuel. 

Ce titre est le deuxième roman de John Irving et autant le dire tout de suite, celui que j'ai le moins aimé. Déjà, il n'y a ni ours, ni catch et en plus, je n'y ai pas retrouvé la verve de l'auteur. C'est assez foutraque mais finalement pas si drôle que ça. Je préfère de très loin, et contrairement à un grand nombre d'entre vous, ses romans plus récents (sauf le dernier que je n'ai pas encore lu) et surtout A moi seul bien des personnages. Comme je le lisais pendant ma semaine au bord de la mer, le petit ami de ma fille qui nous accompagnait m'a innocemment demandé: "Ça raconte, quoi, votre livre, Valérie?". Je fus bien embêtée mais optai pour la vérité: "C'est l'histoire d'un homme qui a des problèmes avec son sexe et doit donc boire beaucoup d'eau avant et après l'acte sexuel". Regard étonné et la question de rigueur: "Euh, vous lisez toujours ce style de livres?". "Non, d'habitude avec cet auteur, il y a des ours, du catch et du sexe, et souvent deux de ces thèmes mélangés dans la même scène. Mais pas là et c'est un peu décevant". Quand je suis rentrée de mon moment à la plage en disant aux deux ados qui, eux, avaient vaqué à leurs activités de leur côté, que j'avais une anecdote croustillante à leur raconter, l'ado malicieux m'a demandé si ça parlait de sexe, de catcheur et d'ours. Je suis certaine qu'il se rappellera très bien des thèmes de prédilection de John Irving. 

Publié au Seuil en 1972. Lu dans les éditions Points. 426 pages.

Merci à John Irving pour le reste de son oeuvre (on n'est pas obligé d'écrire des chefs d'oeuvre d'entrée de jeu).
A conseiller à ceux qui souhaitent, comme moi, lire tout Irving. Sinon, il y a beaucoup mieux. 

mardi 4 juillet 2017

K.O de Fabrice Gobert

Antoine Leconte est un homme puissant, à la tête d'une chaîne de télévision. Mais c'est surtout un homme qui a oublié toutes ses valeurs, court après la puissance, ne sait pas câliner sa fille et ne sait plus qu'il aime Solange qui elle, déprime et se venge en écrivant un roman dont le protagoniste est un misogyne détestable.  Et puis, un jour, un employé de la chaîne à qui on refuse du travail depuis plusieurs mois tire sur Antoine qui se réveille à l"hôpital. Il découvre que son luxueux appartement appartient désormais à Solange qui est sa patronne et qu'il n'est plus qu'un "simple" présentateur météo.

Comme à chaque fois que je publie un billet sur un film mettant en scène Laurent Lafitte, je souligne ma totale partialité à son égard. J'aime son jeu d'acteur, à tel point que j'aime tous les films dans lequel je l'ai vu jouer et je lui trouve un charme fou (impression qui ne semble pas partagée par mes amies). Il est à nouveau parfait et je l'aime autant en personnage antipathique que sympathique (parce que bon, ce sourire à la fin, quand-même, nous fait fondre). On peut trouver le film un peu trop moralisateur et manichéen; le réalisateur, qui est aussi celui de la série Les Revenants, souhaitait aborder les thèmes "de la violence au travail, des rapports de pouvoir, du mépris, de l’incapacité qu’ont certains à se mettre à la place de l’autre". J'y ai vu senti aussi cette impression de vivre en marge de sa propre vie. Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre et j'ai hâte que Laurent Lafitte trouve un rôle à la mesure de son talent, peut-être dans Au Revoir là-haut. Il porte en tout cas le film sur ses épaules, comme ce fut le cas avec Boomerang

Sortie: le 21 juin 2017- 1h53

Merci à ma fille, partenaire de mes séances spéciales Laurent Lafitte (j'avais quand-même censuré Elle de Paul Verhoeven) et tout autant sous le charme que moi. 
A conseiller aux fans de Laurent Lafitte (nettement plus beau barbu qu'imberbe, ce film le prouve) ou de charisme masculin en général et à ceux qui souhaitent revoir Chiara Mastroianni. 

dimanche 2 juillet 2017

Pierre de Cristal de Franz Duchazeau

Pierre a une dizaine d'années quand à l'école, il entend d'autres élèves dire qu'on a vu sa mère avec un autre homme que son père. Il n'avait pas besoin de ça pour se rendre compte que quelque chose clochait à la maison, les gestes tendres entre ses parents étant inexistants. Dans une angoisse du temps qui passe trop vite, il ne cesse de prendre des photos de ceux qui l'entourent, et de ses parents en premier lieu. 

Cette BD est la BD de la nostalgie de l'enfance par excellence. On ressent à la fois l'ennui inhérent aux vacances chez les grands-parents et le plaisir de partager du temps avec la cousine, les liens fraternels et ces liens complexes qui unissent les enfants à leurs parents. Et il y a cet épisode très bien vu de ces objets talismans dont les adultes ne comprennent pas l'importance dans la vie des enfants. 

C'est doux amer, ça pique un peu sous la langue, tout en finesse. Je vous la conseille. 

Publié le 6 mai 2017 chez Casterman (collection Ecritures).

Merci à Babelio.
A conseiller aux nostalgiques de leur enfance ou au contraire, à ceux, comme moi, qui ne le sont pas du tout, surtout si vous avez grandi dans la période Casimir. 




jeudi 29 juin 2017

Justice soit-elle de Marie Vindy

Quand la toute jeune Laurine fait le mur avec son cousin Jonathan en pleine nuit et qu'ils tombent nez à nez avec le cadavre d'une jeune fille, cela leur ôte toute envie de recommencer. Par contre, cela permet à Laurine, dont la mère fut elle aussi assassinée, de rouvrir la plaie pour pouvoir peut-être enfin, permettre la cicatrisation. Elle se lie de sympathie avec une avocate, Deborah, qui justement, décide de créer une association afin de permettre la réouverture de quatorze affaires de meurtres de femmes non élucidés. 

On n'a sans doute pas besoin d'être féministe pour se pencher sur ces cas de femmes disparues, pourtant le "Féministement vôtre" de la préface ne pouvait que me plaire. L'auteure, chroniqueuse judiciaire, nous précise donc que ce polar reprend des éléments des disparitions de femmes survenues en Bourgogne entre 1984 et 1997: douze jeunes femmes ou adolescentes assassinées dont les meurtres sont parfois restés impunis. Marie Vindy entend réhabiliter ces victimes et leurs familles et c'est d'ailleurs à ces victimes que ce livre est dédié. J'ai aimé ce polar pour plusieurs raisons: tout d'abord, l'idée de rendre hommage à ces femmes, de ne pas les oublier sous prétexte que l'enquête a été classée parce qu'il y a prescription me semble juste et cette fois (je fais ici référence à un "roman" de la rentrée de septembre qui tournait autour du meurtre de la jeune Laeticia, que Marie Vindy utilise aussi ici), je n'ai pas été mise mal à l'aise par la manière de procéder de l'auteure, sans doute parce que le polar permet une mise à distance que le roman qui n'en était pas un ne permettait pas. Et puis il y a ce personnage sans doute inventé de la fille de l'une des victimes qui décoiffe et ça fait du bien, une petite pointe de féminisme en herbe qui est raccord avec le thème. C'est donc une belle découverte que ce polar et cette auteure.


Merci à lecteurs.com et à leur club des explorateurs (je l'ai reçu et lu en duo avec mon amie IRL, Nathalie et vous pouvez lire nos deux avis ici. ). 
A conseiller aux féministes, aux misandres et aux hommes (c'est de l'humour, évidemment). 

Publié le 8 juin aux éditions Sang neuf- 318 pages. 

mardi 27 juin 2017

Ma Normandie unifiée

Fini le temps où je taquinais les copines de Basse-Normandie, nous voilà toutes dans la même région et, il était grand temps! Pour fêter ça, deux photos de mon week-end, l'une d'Etretat (76), l'autre de Cabourg (j'ai quand-même une préférence pour les côtes du Calvados: Ouistreham, Houlgate, Cabourg, Trouville, Deauville...). 

J'en profite pour vous souhaiter à tous, puisque votre moment finira bien par arriver, de bonnes vacances. 

Merci aux deux fabuleuses personnes qui m'ont accompagnée lors de ce week-end. 
A conseiller aux amoureux du bord de mer, dont je fais partie. 



dimanche 25 juin 2017

Place aux femmes, 60 dessins de presse avec une préface d'Elizabeth Badinter



Voici deux des soixante dessins consacrés à la défense des droits de la femme, classés selon des grands thèmes comme maternité et sexualité ou scolarisation et émancipation. Ca se passe évidemment de commentaires et c'est souvent très bien vu. 

Publié en mai 2017 chez Gallimard Loisirs. 

Un grand merci à Aline pour cet album et pour m'avoir servi de guide à Orléans, une ville bien agréable. 
A conseiller aux hommes comme aux femmes. 




jeudi 22 juin 2017

Je dansais de Carole Zalberg

Tu es ma terre neuve et exaltante, entends-tu? Je te parcours , je relève et dessine tes reliefs, ta cartographie. Tout est familier, tout est inconnu, changeant, merveilleux. Je suis heureux dans mes moments que j'appelle mes explorations, et ta passivité, je crois, n'est pas aussi hostile qu'à l'accoutumée. 

Parfois, on achète un roman parce que le précédent roman de l'auteure nous avait plu. On ne lit pas trop les billets dessus pour ne rien déflorer, on voit juste que ce roman plait beaucoup et ça suffit. Puis on entre dans une librairie d'Orléans, Les Temps Modernes pour les citer, et on trouve la libraire tellement sympa (il faut dire qu'on est très bien accompagnée aussi) qu'on se dit que c'est là qu'on va l'acheter, le dernier Zalberg. Et une fois bien rentrée en Normandie, comme il fait chaud et qu'on n'est plus vraiment habituée à travailler intensément depuis un mois et demi, on fait des pauses sur le transat, histoire de se détendre entre deux séances de préparation de rentrée. Enfin, ça, c'est ce qu'on croit!

Parce que bien évidemment, pour se détendre, il y a mieux qu'un roman qui alterne les voix d'un homme qui séquestre une jeune ado et la viole, de sa victime et du chœur des jeunes filles qu'on viole et maltraite à travers le monde. Je pourrais vous dire que c'est un beau roman mais qu'il n'est pas pour moi. Alors, ça, c'est sûr, il n'est pas pour moi, je vais être violente mais je l'ai détesté, ce roman, j'ai détesté qu'on transforme la voix de cet homme en belles phrases décrivant l’innommable. Cette phrase citée plus haut, belle si elle est décrite par un amant devient terrible dans les mots d'un violeur. C'était à la limite de ce que je pouvais supporter. Pourtant, j'ai fini par lâcher ce roman pour une autre raison, j'ai trouvé que finalement, c'était creux, que ça tournait en rond. Bref, j'ai fini par m'ennuyer, ce qui est un comble vu ce que je ressentais au début. Je sauverais une scène, celle de la robe à l'école qui symbolise bien le problème des robes en général. Eh oui, nous les filles, si on ne veut pas être embêtée, nous n'avons qu'à mettre des pantalons, c'est tellement évident! 

Ne voyez pas dans ce billet une rancœur contre vous, lecteurs, qui l'avez aimé, ni contre l'auteure et son talent que je ne remets nullement en cause (Feu pour feu m'avait ravie, malgré la dureté du thème). Je ne suis pas une petite nature et la beauté de l'art est de ne pas laisser insensible. Je ne l'ai pas été. 

Publié en févier 2017 chez Grasset. 150 pages que je ne suis pas parvenue à finir.

Un livre que je ne saurais conseiller à quiconque et que je me garderais bien d'offrir. 


mardi 20 juin 2017

L'exposition Rodin au Grand Palais

La sculpture me touche davantage que la peinture, même si j'aime les deux formes d'art, et j'aime particulièrement Rodin. J'ai d'ailleurs très envie de visiter à nouveau le musée Rodin dans lequel je n'ai pas mis les pieds depuis un moment. J'ai plutôt profité de l'exposition en me disant que retournerai au musée plus tard et je vous la conseille. Vous y redécouvrirez des classiques de Rodin, mais aussi des œuvres moins connues et des sculptures plus ou moins librement inspirées de Rodin.


Femmes damnées (une oeuvre que je ne connaissais pas)
Le célèbre Penseur



Je l'aime sous toutes ses coutures, ce Baiser et mais c'est ce dos masculin qui a ma préférence! 
Large monument de Barry Flanagan



Du 22 mars au 31 juillet au Grand Palais. 13 €.

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