jeudi 31 août 2017

Au fond de l'eau de Paula Hawkins

Jules et Nell sont deux sœurs que le destin a séparées, ou plutôt c'est Jules qui a décidé d'échapper à l'emprise de cette sœur trop belle, trop manipulatrice et aussi, bien trop attirée par ces histoires de noyées dans le lac voisin. Pourtant, quand Nell est à son tour retrouvée noyée dans le lac, Jules revient sur les traces de son passé et découvre sa nièce, qu'elle n'avait jamais rencontrée. Il lui faut aussi se pencher sur toutes ces femmes qui sont mortes là.

J'avais écouté La fille du train et je m'étais passablement ennuyée mais j'ai tout de même eu envie de donner une seconde chance à cette auteure et j'ai bien fait. Ce polar est tout ce qu'il y a de plus classique, avec divers coupables possibles et un retournement de situation au tout dernier moment. Comme il y a plusieurs meurtres, il y a plusieurs intrigues et il y a aussi le flash-back lié à l'adolescence de Jules et Nell. Il faut donc s'accrocher un peu au début pour ne pas se perdre (j'aurais pu dire se noyer mais c'était un peu facile). Finalement, comme souvent je trouve dans ce type de polars classiques, ce qui m'a plu, ce sont les liens entre les personnages, notamment entre les deux sœurs. Et puis, Paula explore des thèmes intéressants et parmi eux, la sexualité des jeunes adolescentes, jouant sur un parallèle que j'ai trouvé bien fait entre celle qui a été violée à treize ans mais n'a jamais osé en parler et celle qui a vécu à quinze ans une relation avec un homme de quatorze ans son aîné, ce qui devient un crime pour l'adulte, alors qu'à un an près, celui de la majorité sexuelle, ça aurait pu été considéré comme une histoire d'amour (je ne donne pas mon avis, c'est un questionnement que l'on trouve dans le roman). Je suis donc contente d'avoir écouté ce roman, alors que je ne suis pas sûre que j'aurais aimé le lire, c' est typiquement le genre de livres que je préfère écouter. Rien à redire sur la lecture qui est de qualité.

Date de parution : 05 Juillet 2017- Durée :  11h08 que je n'ai pas vu passer. 
Traduit par  Corinne Daniellot et Pierre Szczeciner (j'avoue que je m'étonne, il est rare de voir le nom de deux traducteurs). 

Merci à Audiolib
A conseiller aux amateurs de polars classiques à rebondissements. 

mardi 29 août 2017

Les complicités involontaires de Nathalie Bauer

.... si la fin d'une union est synonyme d'échec, elle ne l'était pas pour moi: la liberté à laquelle j'aspirais avait un goût de reconquête...

Corinne est psychiatre. Quand arrive dans son cabinet l'une des ses anciennes amies, Zoé, elle pense immédiatement la diriger vers un confrère mais Zoé lui avoue souffrir d'amnésie suite à la prise d'un médicament et Corinne ne peut s'empêcher de laisser libre cours à sa curiosité. Elle commence donc son analyse. Très vite, Zoé, qui écrit des polars, lui donne des mémos sur sa famille, sentant qu'un secret de famille pèse sur elle. 

Ce roman est divisé en trois périodes différentes. Le moment de l'analyse, le temps de l'amitié entre les deux filles et les mémos de Zoé qui concernent sa famille autour de la seconde guerre mondiale. C'est très nettement la période du présent de la narratrice qui m'a le plus intéressée parce qu'il y a à la fois une tension entre l'analysante et l'analysée qui ressemble parfois au jeu du chat et de la souris mais aussi parce que l'arrivée de Zoé dans la vie de Corinne, ou plutôt dans son cabinet, fait non seulement resurgir des souvenirs mais modifie le cours de sa vie. Le passé de la famille de Zoé ne m'a pas vraiment intéressée. C'est le lien entre les deux femmes et la manière dont on vit les événements et dont on est ensuite capable de les analyser grâce à la distance que permet le passage du temps qui sont, à mon avis, les thèmes les mieux traités. 

Publié le 24 août 2017 chez Philippe Rey. 285 p. L'avis d'Antigone

Merci aux éditions Philippe Rey et à l'agence Anne et Arnaud. 
A conseiller aux nostalgiques des amitiés d'enfance, dont je ne fais pas partie. 

samedi 26 août 2017

120 battements par minute de Robin Campillo

Comme trois autres participants, Nathan est nouveau dans cette réunion d'Act Up qui débute en même temps que le film. Il est séroneg, un chanceux donc. De nombreux autres sont atteints du virus du SIDA. Nous sommes au début des années 90, Act up est encore une organisation qui se cherche et dont les membres sont divisés sur les actions à mener. Nathan tombe vite sous le charme de Sean , qui se bat contre la maladie mais aussi contre les autorités et les laboratoires. 

J'ai envie de vous parler de l'émotion que j'ai ressentie en regardant ce film. De cette envie de rire d'abord, très présente pendant la première moitié du film, ce à quoi je ne m'attendais pas, et même dans une scène finale où l'on rit, des sanglots encore dans le ventre. De cette envie de pleurer aussi, c'est vrai, pas avec des larmes qui se contentent de couler au coin de l’œil, non, celles qui suivent le parcours du sanglot, dont on a parfaitement senti qu'elles prenaient leur source dans le ventre. Cette émotion, elle est due indéniablement au contexte, à ceux qui sont morts quand on avait à peine conscience qu'ils existaient (j'exagère mais finalement, si peu) parce que les médias n'en parlaient pas mais aussi au talent des acteurs (pour moi, la palme va à Arnaud Vallois, magnifique Nathan aux petits soins avec celui qui est condamné et dont le regard respire l'amour) et du réalisateur qui a choisi de rappeler les faits mais aussi, dans le détail mais sans lourdeur, les conduites à risque, alternant les moments légers et graves et qui nous rappelle qu'on a laissé ces jeunes personnes, homos ou pas, transfusés, prostitués, prisonniers, mourir. J'ai beaucoup aimé les scènes d'amour physique entre les deux hommes, que je trouve esthétiquement très belles (d'ailleurs les deux corps masculins sont parfaits dans leurs embrassements amoureux)  et qui ne devraient pas trop choquer les gens un peu pudiques et c'est très bien car il faut que ce film soit vu par le plus grand nombre. Romain Campillon, qui réalisa Les Revenants, connait très bien son sujet, il fut lui-même membre d'Act Up. J'ai aussi beaucoup aimé suivre l'évolution de la Gay Pride. 
Je regrette que la salle ait été presque exclusivement féminine. Evidemment, je ne peux que vous conseiller d'avoir un kleenex sous la main (même la femme près de moi qui a passé le tout début de la séance le nez sur son portable a fini par le lâcher et s'est, à la fin, agrippée à son kleenex). Si vous allez le voir, vous me direz ce que vous pensez de la sortie de séance, qui s'effectuera sans doute comme lors de la mienne pendant la seconde moitié du générique. J'ai trouvé que c'était une expérience particulière. J'y suis allée seule, ce qui peut me frustrer selon les films. Cette fois, je n'avais absolument pas envie de parler en sortant de cette séance. 

Grand Prix du Festival de Cannes 2017. Ce film est aussi l'occasion de réécouter du Bronski Beat. 
Sortie : le 23 août 2017- 2 h 20. Avec entre autre: Nahuel Perez BiscayartArnaud ValoisAdèle Haenel, tous les trois très bons.

A conseiller à tous. 
Merci au département de l'Eure pour cette semaine annuelle de séances à 4 euros. 



                                                                             
Mon plus grand coup de cinéma de 2017. 

jeudi 24 août 2017

Gabrielle ou le jardin retrouvé de Stéphane Jougla

Un couple visite une maison pour la première fois. Mathilde a le coup de foudre; son mari, plus pragmatique, insiste sur les défauts. L'histoire de ce couple de nouveaux propriétaire encadre rapidement le récit qui est majoritairement consacré aux précédents propriétaires: Martin, veuf éploré, s'est coupé du monde après le décès accidentel de sa femme, ne s'intéressant plus qu'aux deux passions de Gabrielle, le jardin et les livres. Un jour, un inconnu pénètre dans le jardin et Martin découvre que Gabrielle lui a menti. 

Ce court roman de 220 pages semble osciller entre tendresse et humour. Le problème, c'est que Martin ne m'a jamais touchée et ne m'a pas fait sourire non plus. Je suis donc restée insensible à un roman qui parle de deuil, ce qui est tout de même regrettable. Les causes sont diverses: les chapitres bien trop courts (d'une ou deux pages) et aérés m'ont paru manquer de profondeur et la plume, si elle n'est pas spécialement désagréable à lire, n'est pas non plus travaillée. Il est donc difficile de s'étendre sur un roman si peu dense, sauf peut-être pour dire que le thème de ce qui est caché à son conjoint aurait, à mon avis, mérité un traitement plus riche. Le seul personnage qui m'a beaucoup plu est celui qui apparaît au milieu mais dont je ne peux pas vous parler sous peine de déflorer le texte.

Publié chez Denoël le 24 août 2017- 224 pages.

A conseiller à ceux qui veulent un livre léger, ce qui est paradoxal par rapport au thème. Ma soeur, meilleur public que moi, n'a pas non plus été emballée. 
Merci au club des explolecteurs de la rentrée de lecteurs.com. 


mardi 22 août 2017

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain

Une forme de tyrannie sexuelle fédère les mâles de la famille même si Bobby est le moins atteint. Joe le père a ouvert la voie, et ses frasques acceptées sans broncher par leur mère, l'inoxydable Rose, ne sont pas pour rien dans la profonde misogynie que partagent les fils. 

Notre narrateur est professeur d'histoire contemporaine et il pense que la mort de ses parents, survenue à quelques années d'intervalle est liée à l'assassinat de Robert Kennedy. Le roman alterne les chapitres consacrés à l'enquête concernant la mort du père du narrateur, psychiatre renommé ayant été obligé de quitter la France pour le Canada et sa thèse concernant l'assassinat des deux Kennedy. 

J'attendais ce roman avec impatience parce que j'avais beaucoup aimé Avenue des géants du même auteur et que le thème était fait pour moi. Mais ma déception fut à la hauteur de mon attente, ce qui n'est pas rare. Marc Dugain peine cette fois à mêler habilement toutes ses intrigues, notamment l'Histoire et son histoire. Par exemple, son aparté sur les années hippies tombe, à mon avis, à plat. D'autre part, il avance, sous couvert de la thèse du narrateur, des théories qui mettent en cause deux présidents américains dont on se demande d'où elles peuvent bien sortir. Bien sûr, Dugain semble vouloir développer le thème du complot et de la paranoïa en les poussant à l'extrême mais comme on a déjà eu tant de versions différentes de cet assassinat, cela n'a pas eu pour moi grand intérêt. En fait, le lecteur finit par avoir l'impression que le meurtre de JFK, est finalement bien plus au centre du roman que celui de Robert, le titre est donc trompeur. Marc Dugain (sous couvert de son narrateur) assène des vérités générales dont je ne suis, par principe, jamais friande:

L'Amérique n'a jamais considéré l'amitié comme une valeur, elle ne se connait que des ennemis ou des vassaux et elle a inculqué à ses enfants la primauté de la relation d'intérêt, la seule qui vaille à ses yeux, en dehors de l'amour déclaré de sa famille sous la protection de Dieu et du marché, deux formes de divinités proclamées. 

Ce que j'ai malgré tout aimé, c'est la plongée dans la conscience de Robert Kennedy et son rapport à la culpabilité, l'idée qu'en se présentant aux élections présidentielles, il se savait condamné. Ce père de onze enfants a été élevé dans l'idée que l'amour et le sexe étaient deux choses bien différentes. C'est lui qui récupère la maîtresse de son frère, Marilyn Monroe, quand celui-ci se lasse mais c'est aussi lui qui console Jackie de son veuvage. Pendant quatre ans, ils vivront des moments très intimes jusqu'à ce que Bobby brigue la présidence. Ils décident alors de rompre pour éviter le scandale. Bref, c'est un personnage plus complexe que son frère, me semble-t-il et bien plus intéressant et le roman ne me semble pas à la hauteur de ce personnage. 

Publié le 17 août chez Gallimard- 400 pages. 

Merci à Jérôme, toujours attentif aux souhaits des autres. 

dimanche 20 août 2017

[parenthèse] les séries/ feuilletons et moi

Les séries, on peut dire que je suis tombée dedans quand j'étais petite. J'ai l'impression d'avoir presque tout vu de celles de la fin des années 70 et des années 80, de La petite maison dans la prairie (avec le double épisode mémorable dans lequel Charles enferme son fils pour le sevrer de la drogue) en passant par Riptide, Magnum et Madame est servie, pour n'en citer que quelques-uns. Puis j'en ai très peu regardé, avec une petite reprise au début des années 2000 et un pic récent. Jamais je n'ai réussi à dépasser la troisième saison d'une série, même pour mes chouchous. Reprenons le jeu des "si j'étais".

Si j'étais la série qui a marqué mon enfance, je serais une série suédoise,  La pierre blanche que s'échangeaient deux enfants de milieux sociaux très différents en se donnant des gages un peu fous. Cette série était diffusée dans l'émission Les Visiteurs du mercredi sur TF1. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui se souvienne de cette série : 


Si j'étais mon premier feuilleton du soir, celui pour lequel j'ai eu le droit, pour la première fois de regarder le dernier épisode alors qu'il y avait école le lendemain , je serais une adaptation d'un roman de Jean d'Ormessan, Au plaisir de Dieu. C'est mon premier souvenir d'un feuilleton regardé en famille (sauf par ma sœur qui était trop petite)


                                      

Si j'étais le premier feuilleton qui m'a permis de fortement m'identifier à un personnage, je serais L'esprit de famille, une adaptation d'un roman de Janine Boissard et j'incarnerais Pauline, cette lectrice qui lit et écrit tout le temps  (je me rends compte que Paul Barge jouais dans les deux feuilletons que je viens de mentionner). L'île de Bréhat y était très présente:

                                         

Si j'étais une série historique récente, je serais Downton Abbey, que j'ai regardé jusqu'à la mort de mon personnage masculin préféré. Après, plus rien ne fut pareil même si Maggie Smith est succulente. J'ai adoré les robes des personnages et j'ai travaillé le premier épisode avec certains de mes élèves. Et la phrase du père à la fin est ma préférée de la série (We all have chapters we'd rather keep unpublished") :

                                            

Si j'étais une série de femmes, je serais Desperate Housewives (et là, bien sûr, l'identification se faisait plus sur Susan qui malgré tout, ressemble encore plus à ma fille qu'à moi, que sur Bree). J'ai adoré les deux premières saisons et ai trouvé la troisième décevante:

                                            

Si j'étais une histoire d'amour, je serais la première saison de The Affair que j'ai adorée et qui présente le point de vue féminin et le point de vue masculin sur une même histoire :

                                           

Si j'étais une histoire de famille, je serais Bloodline qui a le mérite d'arrêter la première saison sur une vraie fin. Je n'ai pas réussi à finir la saison deux. C'est une série que j'ai offerte à deux reprises:

                                               

Et enfin, si j'étais la série du moment, celle que je partage avec ma fille qui sursaute ou ferme les yeux régulièrement,  je serais une série qui m'a emballée les sept premiers épisodes, mais dont je me demande si je ne la regarde pas maintenant uniquement pour la plastique parfaite (et pourtant absolument pas conforme à la beauté masculine que j'aime) de l'acteur principal, Mike Vogel. C'est une adaptation de Under The Dome de Stephen King. Nous en sommes à la saison 2 : 

                                             

Merci à celle qui m'a fait découvrir une nouvelle manière de regarder les séries, moi qui ne les regardais que sur une télé. Merci à mon fils qui me prête son abonnement Netflix et à ma fille, dont les sursauts me font souvent sourire. 
                                               

                                                 





jeudi 17 août 2017

Légende d'un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant


Les cœurs qui ont été brisés redoutent l'amour parce qu'il porte sa fin. Ils craignent de ne plus pouvoir endurer ce coup supplémentaire, l'arrachement et la terre brûlée. 

Quand le roman débute, l'ombre d'Hitler ne plane pas encore sur la France. Robert Desnos est un poète fauché, amoureux d'une chanteuse qui, elle, ne l'aime pas mais se complaît à garder ses prétendants sous son emprise, en leur donnant du bout des lèvres quelques marques de tendresse. Robert rencontre alors Youki, une française repérée par un peintre japonais qui l'a épousée. Elle deviendra l'amour de sa vie, un amour tumultueux puisque la belle ne peut se contenter d'un seul homme. Mais Robert sait donner bien plus qu'il ne reçoit:

Je n'ai jamais séparé le sexe de l'amour, rétorque Robert. Je n'en discute pas, je le vis, je le fais. Je suis allé si loin dans l'amour que j'ai pensé ne jamais en revenir. J'ai affronté ses grimaces. Aujourd'hui, j'en connais aussi son sourire.

Disons le tout de suite, ce roman, je ne voulais pas le lire. J'avais abandonné le précédent roman de Gaëlle Nohant, je n'aime ni la poésie (sauf celle, intime, qu'on écrit ou reçoit à/de son amoureux/ -se), ni le surréalisme. De plus, je ne connaissais rien de Desnos.  Mais Gaëlle Nohant nous donne accès à un homme, nous le rend à la fois humain par sa vulnérabilité amoureuse, magicien par sa manière de réinventer la poésie et héros quand la période oblige les hommes à choisir un camp. Et elle nous embarque dans la période qui précède la guerre puis dans celle de la guerre et de la résistance avec talent: j'ai vécu pendant de longues heures dans le Paris de cette époque et j'y ai cru. Tout sonne juste, particulièrement les dialogues. Je me suis agacée de voir le poète amoureux de deux femmes qui ne savent pas lui rendre son amour comme il le mériterait et ai vu là, à tort peut-être, le désir inconscient d'un poète qui a besoin de la souffrance pour écrire; je me suis aussi agacée de l'égocentrisme de Youki (... c'est effrayant quelqu'un qui sait aimer. Alors elle lui fait mal pour voir s'il reste quand-même) mais c'est aussi ce qui rend Robert Desnos humain et attachant. Suivre la scission à l'intérieur du groupe surréaliste m'a passionnée. J'ai noté de nombreuses phrases et ai été emballée par le tout: l'ascension de Robert Desnos qui réinvente la radio ou plutôt l'invente puisqu'elle n'en est qu'à ses balbutiements, le souffle de la solidarité, celle d'avant la guerre avec les manifestations anti-fascisme et celles des hommes de l'ombre ensuite. J'ai beaucoup aimé que l'auteur parsème son roman de textes de Desnos, les ancrant dans sa réalité à lui. C'est une très belle manière d'amener la lectrice que je suis vers la poésie: 

Je retrouve en ma bouche une ancienne saveur
Et des noms de jadis et des baisers si tendres
Que je ne sais plus qui je suis ni si mon cœur
Bat dans le sûr présent ou le passé des cendres. 

Aux trois quarts du roman, l'émotion m'a submergée. Ça a commencé avec un très beau moment entre Robert Desnos et Jacques, cet enfant d'amis qui vivra ses premières années caché, petit garçon rendu sauvage par cette peur que l'Histoire a instillé en lui mais que Desnos saura apprivoiser avec ses histoires, puis viennent les émouvantes années de résistance et celles de déportation racontées par le prisme de Youki que l'auteure réhabilite magnifiquement. A ce jour, j'ai lu dix romans de la rentrée, j'ai eu deux coups de cœur mais je mets ce roman au dessus de tous les autres. Je suis prête à prendre le pari que ce roman-ci obtiendra un prix (sans doute un prix de lecteurs). 

Publié le 17 août 2017 chez Héloïse d'Ormesson. 520 pages. 

Merci à lecteurs.com sans qui je n'aurais pas lu ce roman.
A conseiller à ceux qui veulent davantage découvrir Robert Desnos et à ceux qui, a priori, n'en ont aucune envie. 


                                                             

mardi 15 août 2017

La force des choses de Simone de Beauvoir

... il arrive souvent quand une question dangereuse vous brûle les lèvres  qu'on choisisse mal de moment de s'en délivrer: nous sortions de ma chambre pour aller déjeuner chez les Salacrou quand je demandai: "Franchement, à qui tenez-vous le plus, à M. ou à moi?". 

Je n'avais pas relu Simone de Beauvoir depuis mon adolescence. Le deuxième sexe et Mémoires d'une jeune fille rangée m'avaient été recommandés par ma prof de français de première, Mme Auvray, à qui je vouais un véritable culte. Elle nous avait donné une liste d'une cinquantaine de classiques à lire, que j'ai tous lus. Simone de Beauvoir fut l'une des rencontres marquantes de cette liste et ce n'est que lorsqu'une personne recroisée il y a quelques mois m'a posé une question sur les racines de mon féminisme que l'image de Simone de Beauvoir m'est revenue, insistante. Elle n'a pas été importante pour moi seulement pour son Deuxième Sexe et ce catalogue de la condition féminine qu'il représentait. Elle est bien plus que ça. 
La force des choses est le troisième tome de son autobiographie et c'est peu de dire que j'ai pris du plaisir à la retrouver. Ce tome aborde sa quarantaine et commence par la période d'après-guerre, ce qui m'a semblé une suite logique du roman de Gaëlle Nohant, Légende d'un dormeur éveillé que je venais de finir. Simone de Beauvoir y mentionne d'ailleurs Robert Desnos. Elle aborde les choix politiques des intellectuels de gauche, leurs différentes approches du communisme, la manière dont Sartre et elle dérivent loin de Camus. Mais on retrouve aussi une femme qui s'amuse de gagner à une murder party (qui m'a semblé être l'ancêtre du Cluedo grandeur nature). J'ai à nouveau tenté de comprendre la teneur de sa relation avec Sartre, qu'elle a fini par me rendre sympathique et pourtant, ça me semblait perdu d'avance:
Nombreux sont les couples qui concluent le même pacte, à peu près, que Sartre et moi: maintenir à travers les écarts, une "certaine fidélité". 
Elle ne parle jamais d'amour physique entre eux, mais elle peut se montrer légèrement jalouse de la place que prend une rivale dans le cœur de Sartre (et non dans son lit) , ce qui la rend infiniment humaine.  C'est ce que j'ai préféré dans ce livre, découvrir combien Simone de Beauvoir était comme nous, avec ses doutes par exemple sur les concessions que son argent lui permettaient de faire par rapport à ses valeurs, son refus d'acheter des toilettes luxueuses mais son besoin de dépenser son argent en voyages. Elle doute aussi quand l'un de ses amours la quitte (et souffre) alors qu'elle a la quarantaine passée et pense tirer un trait sur le plaisir charnel. La femme qui réapparaît ensuite, amoureuse de Claude Lanzmann, de dix-sept ans son cadet, m'a touchée. Si Simone de Beauvoir vécut trente ans avec Sartre, sept de ces trente années furent partagées avec Lanzmann. D'ailleurs, je trouve qu'elle parle très bien, même si c'est avec pudeur, d'amour.
J'ai aussi beaucoup aimé lire ce qu'elle dit de la littérature et du pouvoir des mots. Comme Simone Veil, dont l'autobiographie m'avait profondément agacée, elle pensait que ceux qui avaient menti sur les horreurs de la guerre devaient être traduits en justice. On découvre une Simone baroudeuse à qui on pourrait appliquer le célèbre "En voiture Simone!" tellement elle prend du plaisir à conduire pour se rendre dans des pays étrangers, alors qu'elle m'a surtout paru être un danger public. Mais elle s'amuse. Non conformiste et non exempte de contradictions, elle accepte le Goncourt pour Les Mandarins mais refuse de se plier au jeu médiatique. Je m'arrête là car je pourrais encore écrire longtemps sur ce livre que je ne peux que vous recommander. En plus, comme c'est un vrai pavé écrit tout petit, on a plaisir à le retrouver pendant un bon moment.

Publié en 1963 chez Gallimard. 686 pages. C'est ma première participation au challenge des pavés de l'été (si tout va bien, je devrais venir à bout d'un autre Gallimard qui paraîtra bientôt).

                                                               

Merci à Mme Auvray donc. 
A conseiller à tous ceux qui pensent que Simone de Beauvoir est ennuyeuse. Et surtout, sans doute, à ceux qui savent qu'elle ne l'est absolument pas. 

dimanche 13 août 2017

[parenthèse] mes lieux et moi

Nous avons tous des lieux qui font partie de nous. Le cœur a une logique qui lui est propre et qui parfois, donne l'impression d'un grand désordre. Je ne suis par exemple pas du tout attachée à ma région natale, la Picardie, mais je tiens à celle que j'ai choisie, la Normandie (même quand je peste parce que l'été n'en est pas un), alors qu'aucune attache humaine ne m'y retenait quand j'y suis arrivée. Je me sens par contre plus définie par mon village d'enfance et d'adolescence que par celui dans lequel je vis. Continuons par un petit jeu du "si j'étais" autour des endroits qui me sont chers (ou pas):

- Si j'étais un lieu où passer une soirée et une nuit inoubliables, je serais un buron dans le Cantal, celui de l'Auberge des montagnes de Pailherols; j'y accueillerais des amoureux qui se sentiraient seuls au monde, perdus dans leur bout de montagne et qui seraient obligés de rester collés toute la nuit car il n'y a pas de chauffage dans la chambre (qui ne ferme pas à clé):


- Si j'étais une ville française, je serais celle dans laquelle j'ai fait mes études, où j'ai donc vécu et où je me rends encore très souvent pour aller au cinéma, boire un coup ou manger avec mes amies ou pour un rendez-vous hebdomadaire du vendredi : Rouen. Je la trouve belle et je m'y sens bien. C'est la ville d'une blogueuse qu'on aime beaucoup. 

- Si j'étais une ville étrangère, je serais celle dans laquelle je ne me lasse pas d'aller, celle que je suis heureuse d'avoir fait découvrir à des êtres chers. Une ville entourée d'eau et baignée de chaleur est pour moi une source de sérénité; Venise incarne cette ville. Une ville où, une année de biennale, j'ai découvert cette statue dont je suis tombée amoureuse et que Christophe Ono-dit-Biot reprendra dans Plonger (je ne suis pas la seule à mettre ce Boy with a frog en avant ce week-end):



- Si j'étais une île, je serais Madère qui regroupe plusieurs îles, pour les superbes randonnées qu'on y fait, sa capitale un peu désuète comme j'aime et la plage de sable fin de Porto Santo: 
                                                       

- Si j'étais une capitale, je serais Londres. Il m'est difficile de ne pas aller en Angleterre au moins une fois par an (j'y ai vécu huit mois) et je ne me lasse pas de Londres, de ses musées souvent gratuits, de ses parcs, de son rouge dominant, de l'architecture des maisons, des bâtiments, de l'accent British et d'un sens du décorum que je peux trouver exotique (mais que je trouverais ridicule dans mon propre pays). Je suis allée dans cette ville pour la première fois avec deux profs de dessin et un petit groupe d'élèves en art et ce fut un très beau moment, sans doute le plus beau de mon année d'assistanat: 

- Si j'étais un endroit dont j'ai l'impression que c'est lui qui m'a choisie et non l'inverse, un endroit que je connais depuis peu mais qui m'apaise, m'enveloppe comme aucun autre lieu ne parvient à le faire et qui, cette année, m'a rappelé la signification du mot chance, je serais Houlgate. Mon parcours de footing préféré, long de neuf kilomètres, est un aller-retour entre Houlgate et Cabourg sans musique sur les oreilles pour ne rater ni le bruit de la mer, ni celui des mouettes et dont la vue inclut la bannière de mon blog. 

- Si j'étais une ville grâce à laquelle je me sens bien plus cultivée, je serais Rome. Il m'aura fallu deux séjours pour l'apprécier parce que j'avais fait l'erreur impardonnable de ne pas visiter l'intérieur du Colisée, du forum romain et des musées du Vatican la première fois. J'ai beaucoup apprécié de visiter cette ville cette semaine avec ma latiniste de fille, passionnée par les mythes et la Rome antique et de discuter avec des romains adorables (dont un garde de basilique).

- Si j'étais un pays étranger, mon cœur ne saurait choisir entre deux pays, l'Italie et l'Angleterre. Ce sont un peu mon yin et mon yang, avec pour point commun deux langues que je trouve très mélodieuses et que j'ai pris beaucoup de plaisir à apprendre. J'aime l'architecture anglaise autant que la chaleur italienne, celle de l'extérieur et des gens qu'on y croise. 

-Si j'étais un paysage grandiose, je serais l'ouest américain, Bryce Canyon ou les plaines du Nevada. La France recèle de beautés mais n'a pas cette immensité.



- Si j'étais un endroit encore inconnu qui me fait rêver, je serais Bali (mon médecin, avec qui je parle souvent plus de voyages que de ma santé n'y est pas pour rien).

-Si j'étais un endroit visité manifestement pas fait pour moi, je serais une ville américaine (New-York, San Francisco et la pire de toutes, Las Vegas) ou  Amsterdam. 

Merci à celle grâce à qui séjourner à Houlgate en me sentant chez moi m'est possible. 


jeudi 10 août 2017

The book of disquiet/ Le livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa

Life is what we make it. The traveller is the journey. What we see is not what we see but who we are. 

Il y a deux ans et demi, lors de mon séjour à Lisbonne, je visitai le musée de Fernando Pessoa, auteur dont je n'avais alors rien lu mais qui m'avait été chaudement recommandé par une amoureuse de Lisbonne et des écrivains portugais. Depuis, je cherchais ce livre partout et ce n'est qu'en prenant une valise pour aller à Rome que je l'ai retrouvé bien caché. C'était peut-être un signe. Il est donc resté dans ma valise et je l'ai ressorti pendant mon voyage. 
Ecrit sous l'un de ses nombreux hétéronymes (il en inventa 72), celui de Bernado Suares, ce livre est une suite d'aphorismes et de réflexions souvent presque philosophiques sur l'être, ses désirs et son essence. C'est profondément mélancolique et déprimant et sans doute totalement inadapté comme lecture de vacances, non parce que j'associe le concept avec du vide intellectuel (il n'en est rien) mais parce que j'avais peut-être le cœur trop léger pour apprécier la noirceur de ce livre et de ce personnage inventé par Pessoa. Bernardo Soares m'a profondément agacée avec ses airs supérieurs d'homme qui juge ce qui l'entoure, un homme incapable de ressentir une émotion de s'attacher et donc juste de vivre, un observateur froid qui ne cesse d'analyser. 
Ce livre posthume, considéré comme le chef d'oeuvre de Pessoa, fut publié en 1992. Pessoa ne connut d'ailleurs la renommée qu'après sa mort. La version que j'ai achetée n'est qu'un extrait d'une oeuvre bien plus grande, comme ne l'indique pas ma quatrième de couverture. Pessoa mourut en 1935 d'une cirrhose, laissant une oeuvre très variée composée par exemple de poèmes et d'essais écrits dans trois langues différentes, majoritairement en portugais et en anglais.

A conseiller un soir d'été normand bien pluvieux et déprimant. 
Merci Attila, je suis malgré tout contente d'avoir découvert cet auteur. 

mardi 8 août 2017

Avant que les ombres s'effacent de Louis-Philippe Dalembert

Ruben Schwarzberg est né en Pologne dans une famille juive, comme son nom l'indique un peu. Il grandit à Berlin et y sera le 9 novembre 1938, lors de la nuit de cristal. Sa sœur Salomé l'a dès sa naissance pris en main pour faire de lui un grand homme et le voilà devenu médecin. Mais Ruben doit quitter l'Allemagne. Arrivé en France, on lui apprend qu'Haïti accueille les réfugiés. La femme du diplomate haïtien lui laisse entrevoir la chaleur féminine à laquelle il va pouvoir réchauffer sa peau et le voilà parti. 

Sur un sujet grave Louis-Philippe Dalembert parvient à nous faire sourire, surtout au début du roman, utilisant des termes familiers (je ne suis pas sûre d'avoir lu le terme "un chouïa" dans un roman avant) au milieu de phrases complexes. Ça partait donc bien. Ensuite, je l'avoue, je me suis ennuyée. Le moment historique qu'il aborde (l'accueil des juifs par Haïti pendant la seconde guerre mondiale) et tout ce qu'on apprend sur Haïti d'ailleurs, notamment en tant que terre d'accueil est intéressant et je ne connaissais pas cette spécificité. Malheureusement, c'est l'écriture que j'ai fini par trouver ennuyeuse, sans relief, sans doute par contraste avec le début qui me semblait pimenté à souhait. Autour de moi, tout le monde semble avoir aimé ce roman, je suis donc l'exception qui confirme la règle. 

Prix Orange et France Bleu- Page des Libraires 2017. 290 pages. 

Publié en mars 2017 chez Sabine Wespieser (et je découvre donc que S. Wespieser publie aussi des livres écrits par des hommes). 

Merci à mon amie Nathalie qui m'a prêté ce roman.
A conseiller pour apprendre à connaître Haïti. 

dimanche 6 août 2017

[parenthèse] Le cinéma et moi

Du cinéma, je n'ai longtemps connu que les films comiques car c'étaient les films qu'on choisissait pour moi. Ce ne fut, pendant très longtemps, qu'une longue série de Louis de Funès et de Fernandel, entre autre. J'en ai sans doute gardé un dégoût des films réalisés exprès pour faire rire (mes enfants savent qu'il ne faut pas compter sur moi pour ce genre de films). Je préfère sourire ou rire quand je ne m'y attends pas. Ensuite, j'ai découvert les films forts du mardi soir dans les Dossiers de l'écran, et ce générique qui, encore maintenant, me donne presque la chair de poule.


Seule, je me suis adonnée aux séances tardives à thèmes du vendredi soir sur France 2 et du dimanche soir sur France 3, un grand moment de volupté, ce tête-à-tête avec le cinéma, parfois en noir et blanc, souvent en anglais; je me demande si mon amour de la langue anglaise ne date pas de là. Je crois que c'est lors d'un cycle de France 3 dédié à  Hitchcock que je l'ai découvert et j'ai tout dévoré de lui, goulûment. J'ai revu l'un de mes préférés, Pas de printemps pour Marnie et j'ai trouvé que ça avait très mal vieilli. 

                                         

Comme pour les chansons qui ont marqué ma vie, cette liste non exhaustive ne serait pas honnête si j'omettais le premier film vu en boucle, dont je ne suis pas fière mais je me rassure en me disant que je peux donner de nombreux noms de jeunes filles qui ont fait comme moi, de générations bien différentes. Quand je l'ai regardé avec ma fille, j'ai trouvé ça terriblement kitsch, Patrick Swayze sans aucun charme mais ma fille a beaucoup aimé et l'a revu depuis. Mais je peux avouer que revoir cette scène me donne toujours le sourire:

                                          

Mon premier choc de cinéma fut Les nuits Fauves de Cyril Collard, vue seule la première fois après avoir découvert Cyril Collard sur le plateau d'une émission de télévision ; je me souviens de l'émotion, d'un Paris que je ne connaissais pas, d'une urgence de vivre aussi.  Cyril Collard, réalisateur, acteur, auteur du roman dont le film était tiré, chanteur dans la BO, avait tout supervisé. Il nous avait déjà quittés quand les Césars le couronnèrent. Moi, j'avais alors vu le film cinq fois au cinéma avec à chaque fois, la même émotion. Je me passais la BO en boucle, je me suis jetée sur ses livres. Plus jamais le cinéma ne me donnerait une si grande claque, ne ferait basculer à ce point ma vie bien rangée. J'ai tenté d'y retrouver l'émotion il y a quelques années mais ce fut peine perdue. Certains films ne résistent pas au temps ou peut-être ne peut-on les apprécier qu'à un moment précis de notre vie. 

                                                     
                                      

Mes deux films cultes, ceux qui ont traversé les années, je les ai découvert sur CANAL +, sans que je ne parvienne tout à fait à expliquer pourquoi je les aime tant si ce n'est qu'ils me troublent: le premier est Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick et croyez-moi, j'aurais préféré que Tom Cruise ne joue pas dans l'un de mes films cultes mais ça reste un acteur doué même si c'est Nicole Kidman que je préfère dans ce film; elle incarne ici la sensualité féminine et puis, je suis fascinée par l'étrange scène des masques et la musique qui accompagne cette scène n'y est pas pour rien: 

                                              


Mon autre film culte est Mulholland Drive de David Lynch avec ma scène préférée de baiser de cinéma (celui entre Naomi Watts et Laura Harring) et ce besoin de le revoir pour le comprendre:  

                                             

Je navigue toujours entre les genres, les deux derniers films vus le prouvent: Eté 93 de Carla Simon Pipo, réalisatrice espagnole, dans lequel deux très jeunes actrices excellent et Baby Driver d'Edgard Wright, avec des poursuites en voitures qui ressemblent à des chorégraphies (et croyez-moi, je ne vais pas voir les films pour les poursuites en voiture), une bande-son parfaite et de l'humour comme j'aime, un mélange d'hommage aux films de genre, de clichés choisis à dessein et de parodie (Kevin Spacey faisait du Kevin Spacey mais incapable de résister à un couple d'amoureux parce qu'il a lui aussi "aimé une fois" m'a fait sourire). Un conseil, en sortant, prévoyez une bande-son à la hauteur, vous aurez envie de mettre le son à fond. Et je parierais que vous sortirez de cette séance avec un grand sourire, même si c'est sans doute le genre de film qu'on oublie très vite. 

           
                                      

jeudi 3 août 2017

La vie sauve de Lydie Violet et Marie Desplechin

L'avenir, justement, il va devenir de plus en plus proche. Il va même se rapprocher à une vitesse affolante. Il va se coller à moi de si près qu'on pourra bientôt nous enfermer tous les deux dans un petit mouchoir. L'avenir, je me souviens, était un champ ouvert et vaste, au fond duquel je devinais des sentiers qui partaient dans l'ombre. Désormais l'avenir est un trésor qui tient dans mes mains (...). 

En août 2001, Lydie Violet s'effondre de sa chaise, dans la maison d'édition dans laquelle elle travaille. Elle apprend qu'elle est atteinte d'une maladie mortelle et que son espérance de vie n’excédera guère plus de huit. Lydie est alors au seuil de la quarantaine. Son amie Marie Desplechin lui propose alors d'écrire un livre à quatre mains sur ce parcours de femme malade. Le tout forme un tout dans lequel les deux femmes ont parfois eu du mal à démêler qui avait écrit quoi. 

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce livre fait plus sourire que pleurer car les deux femmes évitent avec soin le pathos. Bien évidemment, le sort de Lydie Violet émeut mais il y a visiblement beaucoup d'auto-dérision dans la manière de raconter son parcours du combattant (je dis apparemment parce qu'on ne sait pas laquelle des deux a écrit les passages qui nous donnent le sourire mais j'ai tendance à penser, vue l'homogénéité du livre, qu'il vient des deux). Réflexion sur le personnel soignant sans manichéisme: il y a, comme partout, des gens biens et d'autre qui le sont moins mais leur est consacré deux très belles pages qui font d'eux les super-héros du réel avec ce transfert que les patients feront et qu'il faudrait enseigner dans les facultés. Réflexion aussi sur le système français et sa manie de demander aux patients de se dénuder quand ce n'est pas nécessaire, sur l'entourage du malade, ceux qui se rapprochent et ceux qui prennent peur et ne savent pas comment gérer la maladie, sur les lettres reçues, notamment celles des croyants qui la touchent, elle qui a grandi chez les athées.  Et il y a aussi la délicatesse avec laquelle est abordé le thème de l'amour quand on est malade puisque Lydie Violet est alors au début d'une procédure de divorce: 
Je suis prête à faire le deuil de l'amour, et des belles pensées qui l'accompagnent. Ce que je veux, c'est un homme, de temps à autre, un homme qui me prenne dans ses bras et voilà tout. [...] On devrait couvrir d'honneurs les hommes disponibles, les amants sans drame, les adultères paisibles. Il faut du talent pour aller d'une femme à l'autre, et laisser où l'on passe un sillage de plaisir et de réconfort. 
J'ai aimé cet essai, son thème et l'écriture à quatre mains. Il va prendre le chemin d'autres mains de mon entourage qui sauront, j'en suis certaine, l'aimer autant que moi. Lydie Violet est décédée en juillet 2015. 
Le malheur peut durer longtemps. Mais, si on lui interdit de s'étendre, on arrive à restreindre considérablement la place qu'il occupe. [...] Le malheur et le bonheur peuvent cohabiter. Il n'est pas donné à tout le monde de le savoir. 

Publié en janvier 2005 au Seuil. 120 pages. Prix Medicis essai 2005. 

Merci à la personne qui a déposé ce livre dans l'ancienne cabine téléphonique de mon village, devenue cabane à livres (et au maire pour cette belle initiative). 
A conseiller à ceux qui pensent qu'il faut parfois aborder la mort pour mieux apprécier la vie. 


mardi 1 août 2017

The night listener/ Une voix dans la nuit d'Armistead Maupin

He would write on it for hours at a time, oblivious to everything around him, dizzy with the discovery that words could contain his sufferings. 

Gabriel Noon est un écrivain, ou plutôt, il l'était puisqu'il est en panne d'inspiration. Ses histoires, qu'il lit à la radio la nuit l'ont rendu célèbre à travers toute l'Amérique. Jess, l'homme avec qui il vivait, vient de le quitter et Gabriel ne sait pas si c'est une séparation définitive ou un besoin de prendre l'air. Jess est atteint du SIDA et ne se voit pas dans une relation monogame. Son éditeur lui apporte le manuscrit d'un adolescent de treize ans, Pete,  lui aussi atteint du SIDA, abusé par ses parents qui ont ensuite vendu ses "services". 

Contrairement à de nombreuses lectrices, je n'avais pas aimé Les chroniques de San Francisco et m'étais arrêtée au premier tome; j'avais davantage l'impression de lire le scénario d'une série qu'un roman. Je ne sais donc pas pourquoi, ni quand d'ailleurs, j'ai acheté ce roman mais ce fut une bonne surprise. Armistead Maupin dépeint le milieu artistique et homosexuel de San Francisco des années 90 je suppose puisque nous sommes au début des traitements contre le SIDA. Ce quinqua qui vit un amour avec un homme plus jeune que lui est intéressant par son triple rapport aux hommes: celui avec Pete dont il devient très proche sans le rencontrer car ils vivent dans deux états éloignés, celui avec Jess qui est mon personnage préféré du roman et celui avec son père. Armistead Maupin pose des questions passionnantes sur le lien entre celui qui est malade et celui qui prend soin de lui, sur les motifs pas aussi altruistes que ça que peut avoir celui qui pense accompagner son compagnon malade jusqu'au bout de sa vie à lui, tout en sachant que lui-même aura l'occasion de repartir dans une autre direction. Et il y a cette question presque philosophique: jusqu'à quel point faut-il lâcher prise pour croire (et cela rejoint bien évidemment le fondement même de la littérature) tout en sachant que trop de naïveté peut aussi être dangereux (Maupin utilise pour cela l'exemple de ceux qui ont cru en Castro). Il y a parfois quelques longueurs, la relation avec le père n'est sans doute pas ce que j'ai préféré mais c'est un roman que je vous recommande. Il y a aussi un très joli passage au début, que je travaillerai avec mes élèves, sur le fait que parfois, ce n'est pas en s'accrochant à la réalité des faits qu'on restitue le mieux une atmosphère. Il a été adapté en 2006 avec Robin Williams et Toni Colette (c'est sciemment que je ne vous ai pas parlé du personnage féminin) que j'imagine très bien dans les rôles principaux. 

Publié en 2001 aux éditions de l'Olivier pour la version française. 360 pages dans la version originale. 

A conseiller aux amateurs des histoires mettant en scène une relation amicale forte entre un enfant et un adulte. 


Par le vent pleuré de Ron Rash

Eugène vit dans une petite ville de Floride. Son grand-père y fut le médecin incontournable de toute la ville. Lui cuve désormais sa pein...