vendredi 24 mars 2017

Je vous laisse pendant un petit mois. Ne faites pas trop de bêtises pendant mon absence. Rien de grave, je vous rassure, je n'ai juste pas le temps de venir arroser mon blog pendant quelques semaines. 

jeudi 23 mars 2017

Les figures de l'ombre de Théodore Melfi

Katherine Gobble, Mary Jackson et Dorothy Vaughan sont trois amies afro-américaines travaillant à la NASA. Ambitieuses et pétries de talent, chacune a un rêve et va tout faire pour y parvenir. Katherine est une mathématicienne qui doit se faire sa place dans une équipe presque exclusivement blanche et masculine pour permettre au premier américain d'aller dans l'espace. Mary Jackson souhaite devenir ingénieur alors que l'université qui leur permettrait d'obtenir ce titre est réservéE aux blancs. Quant à Dorothy, elle souhaite qu'on lui attribue officiellement le titre et la paie de superviseuse puisque tel est le rôle qu'on lui fait tenir. Sa rencontre avec le premier ordinateur va lui permettre d'obtenir ce qu'elle souhaite. 
Ce film basé sur des faits réels n'est pas révolutionnaire, il est même plein de bons sentiments mais de bons sentiments tels qu'on les aime, de ceux qui nous font sortir de la salle de bonne humeur parce que ça finit bien qu'on a suivi des femmes drôles et déterminées et qu'en plus, on n'a pas été agacé par le fait que Kevin Costner passait son temps à mettre un chewing-gum dans sa bouche (oui, parce que ce n'est pas tant qu'il mâche le chewing-gum, c'est vraiment qu'il en met toujours un nouveau dans la bouche) tellement on est contente de le revoir.  On pourra au choix verser une larme pendant une demande en mariage ou pendant le triomphe de Katherine (dans ces cas-là, personnellement, je ne choisis, je ne suis pas économe avec mes larmes de cinéma). On y retrouve deux acteurs qu'on a eu plaisir à voir dans Moonlight. Un film que je vous conseille parce que les années 60, c'est chouette côté vêtements féminins et parce que ce film donne la pêche, malgré quelques défauts. Et puis, si, comme moi, vous n'êtes par fan de Kirsten Durst (sauf bien sûr dans le film culte The eternal sunshine of the spotless mind), vous pourrez sortir en disant: "Elle a pris cher, Kisten, quand-même!" (à dire plutôt à la fin d'une séance entre filles pour faire les langues de vipère). 
avec:Taraji P. Henson Katherine Johnson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner et Kirsten Dunst. 

Sorti le 8 mars 2017. 2h08 qu'on ne voit pas passer. Electra a aimé. 

Merci à celle qui répond toujours présente à ces rendez-vous cinéma dominicaux.
A conseiller à ceux qui veulent entendre Dance avec les loups prononcer cette phrase culte: "D'ici à la NASA, la pisse est de la même couleur". Saluons d'ailleurs la performance du réalisateur qui parvient à faire  une grande scène à partir d'une scène de toilettes! 


mardi 21 mars 2017

Help!

Mon amie dans la vraie vie, Hélène, se lance dans une belle aventure en famille. S'il y a parmi vous des sponsors éventuels (on peut toujours rêver) qui ont envie de contribuer à ce beau projet, vous pouvez la/me contacter. D'avance, merci. 


dimanche 19 mars 2017

Mörk de Ragnar Jónasson

A Siglufjördur où Ari travaille en tant que policier, la vie est normalement un long fleuve tranquille (mais gelé sans doute). Quand le collègue d'Ari est découvert assassiné, c'est évidemment toute la petite ville qui est en émoi. On apprend que l'endroit dans lequel il fut assassiné est un repaire de dealers. Mais qui est donc mêlé à ce meurtre: le dealer, cousin de Tomas, policier lui aussi, le maire de la ville, son assistante qui ne semble penser qu'à séduire son patron ou la famille du mort qui semble prendre ce décès avec trop de calme? 
J'avais lu le premier roman de l'auteur,Snjór et je n'avais pas été enthousiaste. Celui-ci me semble être de la même veine mais avec tout de même un peu plus de réussite concernant le suspense. L'auteur utilise la double temporalité et l'insertion d'un carnet dont on ne connaît pas l'auteur. Je l'ai trouvé lent, ce qui n'est pas toujours pour me déplaire quand il y a une réelle ambiance mais je ne trouve pas que ce soit vraiment le cas ici. Ceux qui avait aimé Snjór trouveront ce roman à leur goût. Il a d'ailleurs a été élu « Meilleur polar de l’année 2016 » selon le SundayExpress et le Daily Express, et a reçu le Dead Good Reader Award en Angleterre.

Publié le 9 mars aux éditions de La Martinière- 336 pages

Merci aux éditions de La Martinière.
A conseiller aux amateurs de polars venus du nord.

jeudi 16 mars 2017

Valet de Pique de Joyce Carol Oates

Andrew J.Rush écrit des polars bien ficelés qui connaissent un certain succès. Marié et père de famille,  son existence semble sans aspérité. Ce que personne ne sait, c'est qu'il écrit des romans plus pervers sous le nom de plume du Valet de Pique. Or, deux éléments viennent faire chanceler la base solide que semble constituer sa vie: sa fille lit un roman du Valet de Pique et est déstabilisée de retrouver des éléments de sa vie dans ce roman et une voisine extravagante va porter plainte contre Andrew pour plagiat. Andrew va alors commencer à se comporter de manière tout à fait déraisonnable.

Je n'ai pas lu tout Joyce Carol Oates, loin s'en faut mais il me semble n'avoir jamais rien lu d'elle qui se rapproche de ce roman-ci. Cet auteur qui devient incontrôlable, et qui n'arrive pas à se reprendre en main passe du personnage de farce à celui de roman noir et ce roman semble être un hommage à l'univers de Stephen King, très souvent mentionné. Il peut rappeler Misery sauf que c'est ici l'auteur qui sombre dans la folie. J'ai en fait vu ce roman comme un exercice de style, une manière pour Joyce Carol Oates d'écrire à la manière de..., sauf que n'est pas Stephen King qui veut. Vous le comprendrez, je ne suis pas franchement emballée mais j'ai trouvé le changement de style intéressant. C'est bien sûr, toujours très noir mais avec peut-être (en tout cas, c'est ainsi que je l'ai perçu) une pointe d'humour. Je tiens à préciser que je ne suis pas une inconditionnelle de l'auteure qui sait me charmer (Ma soeur, mon amour) ou me décevoir. Je placerais ce roman au milieu. La fin a laissé Keisha dubitative. 

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Seban- Publié le 3 mars chez Philippe Rey. 224 p. 

Merci aux éditions  Philippe Rey
A conseiller aux amateurs de Stephen King que cet hommage appuyé amusera. 


mardi 14 mars 2017

M. et Mme Aderlman de Nicolas Bedos

Sarah accepte de parler à un tout jeune journaliste le jour même de l'enterrement de son mari, Victor, avec qui elle a passé 45 ans d'une vie tumultueuse. Quand elle le rencontre, c'est le coup de foudre, pour elle en tout cas. Il tente de se faire publier, en vain. Elle n'hésite pas, forte de ses études de lettres, à annoter son manuscrit. Il est agacée par cette fille trop grande, trop intelligente et pas franchement belle, il faut l'avouer. Mais le destin la remet sur sa route, ou plutôt la ténacité de Sarah ne d'effrite pas et la chenille se transforme en papillon. Ils finissent par tomber dans les bras l'un de l'autre, même si pour en arriver là, Sarah aura été obligée de faire quelques sacrifices. Alors que la carrière de Victor va décoller, Sarah restera dans l'ombre et devra s'accommoder des humeurs et des absences de son écrivain de mari, quelque peu égocentrique. 
Alors, je vous en prie, ne faites pas comme la plupart de ceux à qui je parle du film, ne fuyez pas à la seule mention du réalisateur/ acteur, Nicolas Bedos. Je ne me rendais pas compte de l'antipathie que les gens éprouvent pour cet homme qui peut, c'est vrai, avoir un côté tête à claques. Mais pour moi, ce film est une pépite, à la fois drôle, tendre, émouvante et parfois terriblement politiquement incorrecte (j'ai presque eu honte de rire du traitement qu'il fait des enfants, mais c'est très rafraîchissant d'oser ça) et Nicolas Bedos fait preuve de trop d'autodérision pour qu'il soit vraiment ce que vous pensez qu'il est. Le casting est composé de pointures de tous bords: Jack Lang, Pierre Arditi, Denis Podalydès, Zabou Breitman et bien sûr, Nicolas Bedos et  Dora Tillier, tous les deux auteurs du script.  L'ex Miss-météo est resplendissante. Evidemment, ce film est aussi intéressant pour le regard qu'il porte sur l'écrivain que sur la couple et peu importe s'il enfile sans doute quelques clichés. 

Sorti le 8 mars 2017- 2h00 qu'on ne voit absolument pas passer. Un film boudé par les médias comme Télérama, Les Inrocks  ou Le Monde mais adoré par tous ceux qui m'en parlent.

A conseiller aux cœurs sensibles qui aiment l'humour grinçant.
Merci à la gazelle qui, parce qu'elle avait émis le souhait de voir ce film qui ne me tentait pas au début, m'a incitée à choisir cette séance pour commencer notre session spéciale ciné+ running. 






dimanche 12 mars 2017

Le dimanche des mères de Graham Swift

C'est un dimanche de mars 1924. Il fait étonnamment beau pour la saison et Jane pourrait profiter de sa journée de liberté pour aller faire un peu de bicyclette ou pour lire dans le jardin pendant que ses maîtres vont déjeuner chez des voisins. Mais l'amant de Jane bouscule ses plans et l'invite à venir chez lui pour la première fois, ses parents s'absentant pour le déjeuner. Ils s'aiment (physiquement parce que les mots d'amour n'ont pas leur place dans cette relation) depuis sept ans et Jane le sait, c'est leur dernière fois puisqu'il va se marier et quitter la région. Ils font l'amour et il lui laisse les clés de la maison, la laissant déambuler nue dans cette maison de maître. 
Je m'attendais à un roman sensuel après avoir en avoir lu le résumé. Or, ce n'est pas l'adjectif que j'utiliserais pour qualifier ce roman, contrairement à Amours de Léonor de Recondo à laquelle l'ambiance m'a fait penser. C'est surtout le poids des images qui importent: la scène où Jane regarde son amant s'habiller minutieusement alors qu'elle reste nue est à la fois sublime et symbolique et celle de la tache sur le drap devient l'image de cet amour qui doit disparaître. C'est un roman contemplatif, malgré le rebondissement, qui pourtant reste en nous bien après la lecture. Jane est un personnage féminin très intéressant. C'est un très beau roman pour Alex Mot à Mots. Pour Cathulu, c'est un indispensable. Quant à moi, je lui décerne le prix de la plus belle couverture de ce début d'année mais ce n'est, heureusement, pas son seul atout. 
Mothering Sunday. A romance, traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Marie-Odile Fortier-Masek, éd. Gallimard, 142 p., 14,50 €. Publié en janvier 2017.

Merci à l'émission La Dispute qui l'avait unanimement encensé. 
A conseiller aux amateurs de Downton Abbey et de Amours. 

jeudi 9 mars 2017

S'aimer de Cécile Roumiguière et un collectif d'illustrateurs

S'aimer, c'est l'histoire d'un couple "normal" qui se croise, se cherche, s'aime et vieillit ensemble, malgré des hauts et des bas. 
S'aimer, c'est un texte délicat et émouvant de Cécile Roumiguière, illustré par des illustrateurs très différents, ce qui nous donne un livre avec une colonne vertébrale qui est le texte et une variété de couleurs et de dessins.
S'aimer, c'est retrouver dans cette histoire simple sublimée par des phrases délicates, des  émotions. Il donnerait presque envie de (re)tomber amoureux. 
En équilibre sur cette idée de vie avec toi, j'ai eu cette envie folle qu'à deux, on pouvait peut-être changer le monde! Qu'on devrait essayer (illustration de Marielle Durand) . 























                                        
-On s'est aimé. On a porté ensemble nos rêves d'un monde plus juste.
-Pas sûr qu'on ait changé le cours des choses mais on a essayé (illustration de Carole Chaix) 
J'ai acheté cet album à la fin de la première représentation d'un spectacle présenté à Louviers (27) où Cécile Roumigiuère est en résidence et travaille avec des groupes scolaires. Pendant que Cécile lisait un très beau texte regroupant des personnages de ses albums précédents (que je n'ai pas lus), Carole Chaix dessinait sur une grande feuille blanche (cf. les deux illustrations de gauche) , toutes deux accompagnées en musique par Lucien Alfonso et Antoine Girard. Ce fut un très beau moment entrecoupé des exclamations d'enfants sur le talent d'illustratrice de Carole Chaix. Mon petit voisin, quand à lui, était fasciné par le violon et mimait ses mouvements dès qu'on entendait son son. J'espère que ce spectacle continuera sa route. Vous visualiserez mieux la scène ici.


Publié en novembre 2016 aux éditions A pas de loups. Cécile Roumiguière a écrit le texte après avoir reçu les illustrations, alors que l'ensemble coule tellement naturellement qu'on a l'impression du contraire. 

A conseiller pour un cadeau entre amoureux/ amoureuses.
Merci à Noukette et Jérôme. J'ai tout de suite su en lisant leurs billets que cet album était pour moi. 



mardi 7 mars 2017

Moonlight de Barry Jenkins

Chiron vit seul avec sa mère à Miami. Un beau jour, Juan le trouve enfermé dans une maison de dealers dans laquelle il s'est barricadé pour échapper à ceux qui le harcèlent. C'est le début d'une belle amitié entre cet enfant, ce dealer et sa compagne Teresa. La maison de Juan, puis l'appartement de Teresa permettent à Chiron de fuir son quotidien au côté d'une mère toxico et prostituée et d'oublier les harcèlements dont il fait l'objet à l'école. 
J'ai été étonnée que ce film ait obtenu l'Oscar du meilleur film, tant il ne ressemble pas aux films qui reçoivent cette distinction d'habitude. Je craignais le pathos, la sur-performance d'acteur; or ce film est tout en délicatesse, avec trois acteurs épatants dans le rôle de Chiron, j'ai aussi beaucoup aimé Mahershala Ali qui joue Juan. J'ai l'impression que le film évite les clichés, autant sur la communauté noire que sur l'homosexualité et il nous offre d'ailleurs une belle scène pudique mais non dénuée d'émotion. C'est un film qui évite aussi le manichéisme, les bons peuvent être dealers, les mère toxicomanes savent exprimer leurs regrets. 
Sorti le 1er février 2017. Il m'a fallu l'avis d'Attila pour me convaincre d'aller voir ce film oscarisé et il a sans doute fallu l'Oacr pour qu'il passe dans le cinéma près de chez moi en VO.

A conseiller à ceux qui aiment les films tout en finesse sur des sujets délicats.
Merci à N. et B. pour cette séance  dominicale. 




dimanche 5 mars 2017

Qu'il emporte mon secret de Sylvie Le Bihan

Je réalise aujourd'hui que l'amnésie complète, celle qui remet les compteurs à zéro, est un leurre. L'oubli n'est qu'un lapsus de mémoire, un couvercle, au mieux un pansement, tout sauf une protection, car mon passé est encore là, sous-jacent, stocké, fiché par un cerveau qui rit de mes errances. 

Hélène, la quarantaine bien tassée, est écrivain. De sa chambre d'hôtel dans laquelle elle passe la nuit qui précède un procès, elle écrit à Léo, son amant, écrivain lui aussi, rencontré lors d'un salon du livre. Incapable de s'engager dans une relation amoureuse à long terme, elle lui annonce qu'elle le quitte mais lui explique aussi ce qui l'a menée à cette impossibilité de s'engager: le viol subi quand elle avait seize ans. 
Commençons par ce que j'ai préféré dans ce roman, l'auteure a le sens de la formule et prend même quelques risques: 
Certains prennent goût à leurs souffrances, ils s'identifient à elles des peuples entiers sont ancrés dans la mémoire de leurs douleurs; certains ne vivent que grâce à elle, en en faisant leurs racines, ce qui les fédère, les exclut, leur unique raison de justifier une vie de colère. 
La narratrice de ce roman est un être qui a choisi la distance face à l'amour :
Mon coeur n'est qu'un organe que j'entretiens en courant, il bat sans doute trop vite par instants et l'idée qu'il s'emballe me terrifie, alors je préfère qu'il batte par colère ou par vengeance plutôt que par amour. 
ou encore
Alors que j'idéalise la notion de couple, je n'ai jamais supporté les liens, l'emprise du quotidien me fait si peur que je fuis avant que le ciment ne sèche. 
La rencontre entre cette narratrice et moi-même ne pouvait cependant pas se faire car  je ne pouvais pas ressentir d'empathie pour cette femme qui quitte les hommes par peur de s'engager. Je vais même avouer que j'ai rarement trouvé une narratrice aussi antipathique. Et je l'écris un peu honteuse car j'ai depuis lu plusieurs interviews de cette auteure qui a été victime d'un viol à 17 ans et qui a su me toucher. Mais je me dois d'être honnête par rapport à mes impressions de lecture. J'ai par contre été très émue par son interview sur Elle.fr qui contrairement au roman, n'est pas dénué d'espoir. Elle prouve que cette peur de l'engagement peut être surmontée si on finit par tomber sur la bonne personne. Je dois cependant admettre que le retournement final, vraiment inattendu, est très réussi. Tiben a été émue, il n'a pas laissé Leiloona indifférente. Décidément, les corps de femmes nus sont à la mode en cette rentrée de janvier et je trouve ces couvertures très réussies. 

Date de parution 12/01/2017 chez Seuil
224 pages

A conseiller à celles qui aiment les narratrices froides et cabossées. 

jeudi 2 mars 2017

Au commencement du septième jour de Luc Lang

Ça flotte entre eux, ça devient lâche, moins immédiat, le regard s'effrite, se dilue dans une zone invisible à l'autre, ils sont comme démagnétisés, ils dérivent, chacun emporté dans l'irrépressible courant de sa vie professionnelle, sans plus de force pour se baigner ensemble dans la même rivière, devenant béants l'un face à l'autre. 

Thomas attend sa femme, Camille,  pour fêter leur anniversaire de mariage. Elle l'appelle pour lui dire qu'elle n'arrivera que le lendemain. Il s'inquiète un peu, ça fait plusieurs vendredis qu'elle trouve des prétextes pour rentrer le samedi, alors que son travail l'oblige déjà à s'absenter de la maison toute la semaine. Dans la nuit, il reçoit un appel lui annonçant que sa femme est à l'hôpital de Bolbec, en Normandie. Il s'y rend sur le champ, pour découvrir qu'elle a été transportée à Rouen, à cause de la gravité de ses blessures. Le voilà donc reparti sur les routes et c'est le début d'un long périple en Normandie pour tenter de comprendre ce que sa femme faisait à trois heures du matin sur une petite route de campagne qui ne mène pas à Paris et comment elle a pu perdre le contrôle de son véhicule alors qu'elle était seule sur cette ligne droite. 

Ouch! Parler de ce roman foisonnant va être très ardu parce qu'il est parfois des romans qu'on lit avec ses tripes, qui ont tout à voir avec l'affect et pas avec les raisons qui font que nous aimons, d'habitude, la littérature. Précisons d'abord que je n'avais pas autant pleuré pendant une lecture depuis D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère. Mais heureusement, on ne compte pas la réussite d'un roman à la quantité de larmes versées. Ce roman se divise en fait en trois parties reliées par l'histoire de Thomas, qui me semblent distinctes mais qui tracent un parcours. La première partie m'a bouleversée. Elle traite de l'incompréhension face à un être qu'on a aimé et qu'on ne reconnaît plus, qui a caché un pan entier de son passé et du manque car Camille est d'abord murée dans son coma, puis dans le silence. Luc Lang s'approche au plus près de la réalité, ne donnant pas les réponses que la vie, souvent, n'apporte pas. Thomas est un être profondément seul, qui vit le nez dans sa carrière, une carrière dont le tracé est profondément modifié après l'accident de sa femme, car accident ou pas, il faut du rendement. Je suppose qu'on peut le trouver antipathique, je l'ai trouvé touchant; j'ai compatis à sa douleur et à sa solitude, une solitude qui est peut dictée par des événements qu'on lui a cachés dans son enfance, et dont le lecteur comprend assez vite la teneur. La second partie se centre sur la relation entre Thomas et son frère Jean qui vit dans les montagnes, à l'opposé de Thomas. Jean, emmuré dans son secret, comme le fut Camille, et dans ses accès de tétanie, Jean qui ne supporte pas d'être dans la même pièce que sa mère. C'est aussi ce qui m'a rendu Thomas sympathique, le fait que personne ne lui a fait suffisamment confiance pour partager avec lui leur fardeau. C'est pour moi le fondement de sa solitude.  La troisième partie se passe en Afrique, où Thomas part retrouver sa sœur Pauline  qu'il n'a pas vue depuis très longtemps puisqu'elle refuse de rentrer en France. Ce roman n'est pas sans défauts: je n'ai pas compris l'absence de points à la fin de certaines phrases, il est plein de bons sentiments puisque Thomas marche vers la rédemption et il a recours à un secret qui devient de moins en moins secret pour le lecteur tant ce genre de secret est rabattu. Quand j'ai refermé ce roman, je ne savais pas si je l'avais aimé. Je ne suis pas sûre de le savoir trois semaines après ma lecture mais les personnages ne me lâchent pas et je n'ai pas encore l'impression d'avoir quitté le texte. C'est peut-être un peu trop foisonnant et la troisième partie n'est pas à la hauteur du reste mais ce dont je suis sûre, c'est que je tiens là mon roman préféré pour le Grand Prix des Lectrices de Elle, sauf si le dernier roman en lice est une excellente surprise. C'était un coup de cœur pour Joëlle (j'ai hésité à en faire un coup de cœur, mais je crois que la lecture a été trop douloureuse pour que ça le soit vraiment).
Publié chez Stock en août 2016- 526 pages. 

Un grand merci au jury de mars du Prix des lectrices de Elle (j'avais repéré ce titre dans leur pré-sélection et j'espérais qu'elles le choisiraient).
A conseiller à ... me voilà bien embêtée. Ce roman ne plaira pas à tout le monde et je ne sais pas pourquoi, je le conseillerais plutôt à des femmes, ce qui en fait le roman idéal pour emporter le prix Elle.