mardi 31 octobre 2017

Les petites chaises rouges d'Edna O'Brien

On ne connaît pas les autres. Ils sont une énigme. On ne les connaît pas, surtout ceux avec qui nous sommes les plus intimes, parce que l'habitude nous trouble et l'espoir nous aveugle sur la vérité. 

Fidelma est mariée à un homme bien plus vieux qu'elle, qui l'a sortie de la pauvreté dans laquelle elle était née en tombant amoureux d'elle et en l'épousant. Quand un guérisseur nommé Vladimir Dragan, originaire du Monténégro, s'installe dans son hameau irlandais, elle tombe immédiatement sous son charme. Débute alors une liaison qui finira en tragédie puisque Vlad est vite arrêté pour les monstruosités commises à Sarajevo (je ne dévoile pas la fin en l'écrivant, le lecteur l'apprend très vite). Ce sont les conséquences de cet amour qu'Edna O'Brien dissèque. 
Ouvrir un livre d'Edna O'Brien, c'est retrouver un univers dans lequel il faut accepter d'entrer par immersions successives. Celle qui m'a prêté ce roman, avec qui j'en ai ensuite longuement discuté, utilise un adjectif que je lui emprunte de plus en plus souvent: "clivant". On peut dire qu'Edna O'Brien est une auteure clivante, comme l'ont prouvé les avis divergents du jury du Prix des lectrices de Elle qui m'avait permis de la découvrir. Elle procède par circonvolutions pour construire son récit, tournant autour du point où elle souhaite nous mener, nous perdant parfois en route. Mais j'aime me perdre entre ses lignes. Lors de notre debriefing, nous avons remarqué que chacune de nous avait oublié des passages du livre, tant il est difficile de se concentrer sur tout. Et peu importe. Ce roman traite du sentiment de culpabilité lié au fait d'aimer un monstre, d'avoir manqué de lucidité dans le choix amoureux et sur la difficulté de s'en remettre. Certaines scènes sont très fortes, comme si elles étaient les points vers lesquels tous ces détours devaient nous mener. Et puis, lire Edna O'Brien, c'est n'avoir aucun doute quant au fait que nous lisons bien un objet littéraire. A 85 ans, l'auteure n'a rien perdu de son talent.

Traduit de l'anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, éd. Sabine Wespieser, 376 p. Publié en septembre 2016. 

Merci à Celle qui m'a prêté ce roman (je sens que ce billet marque le début d'une belle histoire d'échanges littéraires) et qui m'a donné envie de ressortir ma machine à coudre qui n'avait pas encore servi en 2017. Merci aussi pour les échanges qui ont suivi la lecture et pour m'avoir signalé que ce roman s'inspirait de Radovan Karadzic, le "monstre" de Sarajevo.  
A déconseiller aux femmes enceintes, à cause de la scène qui est  pour moi la plus marquante du roman. 


dimanche 29 octobre 2017

Mes films du mois: Detroit de Kathryn Bigelow, Knock de Lorraine Lévy et The Square de Ruben Östlund

Le film du mois: L'été 1967 nous prouve que l'action pour l'égalité des races aux USA ne fut pas seulement pacifique dans le camp des partisans de l'égalité. Detroit est à feu et à sang, les arrestations de noirs se multiplient et certains quartiers de la ville ne sont plus qu'un champ de ruines. Une nuit, des coups de feu semblent provenir de l'Algiers Motel. La police locale et la garde nationale s'y rendent sur le champ, pour tenter de trouver l'auteur des coups de feu. Mais la police va très vite perdre les pédales.
Le film commence par un drôle de générique qui fait craindre le pire. Le tout début du film aussi, d'ailleurs qui semble papillonner sur plusieurs personnages sans parvenir à se poser. Mais une fois l'entrée de la police dans la maison, la tension est à son comble et vaut bien un très bon thriller, si ce n'est qu'ici, nous entrons dans une histoire vraie. Confronté à la folie d'hommes qui ont une arme et le pouvoir entre les mains, il faut une bonne dose de chance pour survivre. Je me serais personnellement passée de la partie qui se déroule à la fin, au tribunal, puisqu'on ne peut pas dire qu'il ait beaucoup de suspense concernant le verdict. Les grandes ados de l'une de mes amies l'ont adoré. Je n'irai peut-être pas jusque là, mais c'est un très bon film. Je suis en désaccord total avec certains critiques de La Dispute, une émission que pourtant j'aime beaucoup, sur le fait qu'on ne peut pas faire un film d'horreur avec ce thème. 

Sortie: le 11 octobre 2017- Avec John BoyegaWill PoulterAlgee Smith...

    

Le film le plus décrié du mois: tout le monde ou presque connaît le Knock de Jules Romain. J'en ai un souvenir de primaire, je crois que c'est la première fois qu'on m'a demandé de jouer une scène de théâtre. Peut-être est-ce pour cela que je suis attachée à cette pièce. Si Knock aura sans doute toujours la tête de Louis Jouvet pour moi et non celle d'Omar Sy, j'ai apprécié cette adaptation très libre de la pièce. Très libre parce qu'elle rend Knock humain et aimable, en trouvant des excuses à son attitude. Je trouve les critiques vraiment très dures avec ce film, qui n'est certes pas un chef d'oeuvre (la pièce ne l'est pas non plus) mais que j'ai pris plaisir à regarder et qui n'est pas non plus tout rose. On rit, on est ému et j'ai aimé le parti pris de la réalisatrice de ne pas mentionner la couleur de peau de Knock et de ne pas en faire un problème. Toutes celles qui m'ont accompagnée ont vraiment apprécié ce film. 

Sortie: le 18 octobre 2017- avec Omar Sy, Alex Lutz, Ana Girardot...Une mention spéciale à Sabine Azéma que j'ai trouvée drôle. 

                                      

Le film supposé intello de la semaine: palme d'or à Cannes (je ne peux pas lui pardonner de l'avoir obtenue face à 120 battements par minute), ce film suédois raconte comment Christian, conservateur de musée, se voit confronté à un paradoxe. Lui qui accueille dans son musée d'art contemporain de Stockholm une oeuvre symbolisant la tolérance, nommé The Square, il oublie toutes les règles de décence quand il se fait voler son portable, après avoir cru secourir une passante. Je ne peux pas dire que j'ai passé un mauvais moment à regarder ce film. Il y a des longueurs mais aussi deux scènes à mon avis très fortes, celle du préservatif (ah les hommes et leur sacro-sainte semence!) et celle du "sauvage" dans le dîner. En sortant, nous avons beaucoup discuté du film, de l'interprétation. Et puis, le soir, je me suis dit: "Tout ça pour ça?". Parce qu'il faut bien avouer que nous montrer nos contradictions entre le politiquement correct que nous préconisons tous et nos actions, ce n'est pas nouveau. Le monde de l'art est bien écorché (et dans nos sociétés qui coupent de manière drastique les subventions à l'art, je me demande si ça ne devient pas de la politique), les médias aussi et personne n'est totalement sympathique dans le film, même pas les enfants. Reste que ce film déclenche des discussions, ce qui est toujours positif et que les acteurs, Claes Bang, Elizabeth Moss, Terry Notary (qui joue généralement costumé en primate ou hobbit) et surtout  Dominic West (quel charisme quand-même, même en pyjama!) sont très bons. 

Sortie: le 18 octobre 2017- 2h 22. 

                                  

Merci à mes partenaires de cinéma du mois: Marjorie, Anita et Nathalie. 
A venir le mois prochain: Au Revoir là-haut. 
                                       

jeudi 26 octobre 2017

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand

Stradi naît avec un violon dans la tête. Cela fait de lui un petit garçon différent, qui sait communiquer avec les oiseaux, ce que ses parents voient d'un mauvais œil mais qui doit aussi affronter des moments douloureux quand l'infirmière vient chez lui. Un jour, un nouveau arrive à l'école avec sa propre différence. Il s'appelle Max, il boîte mais surtout, il adore la musique. Une amitié commence.

Gilles Marchand aborde le thème de la différence avec une certaine forme de poésie et de délicatesse mais il faut accepter de se laisser porter par cette histoire et par le style. Ce n'est pas que j'ai quoique ce soit à reprocher à la plume de Gilles Marchand. Moi qui regrette parfois l'absence de style, là, il est bel et bien présent mais je n'ai pas réussi à entrer dans cette histoire, ni à être touchée. Je n'ai d'ailleurs pas réussi à le finir. 

Eirenamg et Alex ont beaucoup aimé mais A girl from the earth est moins enthousiaste. 

Publié en août 2017 aux éditons des forges du Vulcain. 350 pages. 

Merci aux matchs de la rentrée de Price Minister#MRL17
A conseiller aux amoureux des longues fables. 

mardi 24 octobre 2017

Niels d'Alexis Ragougneau

Ce que j'admire, moi, vois-tu, ce que j'admire chez toi, c'est que tu es dans la vie. Moi je reste à la périphérie, je n'arrive jamais à franchir le dernier cercle. 

Niels Rassmussen est au Danemark, prêt à devenir père pour la première fois quand il apprend que son ami Jean-François, dramaturge comme lui, va très bientôt être jugé pour des actes de collaboration. Il ne réfléchit pas à deux fois et quitte une femme enceinte jusqu'au cou et une bonne place pour les années à venir (c'est le moment où il faut savoir se placer) pour comprendre ce qui s'est passé.

J'aime beaucoup ce qu'écrit Alexis Ragougneau. Ses polars, surtout le dernier, Évangile pour un gueux, sont finement travaillés et ne sont d'ailleurs pas tant des polars que des livres noirs. J'étais donc contente de retrouver ce titre dans la première et le deuxième liste du Prix Goncourt et j'ai aimé les cent premières pages. Mais je n'ai pas retrouvé ici la finesse de la plume et je me suis vite ennuyée. Pourtant, le thème de la collaboration dans l'art est original, en tout cas, il l'est pour moi, qui ai peu, voire pas du tout, lu des romans traitant de ce thème. Certaines scènes sont fortes et réussies, comme celle où les héros de guerre et les travailleurs du STO descendent du train. Alexis Ragougneau a tenté de jouer avec la forme du texte, insérant des chapitres en forme de scène de théâtre, comme d'autres l'ont fait avant lui, avec, à mon avis, peu de réussite. Je n'ai pas été enthousiasmée par cette tentative sauf pour un chapitre. Oublions le manque de crédibilité de la situation, cet homme qui quitte sa femme sans lui expliquer de vive voix pourquoi il part et sans lui dire qu'il reviendra; même sans ce détail, l'ensemble reste pour moi poussif. Alors, certes, le thème est à la mode (a-t'on comptabilisé le nombre de romans se déroulant pendant ou juste après la seconde guerre mondiale? J'ai l'impression qu'on a battu un record cette année) et il est traité d'un point de vue original mais ça ne m'a pas suffi, d'autant que certains dialogues m'ont semblé sonner faux. Et puis, j'ai du mal avec ces romans qui mine de rien, égratignent ceux qui ont vécu ce moment comme Ragougneau le fait avec Sartre. Je relirai malgré tout Alexis Ragougneau, c'est une certitude, je n'oublie pas qu'il a su m'enchanter. Malheureusement pour ce roman, ce n'est pas sa couverture qui aidera à faire grimper ses ventes (oui, ça peut paraître idiot, mais il y a des gens suffisamment superficiels pour aimer les belles couvertures), ni d'ailleurs les quelques fautes de frappe.

Publié le 31 août 2017. 355 pages.

Merci à Marjorie pour ce cadeau d'anniversaire.
A conseiller à ceux qui aiment les livres se déroulant dans le milieu de théâtre.


dimanche 22 octobre 2017

Haiku time avec mes 1ère L

Ils sont chouettes mes élèves, cette année, vraiment très chouettes. Alors, mes cours sont chouettes aussi, ça fait effet boule de neige. Il y a des années comme ça, où on sent qu'il se passe quelque chose, que le lien se tisse. Le mois dernier, un cours nous a particulièrement plu, à eux comme à moi. Tellement, que j'ai envie de vous en parler et que j'en ai gardé des traces dans ma salle de classe. 
La consigne : écrire trois haikus, le premier à partir de l'un de mes tableaux préférés (notre thème était le lien entre la poésie et la peinture), le second à partir d'un mot de l'autre strophe et le troisième en partant du dernier vers. A chaque strophe, ils devaient passer le poème au voisin de droite. Ces poèmes à trois mains ont souvent une unicité étonnante. Je voulais en partager un avec vous, et surtout, sans doute, garder une trace de ce moment de grâce. Un moment digne d'entrer dans mon carnet à bonheurs (un bonheur par jour, pour se rappeler que la vie est belle). 



Behind the woman
The flowers are opening
And they are white.

White like her skin
She has her eyes closed
Ahd she left her life.

And she left her life
Scared up from head to toe-
Her heart was of glass    (Léa- Cassandra- Yohann)


(J'ai respecté leur ponctuation qui avait fait partie du travail préalable)

Merci au Festival Terres de Paroles et à Eduardo Berti (je me suis inspirée d'un très beau moment de partage de ce festival). Merci à ma 1ère L. 

jeudi 19 octobre 2017

Par le vent pleuré de Ron Rash

Eugène vit dans une petite ville de Floride. Son grand-père y fut le médecin incontournable de toute la ville. Lui cuve désormais sa peine dans une solitude qu'il subit, sa fille ne voulant plus le voir. Lorsque des restes humains sont découverts et vite attribués à Ligeia, cette adolescente qui lui fit découvrir le sexe, l'alcool mais surtout l'amour, il replonge dans son passé et s'interroge sur le rôle qu'a pu jouer son frère Bill, devenu un chirurgien de renom. 
Mon premier contact avec Ron Rash fut raté, j'avais abandonné Serena. Ce roman-ci est vraiment très différent, avec très peu de descriptions de paysages et cela me correspond davantage. Ce n'est pas un roman inoubliable mais c'est un joli roman d'apprentissage, sur la découverte de l'amour dans les bras d'une fille qui cherche surtout à tirer profit du statut d'un jeune garçon et sur les liens fraternels, un thème qui m'intéresse de plus en plus. Il y a une réflexion intéressante sur les conséquences de nos actions et sur le questionnement qui consiste à mettre en balance des vies sauvées par rapport à la confession d'une vérité qui ne changera plus rien pour la victime, sur le succès et l'échec des vies aussi. Les deux frères sont bien croqués, ils forment un binôme opposé et pourtant intimement lié qui tient le roman de bout en bout. 

Eimelle et Kathel l'ont aimé, Attila l'a adoré. 

Publié chez Seuil le 17 août 2017. 198 pages. 

A conseiller aux amateurs de romans d'apprentissage ou fraternels.
Merci à Babelio

mardi 17 octobre 2017

L'art de perdre d'Alice Zeniter

Ce qui est écrit nous est étranger et le bonheur nous tombe dessus ou nous fuit sans que l'on sache comment ni pourquoi, on ne saura jamais, autant chercher les racines du brouillard. 

Ali vit très bien dans son Algérie natale. L'exploitation qu'il possède avec ses frères a considérablement grandi, les mettant à l'abri du besoin. Il n'y a aucune raison pour que cette situation change sauf que nous sommes au début des années soixante et qu'Ali va devenir un harki et connaître les camps de transit français, avant de tenter de trouver sa place dans une France qui ne veut ni de lui, ni de sa famille. Deux générations plus tard, sa petite-fille Naïma part sur les traces de ses origines, elle qui ne se sent pas algérienne pour deux sous. 

J'aime beaucoup ce qui se dégage d'Alice Zeniter, son charisme, son intelligence. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu lire ce roman, même si j'avais été déçue par le précédent et que Sombre Dimanche ne m'avait convaincue que dans sa première moitié. Je comprends que le thème de celui-ci soulève l'enthousiasme général, les romans sur les harkis et leurs descendants n'étant sans doute pas légion mais j'avoue ne pas avoir appris grand chose, ce qui ne serait pas un problème pour moi si la plume m'avait emportée. Ce ne fut pas le cas. Ce ne fut pas une lecture déplaisante mais j'en attendais sans doute trop, au vu de sa présence dans un grand nombre de listes de prix. Par contre, je suis ravie qu'il figure sur la liste du Goncourt parce que cela signifie qu'un certain nombre de lycéens vont le lire et découvrir l'histoire des harkis. J'ai malgré tout beaucoup aimé la fin, lorsque Naïma se rend en Algérie.
On a affirmé à ces hommes, enrôlés de force, complices parfois sans le savoir d'une guerre qui ne disait pas son nom, qu'ils étaient français. Depuis, ils ont perdu l'Algérie. Et on leur demande maintenant s'ils ne veulent pas - par hasard- renoncer à la France. Ils ne voient pas ce que ça leur laisserait. Tout le monde a besoin d'un pays. 
Une phrase de ce roman m'a fait bondir tant je suis en désaccord avec l'idée:
Les gens que l'on prend pour des salauds, souvent, sont des timides qui n'osent pas demander qu'on recommence à zéro. 

Un grand merci à Marjorie pour ce cadeau et pour la journée qui vînt avec. 
A conseiller à ceux qui aiment les sagas familiales. 
Prix Le Monde 2017. Flammarion- 510 pages- Sortie: août 2017

dimanche 15 octobre 2017

Relecture et transmission

Nous lisons toutes et tous tant de livres que nous relisons peu, enfin je le suppose pour vous; pour moi, c'est un fait. A force d'enchaîner des romans de cette rentrée qui ne me plaisaient pas (et dont les chroniques suivront ce billet), j'ai eu envie de revenir aux valeurs sûres et de relire un coup de cœur. Mon envie s'est portée sur Amours, lu (ou plutôt écouté) il y a un peu plus de deux ans, parce que j'avais envie de transmettre à mon tour cette histoire qui m'avait été transmise et que je voulais vérifier ce que la lectrice à qui j'allais le confier pourrait bien y lire. C'était la première fois, je m'en rends compte en écrivant ces lignes, que je lisais un livre après l'avoir découvert oralement. Je me demande si ma lecture ne m'a pas davantage émue, pas émue aux larmes, mais émue devant la beauté du texte et de l'histoire. Ce fut donc une relecture qui m'a fait aimer encore davantage ce roman et je le referme avec l'espoir que la lectrice à qui je le transmets l'aime autant que moi. Il est des livres, pas tous, mais certains, qu'on transmet et d'autres qu'on prête; pour moi, il y a une nuance. 
Je ne relis donc presque jamais, sauf quand je reçois un livre audio d'un roman que j'ai lu en version papier et là, il est plus fréquent que je sois plus enthousiaste sur la version audio que l'inverse. Ce fut le cas pour mon écoute de Gatsby, d'Au revoir là-haut, pourtant déjà beaucoup appréciés en version papier et de Certains n'avaient jamais vu la mer, que j'avais beaucoup moins aimé en version papier. Il y a aussi ces livres que j'ai adorés ado, Les Mémoires d'Hadrien et La nuit des temps, relus adultes et dont la relecture m'ont causé une immense déception, on ne devrait peut-être jamais relire nos coups de cœur d'adolescents. Et puis, il y a le roman que j'ai le plus relu et qui ne me déçoit jamais, La Peste
Cette parenthèse de relecture m'a donné envie de le faire plus souvent.  Et vous, relisez-vous et transmettez-vous?

Et sinon, rien à voir, mais la Terre tourne quand-même à l'envers en ce moment. Nous sommes en rupture de stock de beurre dans l'Eure (merci à mon invitée du jour pour l'info- visiblement, c'est en Bretagne que ça a commencé) et aujourd'hui, j'étrenne la robe d'été achetée sur un coup de tête mi-septembre et que je ne comptais pas mettre avant le printemps prochain. 

jeudi 12 octobre 2017

Point Cardinal de Léonor de Récondo

Sur un parking, Mathilda se démaquille avec précaution. Dans quelques instants, elle va redevenir Laurent, lui rendre sa place pour qu'il regagne sa famille: sa femme Solange et ses enfants, Thomas et Claire. Mais Mathilda prend de plus en plus de place. Quand Solange part un week-end entier accompagné des enfants, Mathilda prend pour la première fois ses aises dans la maison familiale. A son retour, Solange découvre une épingle et un cheveu blond sous le lit conjugal. Laurent peut enfin s'alléger de son secret. 

Après mon coup de cœur pour Amours (que je viens de relire), j'avais évidemment envie de lire ce roman-ci même si, au début, le thème ultra à la mode de la transsexualité m'a un peu rebutée. Ce roman n'a pas la force du premier, ni d'ailleurs son écriture un peu à l'ancienne, comme il seyait à l'ambiance de ce précédent roman. Mais c'est un joli roman. On suit pas à pas la transformation de ce père de famille en femme, ainsi que les réactions de ses collègues, de ses supérieurs et surtout bien sûr, de sa famille. Pas de surprise, ce sont les femmes qui réagissent le mieux. Ce qui est surprenant et intéressant aussi, même si j'aurais aimé que ce soit davantage développé, c'est le chemin que va alors suivre Solange. Au final, Laurent ne sera évidemment pas le seul à évoluer. Léonor de Récondo évite l'écueil d'en faire trop. J'ai trouvé qu'elle n'en faisait pas tout à fait assez, même si certains (rares) passages sont touchants. 
Jostein est dubitative (et m'a donné envie de voir Lawrence anyways de Dolan). Pour Leiloona, c'est un hymne au courage. C'est un coup de cœur pour Laeti. Corentine n'est pas très enthousiaste. 

Ed. Sabine Wespieser, 232 p., 20 € (en librairies le 24 août).

Merci à Laure pour ce cadeau d'anniversaire surprise.
A conseiller à tous ceux qui aiment les romans prônant la tolérance. 

mardi 10 octobre 2017

Danser d'Astrid Eliard


Quand j'étais au collège, je regardais les autres ne pas me regarder.

Chine, Delphine et Stéphane entrent cette année-là à l'école de danse de Paris-Nanterre. Ils veulent devenir danseurs étoiles et quittent donc leur cocon familial et leurs amis pour se découvrir une nouvelle famille. Ils tissent des liens entre eux mais aussi avec leurs enseignants et l'infirmière pendant que se détendent ceux avec leurs anciens camarades de classe dans lesquels ils ne se reconnaissent plus du tout. 

J'avais entendu Astrid Eliard parler de ce roman lors du festival Epoques de Caen et j'avais beaucoup aimé sa manière de parler de la danse, qu'elle a, et ça se sent, pratiqué. Le hasard m'a d'ailleurs fait la recroiser un peu plus tard sur un marché de province. J'ai pris un vrai plaisir à passer un peu de temps en compagnie de ces trois ados. Je retrouvais mes lycéens au moment où je le lisais et j'étais tellement contente de les retrouver après mon année de congé de formation que de suivre des ados de l'intérieur correspondait parfaitement à mon humeur du moment. J'ai sans doute plus vu ce roman comme une chronique de l'adolescence que comme un roman sur des danseurs, même si ces ados sont en marge des autres, avec leurs caractères et leurs physiques différents. Je les ai trouvés attachants, comme je trouve souvent les ados que j'ai devant moi attachants. Astrid Eliard les croque avec une tendresse qui me plait. Je regrette que ce roman n'ait pas été davantage remarqué à sa sortie et je vais le conseiller à mon élève dont le rêve est de devenir danseur. 


Publié en février 2016 au Mercure de France et en mai 2017 en Folio. Nadège et Alex ont aimé. 

Merci à mon CDI qui venait de recevoir ce roman. 
A conseiller à ceux qui aiment l'univers adolescent et bien sûr, à ceux qui ont rêvé de devenir danseuse (j'ai personnellement abandonné mon tutu au bout de quelques mois). 

dimanche 8 octobre 2017

Mon spectacle du mois: La perruche d'Audrey Schebat (théâtre)

A l'occasion de cette rentrée, je m'étais promis de me faire un spectacle par mois et ça tombe bien car plusieurs amies, sans se concerter, ont décidé de m'offrir des places pour des spectacles très différents. Celui-ci, c'est moi qui l'ai repéré surtout parce qu'il est joué par Arié El Maleh, que j'avais découvert sur scène dans une pièce avec Virginie Ledoyen. Il arrive, comme cette fois-là qu'on choisisse un spectacle pour l'un des deux artistes (Virginie Ledoyen fait partie de ces femmes que j'ai trouvées très belles) mais qu'en fait, ce soit l'autre acteur qui emporte notre adhésion. Ce fut le cas ce soir-là. 
Un couple attend un autre couple d'amis pour le dîner mais David, qui est aussi l'associé de l'hôte, les appelle: ils viennent d'être cambriolés, il ne pourra pas venir. Il leur demande de prévenir Catherine qui devait passer directement chez eux. Mais Catherine ne vient pas et ne rentre pas non plus chez elle. Il devient vite évident qu'elle a quitté David, puisque toutes les affaires soit-disant volées lui appartiennent. C'est le moment que choisit la femme pour régler ses comptes. 
Arié El Maleh et Barbara Shultz, les deux seuls acteurs de la pièce, la portent très bien même si je trouve que Barbara Shultz surjoue parfois un peu. Je n'avais pas revu l'actrice depuis l'un des feuilletons de TF1 que j'ai dû regarder il y a vingt ans et force est de constater qu'elle a bien vieilli. Sous ses dehors de grande comédie vaudevillesque, avec le thème cliché du mari infidèle, les dialogues deviennent plus incisifs dans la deuxième moitié et ont souvent fait mouche sur la divorcée quadra que je suis, quand ils parlent de la place de la femme quadra seule dans la société. C'est donc une réussite. 

Distribution :   Barbara Schulz et Arié Elmaleh
Mise en scène : Audrey Schebat
Salle : Théâtre de Paris – Salle Réjane

Représentation :
  • Du mardi au samedi à 19h
  • matinée le dimanche à 17h
  • Merci à Marjorie qui a, et cela devient une habitude, accepté d'être ma partenaire de théâtre. 
  • A déconseiller aux couples en crise. 
  • Le mois prochain: L'une et l'autre avec La Grande Sophie et Delphine de Vigan 



jeudi 5 octobre 2017

Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin

Mais tandis que l'amour que Just lui portait requérait la présence, elle, au contraire, avait atteint ce degré de certitude où l'on peut conserver le sentiment intact et même le renforcer tout en allant et venant. 

Just et Colombe sont deux jeunes adolescents à qui l'on donne l'espoir de retrouver leur père s'ils embarquent pour le Brésil. Pour cela, il leur faudra prétendre être plus jeune que leur âge et Colombe se travestira en garçon. Là-bas, leurs chemins vont se séparer. Quand Just embrassera la cause des catholiques, Colombe se sentira mieux en se débarrassant de ses vêtements et en vivant parmi les autochtones. 

C'est la première fois que je lisais Rufin alors que ça fait des années que je me dis qu'il faut que je découvre sa plume. Si j'ai été embarquée dans cette histoire de colonisation, il m'a justement manqué une plume, ou plutôt un peu d'originalité dans l'écriture. Cette histoire vraie m'aurait sans doute davantage plu sur grand écran, et j'imagine bien les décors grandioses. J'ai aussi eu un peu de mal avec l'histoire d'amour que j'ai trouvé mièvre (alors que le thème qui est lié à cette histoire est sulfureux), avec des passages comme: 
Elle s'écarta légèrement et sa bouche entrouverte s'offrirent aux lèvres de Just qui la saisirent. Toute leur vie, la nuit brésilienne et la peur vaincue s'engloutirent dans cette longue réunion de leurs visages, dans la douceur incomparable de cette intimité de chair qui annule et couronne l'amour en lui donnant non plus deux corps mais un seul. 

Ce que j'ai de très loin préféré, c'est la découverte de la vie avec les indiens par Colombe qui est d'ailleurs mon personnage préféré: 
Les femmes l'initièrent à des rudiments de conversation qui lui furent assez vite familiers. Mais combien plus difficile était la grammaire des corps.

Prix Goncourt 2001. 602 pages en Folio. 

Merci à la cabane à livres de la piscine et à Delphine qui m'avait conseillé ce livre.
A conseiller aux amateurs d'épopées au long cours. 


mardi 3 octobre 2017

Par amour de Valérie Tong Cuong

Emélie et Muguette sont sœurs, toutes deux mariées avec deux enfants, un garçon et une fille, le garçon étant à chaque fois l'aîné. Elles vont vivre l'enfer de la seconde guerre mondiale, un enfer un peu particulier quand on habite au Havre, l'une des villes les plus cruellement touchées par les bombardements alliés. 

Depuis L'atelier des miracles, je ne lisais que du bien de cet auteure et pourtant, je freinais des quatre fers, persuadée que ses romans n'étaient pas pour moi. C'est en faisant fi de ces premières impressions  que j'ai eu deux coups de cœur de rentrée (enfin, pour être honnête, disons plutôt que j'étais vraiment obligée de les lire) donc je me suis dit que ça valait peut-être la peine d'aller contre mon intuition. J'avais envie de l'aimer, ce roman parce que mes copains/ copines de blogs l'avaient souvent adoré et c'est pour eux que je vais essayer de refréner mon agacement. Je n'ai vraiment pas aimé ce roman, sauf sans doute, sa fin. Ça a commencé par la description de l'amour entre Emélie et Joffre que j'ai trouvé niaise. Puis, il y a des situations auxquelles je n'ai pas cru un seul instant dans leur couple; d'ailleurs, je n'ai pas cru à ce couple. J'ai trouvé certains clivages caricaturaux et je n'ai rien ressenti pour les personnages, trop lisses. Et franchement, le pompon, ce fut le personnage d'Emélie. Sa manière d'être toujours agitée par des sentiments contradictoires m'a agacée. J'avoue tout de même avoir versé une petite larme lorsque Emélie et sa fille regardent la télé (je tente d'expliquer à ceux qui l'ont lu ce qui m'a émue sans déflorer l'intrigue) mais je n'ai pas été émue par le reste. Et puis, à part pour la fin, on sent quand-même venir certains retournements de situation à des kilomètres. Moi qui n'ai pas adoré le roman que Valentine Goby a consacré aux tuberculeux, j'ai trouvé qu'elle nous décrivait beaucoup mieux leur quotidien. Malgré tout, ce que j'ai préféré, ce sont les voix de Muguette et surtout de ses enfants. Et la révélation finale de Marline.
J'espère que vous apprécierez, amis blogueurs qui avez aimé, que dis-je, adoré ce roman, l'effort que j'ai fait pour ne pas trop en dire du mal. En plus, je vais avouer que la voix d'Emilie Vidal-Subias passe très bien quand elle lit la partie consacrée à Lucie mais m'a déplu quand elle lit les passages d'Emélie. 
C'est un bijou pour Noukette. Les avis de BénédicteCarolineEimelle, EirenamgLéa Touch Book MeellyMylèneSéverineStephie Virginie et Leiloona (que je sens quand-même un peu moins enthousiaste que les autres). 
Mais dis donc, Mind The Gap, tu n'as pas chroniqué ce roman de ta chouchoute?

Publié en janvier 2017 chez Lattès. 
Date de parution : 05 Juillet 2017 chez Audiolib.

Merci à Audiolib.
A conseiller à tout le monde à part moi visiblement (mais franchement, il y a quand-même un autre lecteur qui n'a pas aimé, non?).




dimanche 1 octobre 2017

Mes films de septembre: Seven sisters / Otez-moi d'un doute

De ce mois de septembre, je retiens surtout Seven Sisters de Tommy Wirkola. Nous sommes en 2073 et la politique de restriction des naissances n'autorise qu'un enfant par famille. Quand Terrence Settman découvre que sa fille, morte en couches et avec qui il était fâché, laisse sept bébés à sa charge, il lui faut être ingénieux pour les préserver toutes. Lorsque vient le moment d'aller à l'école, il leur apprend qu'elles sortiront toutes un jour par semaine, sous couvert de la même identité, Karen Settman. Devenues adultes, Lundi disparaît et c'est toute une machine bien huilée qui se bloque. 
Je me suis complètement laissée prendre par l'univers de ce film et tous ceux autour de moi qui l'ont vu l'ont aussi beaucoup aimé. Les acteurs sont tous excellents, de Glenn Close à William Defoe (dont je suis pourtant loin d'être une fervente admiratrice), les performances des deux actrices qui jouent les sept sœurs sont assez époustouflantes, que ce soit Noomi Rapace qui la joue adulte (mais depuis qu'elle a interprété Lizbeth Salander, on connait son talent) ou Clara Read qui la joue enfant. Une bonne surprise pour moi donc. 
Sortie: 30 août 2017



Je ne serais pas allée voir Ôtez-moi d'un doute  de Carine Tardieu si une amie ne m'en avait pas dit du bien. Erwan est démineur en Bretagne. Veuf, il vit avec sa fille qui attend un enfant d'un homme dont elle prétend avoir été trop ivre pour se souvenir de son identité. En voulant vérifier si sa fille n'est pas porteuse d'une maladie présente dans la famille de son père,  Erwan apprend par un test ADN que celui qui l'a élevé n'est pas son père biologique. S'ensuit donc deux histoires tissées sur le même thème. J'ai passé un moment agréable avec ce film, François Damiens sait rendre ces personnages de pères attachants, il nous l'avait déjà prouvé avec Les Cowboys. Et je crois que je suis en train de me réconcilier avec Cécile de France, que je n'aimais pas mais qui ne me déçoit plus depuis La belle saison (que j'ai d'ailleurs envie de revoir). Il ne faut pas attendre trop de cette comédie très prévisible mais on y rit et on y pleure. J'ai particulièrement apprécié la jeune Alice de Lencquestaing, repéré dans Frantz d'Ozon. 
Sortie: le 6 septembre 2017. 

                                           
Merci à mon inlassable compagne de cinéma du dimanche. 
Au programme du mois prochain: Detroit et Knock (c'est le programme minimum, celui pour lequel j'ai déjà mes places)




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... leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur définition devenue unique mais innommable faute d'...