jeudi 24 mai 2018

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Une seule chose était acquise, on pouvait encore  partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses. 

Sylvain Tesson, comme vous le savez sans doute, a été victime d'une chute qui l'a cloué au lit pendant un long moment, lui qui a toujours eu du mal à tenir en place. Il a ensuite décidé de traverser la France du sud au nord, sur ce qu'il nomme les chemins noirs. Hasard de mes lectures, c'est donc la seconde fois depuis le début de l'année que je lis le livre d'un auteur qui s'est décidé à parcourir la France. Hasard, vraiment ? Sans doute pas quand on sait que reprendre le chemin d'un GR me titille de plus en plus. 
La grande différence entre le livre d'Antoine Choplin et celui de Sylvain Tesson, auteur que je lisais pour la première fois, c'est que Tesson ne parle pas du tout d'écriture. Il lie surtout son périple à sa propre réhabilitation physique, que ce soit au niveau musculaire, en parlant de ses souffrances, de ce corps qui souffre mais qui semble finalement s'habituer à la marche qu'au niveau de son abstinence, rendue obligatoire par trop d'excès. 
On m'avait ramassé. J'étais revenu à la vie. Mort, je n'aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au Ciel. Cent milliards d'êtres humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo Sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu'on retrouve un proche dans la cohue d'une termitière éternelle encombrée d'angelots ?
Comme Choplin, il évoque les rencontres faites au hasard des chemins et on sent que ce sont des moments de partage importants, d'autant que Tesson vilipende les écrans et le terme d'hyper ruralité qui, chez les politiciens, est une insulte, un combat à mener. Sylvain Tesson rêve justement d'endroits oubliés par les ondes (bon, soyons honnête, c'est bien en rase campagne mais quand les enfants râlent parce que vraiment, on ne peut rien faire avec internet ici, ça fait moins rêver). L'alternance de marches solitaires et accompagnées permet de rythmer le récit et me fait réfléchir à une alternance identique parce que les discussions qu'il a avec des amis aux croyances différentes des siennes m'ont plu et que c'est aussi ce que j'aime dans la marche. J'ai moins aimé que le Choplin, sans doute justement parce qu'il ne parle pas d'écriture et que la plume est à mon avis, un cran en dessous mais j'ai aimé cette balade qui ne manque pas d'humour, d'autant qu'elle finit en Normandie. Normal, tous les chemins mènent ici, c'est bien connu !
Publié en septembre 2016 chez Gallimard. 

A conseiller à ceux que l'envie de marcher démange.  





mardi 22 mai 2018

Noces / L'été d'Albert Camus


L'espace et le silence pèsent d'un seul poids sur le cœur. Un brusque amour, une grande oeuvre, un acte décisif, une pensée qui transfigure, à certains donnent la même intolérable anxiété, doublée d'un attrait irrésistible. Délicieuse angoisse d'être, proximité exquise d'un danger dont nous ne connaissons pas le nom, vivre, alors, est-ce courir à sa perte ? A nouveau, sans répit, courons à notre perte. 

Vous l'avez compris si vous venez régulièrement ici, 2018 est à la fois mon année Duras et mon année Camus, étrange mélange d'une femme que je ne suis pas certaine de trouver sympathique, au moins dans la seconde moitié de sa vie  et d'un homme que j'admire profondément, pour ses idées et son courage à les défendre avant tout. Avant de me lancer dans le gros pavé qu'est sa correspondance avec Casares dans laquelle je serai plongée quand vous lirez ce billet,  j'ai choisi deux courts recueils. Je sortais d'un roman écrit par un poète et en entrant dans Noces à Tipasa, je me suis dit que pour moi, la vraie poésie était parfois dans les phrases d'auteurs qu'on ne qualifierait pas de poètes:
Ici même, je sais que jamais je ne m'approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-là dans celle-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres, depuis si longtemps, la terre et la mer. 
Comme dans Le premier homme, l'idée du bonheur est très présente, comme son amour pour sa terre d'origine qu'il n'idéalise cependant pas. 
Ce que j'aime chez Camus, ce sont ces phrases sur lesquelles je vais m'arrêter, ce sont aussi ces passages qui me feront réfléchir, un ou deux par livre, c'est déjà beaucoup, des passages qui vont me faire tourner autour d'une idée, que je vais ensuite m'approprier en la tordant pour tenter d'en saisir l'essence. De celui-ci, c'est la nécessité de refuser l'espoir pour atteindre le bonheur qui restera gravée en moi, doublement d'ailleurs puisque j'ai compris qu'on pouvait, en partant de cette même fondation, atteindre des leçons de vie complètement opposées. 
On vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes et des hommes, on les transforme. Il faut dix ans pour avoir une idée bien à soi - dont on puisse parler.
Je ne trouve pas ces recueils parfaits et j'ai nettement préféré Noces à L'été, mais j'y ai trouvé ce que je souhaitais y retrouver, un peu d'essence de Camus. 

Textes écrits entre 1936 et 1953. 

Merci à mon CDI.
A conseiller pour prendre un bain de soleil littéraire. J'ai presque eu envie de sortir ma crème solaire. 

dimanche 20 mai 2018

Mon spectacle du mois : Le pays lointain de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

Le pays Lointain est une réécriture de Juste la fin du monde, pièce qui fut d'abord un échec, puis  adaptée au cinéma par Xavier Dolan. Lagarce est désormais l'un des auteurs contemporains les plus joués en France. Même si j'avais plutôt aimé le film, je craignais que l'excès d'hystérie qui le caractérisait soit aussi présent dans la pièce, ce qui ne fut pas le cas. C'est dans une salle à moitié vide que nous avons passé ces 4h10 de spectacle, coupé par un entracte deux heures et demi après le début de la pièce. 
Louis a à peine quarante ans quand il revient dans sa ville qui n'en est pas tout à fait une, un endroit qu'on a forcément envie de quitter. Lui, d'ailleurs, est parti il y a longtemps, sans jamais revenir. Avant de mourir, Louis revient dans cet endroit et se retrouve confronté aux reproches et à l'amour de sa sœur et de son frère. La mère tente d'excuser celui qui est parti mais aussi d'expliquer la colère de ceux qui sont restés. Écrite peu de temps avant le décès de l'auteur, cette pièce m'a semblé inégale. J'ai profondément aimé la première partie, la manière dont Lagarce relie entre eux des personnes qui n'ont qu'un point commun, ils ont tous fait partie de la vie d'une même personne, j'aime cette idée de confronter la famille "subie" à la famille choisie, la dissection des conséquences pour les uns et les autres du départ d'un membre de la tribu, le travail sur la culpabilisation et l'auto-culpabilisation. Il y a une scène que j'ai particulièrement aimée car elle présentait un point de vue original, ai-je trouvé, c'est le souvenir qu'on laisse dans la tête des passants, comment un couple qui n'a en fait passé qu'une nuit et un court moment sous un parapluie peut toucher un conducteur qui ne les oubliera pas tout de suite. J'ai trouvé la mise en scène réussie, les décors esthétiques, les acteurs bons, certains très bons, comme Vincent Dissez qui joue Longue date (il y a d'ailleurs de très beaux passages sur l'amitié masculine et sur la difficulté pour les autres, la compagne ou le compagnon par exemple, de trouver sa place dans cet autre "couple"), Clémence Boué qui joue Hélène, la compagne de Longue Date et le jeune amant décédé joué par Louis Berthelémy. Je me suis par contre ennuyée après l'entracte, décrochant totalement jusqu à la tirade du frère, que j'attendais et qui m'a semblé trop longue et trouvant franchement ridicule cette idée de faire Louis se déshabiller sur scène (qu'est-ce que c'est que ce slip ?).  Ce n'est pas la nudité qui m'a gênée : voir Louis de dos, nu, face au très beau décor de fond, aurait été une bonne idée si on nous avait évité la scène du déshabillage.
Vu à l'Arsenal de Val de Reuil, vous pouvez encore le voir jusqu'en 2019, les dates sont ici. 

Merci à Celle qui a accepté mon idée de partager un spectacle de plus de 4h. 
A conseiller aux amateurs de questionnements intenses sur la famille. 



L'extrait de la pièce commence à 2mn 30. 




vendredi 18 mai 2018

Aurélien de Louis Aragon

Si on a regardé un homme jusqu'à ne plus voir en lui que ce qui le fait différent des autres, le particulier en lui, il est bouleversant de retrouver, avec d'autant plus de force qu'on l'oubliait déjà, que l'essentiel en lui, c'est ce qui ressemble aux autres. 

Aurélien vit de ses rentes, au milieu d'artistes parisiens. Des femmes, il connait les bras mais jamais il ne s'attache et elles ne semblent pas non plus s'attacher. Il semble être de ceux qui passent sans laisser de traces. Jusqu'à ce que ses pas croisent ceux de Bérénice Morel, jeune provinciale venue de R., mariée à un pharmacien. C'est loin d'être le coup de foudre mais une évidence finit par s'imposer à Aurélien, le voilà amoureux. De Bérénice ou de l'idée de l'amour ? C'est un peu, me semble--t'il tout le cœur de ce roman.
Avant de le lire, je m'en faisais une idée tout à fait fausse. Je croyais bêtement que c'était une histoire d'amour. Sans doute parce qu'il est écrit par un poète. Ce roman tel que je le lis, porte sur les regrets de ne pas vivre sa vie, quelle qu’elle soit. Bérénice, pour Aurélien, est un idéal, même si au début, il la trouve laide (ah le plaisir de lire cet incipit maintes fois entendu dans le regretté Les bonnes feuilles !). C'est l’idéal du sentiment amoureux et sans doute, plus tard, la nostalgie de sa jeunesse concentrée dans ce très court moment partagé avec Bérénice, qui est le lien entre Bérénice et Aurélien. En ça, c'est un roman réussi, difficile de ne pas y reconnaître une personne croisée au cours d'une vie, de celles qui font les petits (ou grands pour Aurélien et Bérénice) regrets d'une vie. Mais ils m'ont aussi agacés, ces deux-là, parce qu'au bout d'un moment de destins qui se croisent sans jamais se rencontrer vraiment, on a envie de leur dire que la vie, ce n'est pas ça.
Je suis contente d'avoir découvert ce classique malgré tout, même si j'ai été étonnée que le roman d'Aragon ne soit pas poétique, ni dans l'histoire, ni dans la plume, sauf peut-être par touches, comme dans ces pages sur la piscine:
L'autre fois, il était venu se jeter à cette eau tiède pour y fuir l'image de Bérénice mais il l'y avait retrouvée, attachante, imperdable. Il s'était abandonné à elle, vaincu. Bérénice, mêlée à la caresse de l'eau, à la souplesse de la nage, à cette intimité solitaire de son corps nu, à cette paresse jointe à l'effort, à toute la merveille de la rêverie et du mouvement. 
On donnera un carton rouge aux éditions Folio qui, dans la quatrième de couverture, consacre la moitié du résumé sur les quinze dernières pages ! J'ai par contre beaucoup aimé la préface signée Aragon lui-même, mais écrite plusieurs décennies après la publication du roman qui permet de comprendre qui étaient ses modèles et qui lui permet, et ça m'a fait sourire, de réconcilier le couple en général et celui qu'il formait avec Elsa avec la vision très noire qu'en présente ce roman. 

Publié en 1944 chez Gallimard. 696 pages. 

Merci à  Galéa qui, à force de répéter que ce roman l'avait marquée, m'a donné envie de le découvrir.
A conseiller à ceux qui rêvent leur vie. C'est un excellent antidote. 


mercredi 16 mai 2018

Bakhita de Véronique Olmi

On ne présente plus ce roman primé à la rentrée de septembre et que je n'avais aucune envie de lire. Bakhita est une histoire vraie, ce que je n'avais pas encore compris, celle d'une esclave enlevée au Soudan qui finit sa vie en Italie et fut canonisée. 
On me l'avait toujours présenté en me disant qu'il était une succession de malheurs, tous plus lourds à porter les uns les autres. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n'est pas du tout ce que j'en retiens. J'ai eu l'impression de suivre un parcours qui se découpe en deux grandes parties, la succession d'événements liés à sa condition d'esclave, puis sa vie une fois qu'elle entre dans un institut religieux, même si la deuxième partie est plus courte que la première. J'ai craint, au début, que Véronique Olmi ne mette son personnage dans toutes les situations possibles pour nous montrer ce qu'étaient les diverses conditions d'esclave en Afrique. C'était évidemment avant de découvrir que l'auteure n'inventait pas ce qui était arrivé. Mais au fur et à mesure de mes sorties, je me suis attachée à la voix de Véronique Olmi, à sa façon de nous raconter cette histoire tout en douceur. Peut-être d'ailleurs est-ce cette voix qui a gommé, pour moi, la noirceur du texte. Je suis presque persuadée qu'en version papier, j'aurais abandonné ce livre mais j'ai pris ici plaisir à retrouver l'histoire au fil de mes sorties footing. J'ai nettement préféré la seconde partie, pour sa critique de la société européenne mais aussi et surtout, pour le fait que si Bakhita trouve son salut dans la religion, elle est utilisée par les membres du clergé pour vanter les mérites de l'évangélisation de l'Afrique.

Date de parution : 
14 Mars 2018
- Durée : 13h11

Merci au Prix Audiolib 2018. 
A conseiller pour courir en écoutant un livre audio (il y a quelque chose dans le rythme qui s'est, pour moi, parfaitement accordé). 
  

dimanche 13 mai 2018

Quelques jours (fériés) à Lille

J'ai une tendance naturelle à aller vers le sud. Quand je choisis de me diriger vers le nord, à part vers  le Royaume-Uni, c'est souvent que l'idée ne vient pas de moi. Il est plus que probable que mes pas me conduiront régulièrement à Lille dans les années à venir et je suis bien contente d'avoir enfin pris le temps de découvrir la ville, après l'avoir traversée en coup de vent l'an dernier. Voici en quelques photos mes coups de cœur, mais aussi ces traditions lilloises qui ne sont pas pour moi : 
Statue de la paix de Nicolas Alquin, cathédrale Notre Dame de Treille, inaugurée le 20 avril 2018

le parc de la citadelle

le beffroi qui fut notre repère

les merveilleux de Fred, une institution bien trop crémeuse pour moi

le Welsh, bien trop lourd pour moi (mais pas pour tout le monde)

l'expo Séries TV au musée des Beaux-Arts reliant des extraits de série et des oeuvres (ici Twin Peaks et une copie anonyme de la Vénus de Milo)

L'amour piqué de Jean-Antoine-Marie Idrac (1876) : le pauvre Cupidon se fait piquer par une abeille tandis que son autre pied repose sur une rose

Lost in meditation de George Lacombe (1896) fut l'occasion d'expliquer à ma fille qui est Marie-Madeleine dans la religion catholique. 

Merci à celui qui, ayant décidé de passer quelques années dans cette ville qui lui plait beaucoup, m'a incitée à la découvrir.
A conseiller aux amateurs de villes vivantes. On notera tout de même qu'on est très souvent abordé pour diverses raisons (il m'a semblé que c'était bien plus fréquent que dans les villes que je connais).


vendredi 11 mai 2018

Ceux qui restent de Josep Busquet (texte) et Axel Xöul (dessin)

Ben disparaît un jour de sa chambre, ne laissant aucun indice derrière lui. Les médias s'intéressent à son cas, les parents sont entendus, plaints mais aussi, comme toujours, soupçonnés. Quelques mois plus tard, Ben réapparaît, persuadé de n'être parti que quelques jours. Il raconte les combats qu'il a dû mener contre les monstres, il est clair qu'il ne rêve qu'à un prochain départ. Deux membres de l'AEP prennent contact avec ses parents. Eux le savent, Ben va à nouveau disparaître et quand ce moment viendra, il faudra que les parents soient bien entourés. 
Moi qui n'aime pas le fantastique en littérature, cet aspect ne m'a pas dérangée. Parce que sous couvert d'une histoire invraisemblable, les auteurs abordent deux grands thèmes réalistes : le sort qui est fait aux parents de jeunes disparus et le syndrome de Peter Pan, cette envie de ne pas grandir qui dévore, il me semble que c'est le terme approprié, certaines personnes. Et le scénario est sur ce point réussi. Ce qui m'a dérangée, c'est la faiblesse des dialogues. Tentez de les lire à voir haute, parfois, ça sonne vraiment faux. C'est malgré tout une BD que je recommande et si j'ai été un peu frustrée, c'est parce que justement, le scénario est réussi. Les dessins correspondent très bien au thème. 

Publié le 21 mars chez Delcourt. 128 pages.

A conseiller aux ados et à leurs parents.
Merci aux explorateurs du polar de Lecteurs.com

mardi 8 mai 2018

L'Amant de Marguerite Duras


Je continue mon exploration de Duras avec son titre le plus connu sans doute, surtout après l'adaptation de Jean-Jacques Annaud. Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire et à mes souvenirs peut-être erronées  du film, ce roman ne se centre pas uniquement sur la relation qui a lié la narratrice (et l'auteure me semble-t'il) à un jeune chinois de vingt-sept issu d'une famille fortunée alors qu'elle-même n'en avait que quinze. C'est ça, bien sûr mais aussi, et de plus en plus au fur que le roman avance, c'est sur sa famille qu'elle écrit, cette mère qui ne s'est pas remise d'avoir acheté une concession qui ne rapporte pas et qui mise sur sa fille pour qu'elle passe l'agrégation de mathématiques et ses deux frères, le "bon" et le "méchant", car il n'y a pas de nuances de gris dans la description de ces deux-là. On retrouve dans L'Amant de nombreux thèmes, personnages, intrigues d' Un Barrage contre le Pacifique mais en plus épuré et en plus construit, même si on passe souvent d'une idée à une autre, sans lien apparent. Mais ça, quand c'est bien fait et c'est le cas, c'est un aspect que je peux aimer dans la littérature. C'est donc un roman que j'ai aimé, moins sensuel et surtout moins polémique que ce à quoi je m'attendais, sans doute parce que l'histoire est racontée par la narratrice adulte qui n'est pas traumatisée par cette expérience mais au contraire, se réjouit d'avoir été initiée par un connaisseur du corps et du plaisir féminins. Et puis, il était temps, même si d'autres auteurs l'avaient probablement fait avant elle, qu'on lève le tabou sur la différence de l'âge à laquelle survient la maturité sexuelle pour les jeunes filles.
J'ai maintenant envie de revoir le film car le souvenir que j'en ai est bien différent du roman, ce qui explique peut-être pourquoi Duras le rejeta. 

Publié en 1984 aux Editions de Minuit. 140 pages. 

A conseiller aux amateurs de familles compliquées.
Merci à mon CDI. 

dimanche 6 mai 2018

Un week-end près du GR 21

Ce week-end là, je découvrais un coin de Normandie que je ne connaissais pas. Le week-end précédent, j'avais passé une journée entière au Havre, ville dans laquelle je n'étais allée qu'une fois ou deux depuis que je vis en Normandie (je suis arrivée à dix-huit ans) et je me suis dit que décidément, c'est une ville qui n'est pas faite pour moi. Je ne vous parle pas des endroits de ma région que je n'aime pas, en voilà donc un. Mais là, près d'Yport, à Vaucottes, je retrouvais la côte que j'aimais. En balade ou en courant, je profitais de la beauté de cette Normandie que j'ai décidé, un jour, de ne plus quitter. 
En courant, je profitais pleinement de la forêt en fleur et finissais mon parcours avec la mer pour seul horizon. Tout ce que j'aimais. 
La balade passait en partie par la GR 21. Ça montait sec et ça descendait aussi sec.  Là encore, c'était d'une beauté à couper le souffle.  Et je me suis dit que j'avais envie de parcourir les 179 kilomètres du GR 21 un jour au l'autre. 

Merci à Anaïs pour ce week-end. Quel cadeau ! 
A conseiller aux coureurs, marcheurs, amoureux des belles villas et de tranquillité. 

Vue des  hauteurs de Vaucottes
 
Yport
 


jeudi 3 mai 2018

L'écrivain public de Dan Fesperman



... c'est une langue merveilleuse, une véritable chanson d'amour. Ces voyelles qui roulent comme deux amoureux dans un lit... Par comparaison, l'allemand titube telle une armée en retraite, un cortège de consonnes macabres dans une allée pavée.  

L'intrigue de ce roman se déroule dans le New-York des années 40. Un écrivain public nommé Danziger vient proposer une collaboration à un flic nouvellement arrivé, Woodrow Cain. Le Normandie vient de couler dans l'Hudson, de l'Europe arrivent des nouvelles inquiétantes et un homme est retrouvé mort sur les quais. Grâce à Danziger, Cain va découvrir le quartier allemand de New-York, dans lequel officient des nazis. Et nous aussi par la même occasion.
L'intérêt de ce roman ne tient pas dans l'intrigue policière mais dans les lieux et les milieux qu'il nous fait côtoyer. Librement inspiré de faits réels et de personnages ayant existé, il tisse les liens qui unissaient la mafia et le procureur pour protéger la ville contre les ennemis. On s'attache aux personnages principaux, ce flic qui se retrouve avec sa fille alors qu'il l'aurait bien laissée encore un peu à l'abri chez sa sœur et qui doit faire avec la pression imposée par son puissant beau-père et ce vieil homme juif qui semble avoir autant de vies qu'un chat. Si vous avez envie de vous plonger dans l'Amérique qui a suivi la Prohibition, je vous le conseille. Je ne dirais pas que je l'ai trouvé passionnant mais je l'ai trouvé instructif. 

Publié au Cherche-Midi en avril 2018. 453 pages. 

Merci à l'agence Anne et Arnaud.
A conseiller aux amateurs de polars d'ambiance. 

mardi 1 mai 2018

Les rêveurs d'Isabelle Carré

Tous les rêves de père ne sont que des chimères, des rêves de petites filles qui attendent le Prince Charmant, des rêves merveilleux dans lesquels il est réjouissant de s'égarer, mais si dangereux, car ils ne tiennent jamais leurs promesses. 

La narratrice grandit dans les années 70, auprès d'une mère plus ou moins rejetée par sa propre famille et qui a du mal à trouver sa place et un père qui a tendu la main à une inconnue, l'a épousée, a construit avec elle une famille, puis va découvrir (ou assumer sans doute plutôt) qu'il aime les hommes. On comprend vite qu'on a affaire à une famille hors du commun mais aussi, au fil des pages, à une enfant, puis une jeune fille qui ne va pas bien et à qui personne ne tend la main, peut-être pour la simple raison que sa douleur est très discrète, sauf quand elle est à bout. 
Je me souviens d'un homme dont je suis longtemps restée amoureuse, notre histoire n'avait duré qu'un mois mais j'ai poursuivi un dialogue imaginaire avec lui pendant des années... Je l'ai revu il y a quelques années, il ne comprenait pas pourquoi je l'avais quitté [...] "Je n'étais pas très heureuse, ni très à l'aise à cette période, tu as dû t'en rendre compte". 
Il est tombé des nues. 
J'ai commencé ce roman, qui n'en est évidemment pas un, en me disant que ça avait été une mauvaise idée de vouloir découvrir ce livre écrit par une actrice que j'aime. Et puis, de fil en aiguille, elle m'a touchée, beaucoup. Il ne faut pas le lire si vous souhaitez lire un roman mais si vous souhaitez ouvrir une fenêtre sur la femme qui se cache derrière cette actrice souvent qualifiée par les journalistes, comme elle le rappelle, de "discrète et lumineuse", ce livre est pour vous. Il est aussi pour les ados et les adultes qui se sentent, pendant un moment, juste posés à côté de leur vie. Elle raconte très bien cette difficulté à vivre, à se lever. Malgré son parcours particulier dû à la marginalité de sa famille (elle a vécu seule dès quinze ans et c'est une particularité dont elle se serait bien passée), il y a de l'universel dans son mal-être. J'en ressors avec l'envie de revoir quelques uns de ses films et en l'appréciant sans doute encore davantage. C'est un livre qui porte en lui beaucoup d'espoir, entre le bien-être que semble désormais ressentir l'auteure mais aussi les dernières histoires d'amour de ses parents. 
Je continuerai aussi de sourire , en pensant à cette phrase de Iago dans Othello : "Je ne suis pas ce que je suis...". Je continuerai comme ça, comme nous le faisons tous, parce que le reste n'est pas dicible. 

Publié chez Grasset en janvier 2018- 300 pages. 

Merci aux prix Elle des lycéennes. J'ai l'impression que c'est un livre dans lesquelles les adolescentes se reconnaîtront. 
A conseiller à tous ceux qui ne sentent pas être ce que les autres voient. 

dimanche 29 avril 2018

Love Addict de Frank Bellocq

Un blog, c'est souvent un versant de nous-même. Il y a les autres versants, ceux qu'on préfère cacher. Nos faiblesses,  nos mauvais goûts. Ou ce que les autres percevront comme du mauvais goût. Il est temps pour moi d'assumer l'une de mes faiblesses.
Je vais rarement voir des comédies au cinéma, j'en regarde même très rarement en général. Pourtant, il m'arrive d'avoir envie d'en voir, disons une tous les deux ou trois ans. Je me suis donc demandé ce qui me donnait envie de les voir et souvent, c'est leur tête d'affiche. Je suis allée voir Intouchables pour la beauté d'Omar Sy et parce que je ne résiste que très rarement aux films avec François Cluzet, sans quand il devient un agriculteur normand . Cette fois, j'ai eu envie de voir Kev Adams sur grand écran. Découvert dans Soda, je le trouvais au dessus du lot des autres adolescents de la série. Je faisais remarquer à ma fille que personne d'autre que nous ne semblait l'aimer et elle me confirma qu'elle était la seule dans son groupe de copines (évidemment, je n'ai jamais demandé aux miennes ce qu'elles pensent de Kev Adams). Nous sommes donc peut-être seulement deux à l'apprécier, et vu le nombre de personnes dans la salle à notre séance, j'ai bien peur de ne pas beaucoup exagérer. 
Je pourrais vous raconter l'histoire de ce film, ça n'aurait aucun intérêt parce qu'une seule raison vous le fera aimer, si vous l'aimez, c'est Kev Adams. Ma fille a trouvé le film "moyen". Moi, il m'a séduite (même si je suis la première à avouer qu'il ne casse pas trois pattes à un canard) parce que je trouve Kev Adams à la fois drôle et touchant. C'est en fait un show de Kev Adams, avec des passages chantés et dansés comme j'adore.  J'ai ri et surtout, j'en suis sortie avec un sourire que j'ai eu du mal à effacer.

Sorti le 18 avril 2018- 1h 33.  Avec Kev Adams, Mélanie Bernier, Marc Lavoine...

vendredi 27 avril 2018

Dans les angles morts d'Elizabeth Brundage

Elle avait croisé des gens comme lui toute sa vie. Le genre de type sorti indemne de l'adolescence, sans trace ou cicatrice visible, sans histoire apparente. 

George Clare rentre de son travail et retrouve sa femme assassinée et sa fille endormie. Il prétend évidemment qu'elle était bien vivante à son départ le matin même. Pour la police, le mari est souvent le premier suspect. La maison dans laquelle la famille Clare vivait avait déjà abrité un drame puisque les précédents propriétaires s'y étaient suicidés, laissant trois garçons à la charge d'un oncle.
J'aime souvent les histoires qui font la part belle aux maisons et ce roman ne fut pas une exception. Elle relie les Clare et les trois garçons et le destin de ces deux familles maudites. Ce qui les rassemble tous, surtout, c'est un mariage mal assorti parce qu'on le sent très vite, George Clare et sa femme ne s'aimaient plus. Ce roman qui pourrait être classé dans les romans noirs est un roman d'ambiance. On y avance petit à petit, on s'immisce dans ces vies, découvrant les failles des uns et des autres. Soyons honnête, on sent le patte féminine, les failles sont toutes masculines mais ce sont les trois garçons (un enfant et deux adolescents) qui réhabilitent la gente masculine. On sent l'ambiance s'alourdir dans les deux intrigues et la pression que subissent les femmes. Je ne m'attendais pas à une telle fin dans ce roman et j'ai été agréablement surprise. C'est un roman que je recommande, quand on a le temps, car on y entre lentement mais sûrement. C'est l'histoire d'une époque, celle au cours de laquelle les femmes restaient encore souvent à la maison, et celle d'un lieu, l'Amérique rurale. C'est l'histoire de ce qui peut se passer quand il est difficile de quitter une relation néfaste dans laquelle aucune des deux parties ne trouve plus son compte, et du poids qu'on fait porter aux enfants. 
Tous les parents sont coupables de quelque chose. On fait ce qu'on peut pour réparer. Parfois, ça marche. D'autres fois, hélas, on est obligé de lâcher. 

Publié en janvier 2018 à La Table Ronde. Traduit par Cécile Arnaud. 528 pages. 

Merci au Prix Elle des lycéennes. 
A conseiller aux amateurs de maisons "hantées". Celle-ci m'a rappelé une maison devant laquelle je passe en courant et que je ne peux revoir sans penser au drame qui s'y est un jour produit. Je me demande toujours comment on peut vivre dans un lieu autant chargé de violence. 

mercredi 25 avril 2018

Falaise des fous de Patrick Grainville (RL janvier n°10)

Tout passe! Les passions passent, la paix suit la guerre, les affaires reprennent de plus belle, le progrès fait encore un bond en avant malgré les monarchistes, les révolutionnaires fanatiques. Vous verrez qu'on finira par voler dans le ciel comme les petits oiseaux républicains. Il suffira de mettre au point la machine adéquate. L'amour dans tout ça est un divertissement, n'est-ce pas?

Ce volumineux roman embrasse presque soixante ans de l'art normand. Notre narrateur vit à Etretat et nous raconte sa vie et surtout ses rencontres amoureuses et artistiques. Entre Mathilde, la parisienne plus vieille avec qui il vécut une longue aventure plus ou moins tolérée par le mari et Anna, la fille dudit mari, avec qui il vécut une autre aventure qui lui valut les foudres du père, il nous parle de ces artistes qu'il a rencontrés ou dont il entend parler dans cette période qui va de 1868 à 1927. 
Ce roman est une déclaration d'amour à ma Normandie ou plutôt à celle de Monet, de Maupassant et de Flaubert. On y croise nombre d'artistes qui ont écrit sur et séjourné en Normandie. C'est aussi le reflet d'une époque riche en événements. Grainville réussit un acte littéraire difficile, décrire l'acte de peindre et le résultat. C'est extrêmement précis et documenté sur l'époque et les histoires de cœur, si on peut les appeler ainsi car le narrateur y parle surtout de sexe, en délicatesse et me semble-t'il, surtout par pudeur, ajoutent un soupçon d'âme à ce qui aurait pu n'être qu'une démonstration. La plume de Grainville, que je découvre avec ce roman, est agréable à lire. C'est un roman qui demande d'avoir du temps devant soi et que je recommanderais sans nul doute lors d'un séjour à Etretat. C'est tout de même très dense et certains s'y perdront sans doute. Il faut à mon avis, deux conditions pour aimer ce roman, aimer la Normandie et la peinture. 

Publié en janvier 2018 au Seuil. 646 pages. C'est une lecture commune avec ma parisienne

Merci à l'émission La Dispute (ou Le Masque et la Plume ?) sans qui je n'aurais pas remarqué ce roman.
A conseiller comme cadeau d'anniversaire à une amie avec qui on a partagé un moment à Etretat. 

dimanche 22 avril 2018

Même pas honte

Est-ce le soleil ? Cette semaine, j'ai eu envie de ressortir les robes bien sûr mais aussi la musique qui donne envie de bouger, dans une langue que je ne comprends pas mais qui est liée à la personne qui partage mes déjeuners du lundi. Ses chansons ont accompagné mon mercredi ensoleillé et mes séances d'abdo de la semaine (on n'a pas inventé mieux pour la gym) et mon dimanche matin aux fourneaux. 





Merci à mon espagnole préférée de me préparer tous les lundis des desserts qui m'obligent à faire du sport le reste de la semaine (je vais tenter la prouesse d'éliminer les calories qu'elle m'aura fait prendre aujourd'hui et demain, ça va demander des efforts !). Merci à elle de me signaler ce matin pourquoi il peut être hasardeux d'envoyer cette chanson. 
A conseiller à toutes celles qui veulent faire virevolter les robes au soleil.

jeudi 19 avril 2018

La mise à nue de Jean-Philippe Blondel (RL janvier n°10)

Je l'ai eu en cinquième. T'as eu de la chance de ne pas avoir la mère Aumont. C'est ainsi que nous nous définissons, eux et nous. Nous nous appartenons pendant quelques mois. Puis, nous nous redonnons notre liberté. 

Louis s'approche à grand pas de la soixantaine. Divorcé, père de deux grandes filles avec qui il communique surtout à distance, il est un peu perdu. Même son métier, qui semble l'avoir pourtant passionné, ne parvient plus à enrichir ses journées. Lorsqu'il reçoit un carton d'invitation pour le vernissage de l'un de ses anciens élèves, il pense d'abord ne pas y aller, puis se dit que cela lui fera une occasion de sortir et de manger gratuitement. Revoir Alexandre va bouleverser son quotidien. Le jeune homme souhaite faire son portrait. 
Que peuvent bien se confier un ancien élève et son ex-professeur, une fois émises les banalités d'usage sur leurs carrières respectives et sur l'eau, qui, évidemment, a coulé sous les ponts et creusé des rigoles sur les visages?
J'avais lu deux romans de Blondel avant celui-ci. L'un qui parlait de sa salle de classe et qui ressemblait trop à mon quotidien pour me passionner et l'autre, Un hiver à Paris, qui évoquait l'enfer que peuvent être les classes prépa et qui m'avait touchée. Jean-Philippe Blondel et moi avons un point commun, nous enseignons tous les deux l'anglais. J'ai l'impression que nous avons aussi une conception de notre métier qui se ressemble. J'ai beaucoup aimé la première moitié de ce roman qui porte essentiellement sur les liens entre un enseignant et ses élèves, ou ses anciens élèves, qui dissèque ce lien, révèle les différences entre ce que perçoivent l'élève et l'enseignant. Il se trouve que j'ai lu ce roman au cours d'une semaine où j'ai reçu de la part de mes élèves, ou des parents de mes élèves, plus de preuves de la force du lien qui nous lie que je ne peux parfois en avoir en une année. Je ne pouvais donc qu'être touchée. Parfois, on se rend compte de l'importance qu'on prend dans la vie de ceux avec qui on passe tant de temps.  Et il y a ceux qui ne montrent rien. Alexandre est de ceux-là. Savoir qu'il allait passer du temps avec Louis lui a permis de se lever et d'aller en cours et Louis n'en a jamais rien su. Il va découvrir, dans l'adulte qu'il a devant lui, un être à la fois ressemblant et différent de l'ado assis dans sa classe:
C'est après le lycée qu'ils prennent leur envol. Forment leur alliances. Montent, descendent, stagnent. Mais alors, généralement, on ne peut plus leur venir en aide, parce qu'ils ne nous adressent plus aucun signe. On ne fait que les accompagner pendant un très court laps de temps. 
Louis et Alexandre se retrouvent quand ils sont chacun à des moments importants de leurs vies, un peu perdus, l'un sur une pente descendante, l'autre sur une pente ascendante. Qui des deux va le plus profiter de ces retrouvailles? Difficile de le savoir, entre ce prof presque au rebut qui se sent désiré dans le regard de l'artiste et ce grand timide qui peut enfin dire à son prof toutes les blessures mais aussi le bonheur que ces anciens moments partagés lui ont procurés. J'ai trouvé que dans la seconde moitié, l'ensemble tournait un peu en rond mais peu importe, c'est un roman qui touchera sans doute les enseignants, surtout ceux qui, comme moi, peuvent à la fin de certaines années particulièrement intenses, ressentir un gros pincement au cœur. Ce n'est sans doute pas un hasard si après avoir lu ce roman, j'ai ressorti de vieux souvenirs musicaux qui m'ont fait rire autant qu'ils m'ont émue. 

Publié en janvier 2018. 250 pages. 

Merci à ceux qui à qui j'ai appartenu le temps d'une année, parfois plus (je crois que mon record est de quatre ans) et qui m'ont eux aussi un peu appartenu. 
A conseiller aux enseignants mais aussi tous ceux qui, d'un côté comme de l'autre de la barrière, ont un jour tissé un lien du même genre. 


lundi 16 avril 2018

Le jour d'avant de Sorj Chalandon

Michel se souvient de la tragédie de Liévin qui fit quarante-deux morts le 27 décembre 1974, quarante ans plus tôt. Son frère, Joseph, décéda le lendemain. Quand la femme de Michel meurt, toute sa mélancolie l'engloutit et il décide de commettre un acte pour lequel il va se retrouver devant le juge.
Parce que j'ai beaucoup aimé les deux premiers titres que j'ai lu de Chalandon, Mon traître et encore davantage Retour à Killybegs, j'ai longtemps cru que j'allais finir par aimer d'autres de ses romans. Je me suis d'abord penchée sur les plus anciens, puis sur des plus récents mais je crois que je n'aime Sorj Chalandon que lorsqu'il nous parle de cette Irlande qu'il chérit. J'avoue n'avoir pas trouvé grand intérêt à ce roman, si ce n'est, évidemment, le fait d'en apprendre un peu sur cette tragédie et surtout sur la manière dont elle a été gérée par les gouvernants de notre pays, mais là, on ne peut pas dire qu'il y ait vraiment une surprise à découvrir que les média préfèrent filmer la tête du premier ministre en visite que les mineurs. Quand aux passages sur la femme de Michel, je les ai vraiment trouvés ennuyeux. Bref, c'est un auteur que je sais devoir éviter (mais je l'avais compris avant d'écouter ce livre). Sur le thème des mineurs, je préfère nettement revoir Billy Elliot. Si vous allez un jour au Pays de Galle, je vous conseille la visite de Big Pit. J'imagine que des visites similaires existent dans le nord de la France. Lu par Stéphane Boucher. 

Date de parution : 
29 Novembre 2017
Durée : 
7h59

Merci à Audiolib.
A conseiller aux amateurs de drames familiaux et historiques. 
                                                               

dimanche 15 avril 2018

Mon spectacle d'avril : Arlequin poli par l'amour de Marivaux (mise en scène de Thomas Jolly)

Une fée tombée amoureuse d'Arlequin le tient prisonnier dans son château. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas tombée amoureuse de son intelligence, il est d'une bêtise qui frôle le handicap. C'est son joli minois qui a attiré la dame. Arlequin ne semble pas vraiment souffrir de la situation, jusqu'à ce qu'il rencontre Sylvia, la bergère, qui aimerait bien, elle, être amoureuse du berger qui la courtise mais il la laisse insensible. Entre Arlequin et Sylvia, c'est le coup de foudre. Et pour Arlequin, l'intelligence naît avec l'amour. 
Il faut accepter le principe que l'amour rend intelligent, ce qui n'est déjà pas une mince affaire. Il faut ensuite accepter de marier l'intrigue de Marivaux avec la farce shakespearienne, mais sans les mots et le génie de Shakespeare (mon amie me faisait remarquer que ça lui avait fait penser à du Shakespeare, et en y réfléchissant, c'est vrai que l'esprit est là). Vous aurez compris qu'au niveau du texte et de l'intrigue, je n'ai pas été emballée mais j'ai toujours trouvé Marivaux un peu fade. Par contre, saluons la mise en scène de Thomas Jolly et la prestation des comédiens car j'ai assisté à une séance scolaire et les premières minutes m'ont fait craindre le pire, la salle me paraissait très bruyante. Très vite, les élèves ont été happés par la pièce, par la musique très rythmée, par le superbe décor et les scènes virevoltantes. Et j'avoue que rarement sur une scène de théâtre, qui ne permet pas la proximité avec le spectateur, je n'ai vu aussi bien représentée une scène de premier baiser, avec la magie que peut avoir ce moment. 
J'irai avec plaisir revoir la compagnie de la Piccola Familia mais dans un autre registre. Cette pièce tourne en France depuis au moins sept ans maintenant, avec des changements réguliers dans l'intrigue. 
Vu au théâtre de l'Arsenal à Val de Reuil. 

Merci à ma collègue Michèle qui m'a conviée à cette représentation (ou plutôt qui a accepté que je m'incruste).
A conseiller pour donner envie aux jeunes de voir des classiques. 

Bonheur de la semaine: mon article sur A contre-courant d'Antoine Choplin est entré dans le top 10 de mes articles les plus consultés depuis la création du blog (il est même en 7e position). Ça me ravit. 

                                                       

jeudi 12 avril 2018

Ma reine de Jean-Baptiste Andréa

Notre narrateur a douze ans. Fils de pompistes, il a l'habitude des moqueries et des sourires en coin : il est ce qu'on qualifie pudiquement de "différent". Un beau jour, il déclare à ses parents qu'il va partir faire la guerre. Bien sûr, ses parents ne le croient pas mais le voilà parti sur les routes de Haute-Provence, où il va rencontrer Viviane, une ado qui semble très sûre d'elle mais qui va surtout l'écouter, lui parler et lui donner un rôle en se définissant comme sa reine. 

Je ne suis jamais enthousiasmée par les romans donnant la parole à des personnages d'enfants et ce roman ne fut pas une exception. Pourtant, dans son style, je le trouve réussi et je lisais dans Télérama qu'il y avait du Howard Buten dans ce roman;  je suis d'accord même si la comparaison ne me serait pas venue d'emblée. Si vous aimez les romans réalistes, passez votre chemin, nous ne sommes ici pas si loin de la fable, il y a du Petit Prince dans ce roman, dans la rencontre entre le personnage et les autres, même si ce sont des humains : la reine ou fée Viviane qui va le transformer en garçon comme les autres, le berger qui saura jouer l'ange gardien. Ce que j'ai préféré, et de très loin, c'est l'importance de l'environnement que l'on visualise parfaitement, sans me semble-t-il que ne soient pourtant donnés trop de détails. 
Lu par Guillaume Jacquemont, parfait pour interpréter un enfant. 
Paru le 14 mars 2014- 3h48  juste le temps du trajet pour amener et aller rechercher ma fille à son stage d'immersion dans l'école qu'elle souhaite intégrer l'an prochain).

Merci à Audiolib.
A conseiller aux amateurs de jeunes narrateurs. 


mardi 10 avril 2018

Underground Railroad de Colson Whitehead

Cora est esclave sur une plantation de coton. Sa vie est rythmée selon les humeurs de ses maîtres qui peuvent, s'ils le souhaitent, séparer les familles en en revendant des membres. Quand son nouvel amoureux lui propose de s'enfuir, Cora accepte et débute alors une vie de hors-la-loi.
Quand j'avais lu le résumé de ce roman en septembre dernier, je m'étais dit que ce roman sur le réseau clandestin permettant aux esclaves de s'échapper pouvait m’intéresser car si j'ai beaucoup lu sur les afro-américains toutes époques confondues, ce thème-ci, que j'ai travaillé avec des élèves, n'était finalement pas si souvent abordé en détail. Et puis, je ne sais plus ce qui, dans les billets des uns et des autres, m'a fait craindre que ce livre ne soit finalement pas pour moi. J'y suis malgré tout allée confiante. Le premier jogging avec Underground Railroad ne m'a pas donné envie de rechausser mes baskets dans la semaine, et je me suis forcé à l'écouter en voiture sur plusieurs parcours, donc un trajet de près de deux heures. Mais non, vraiment, j'ai vite eu l'impression de perdre mon temps et de m'ennuyer. Voilà donc un prix Pulitzer qui n'est pas pour moi et ce n'est pas la faute de la lectrice, Aissa Maïga, qui a le ton qu'il faut pour ce genre de roman. 

Merci à Audiolib. Publié en novembre 2017- 10h45.
A conseiller aux amateurs d'épopées.


dimanche 8 avril 2018

L'historiale Jeanne d'Arc

Je crois que je n'aime jamais autant Rouen que lorsque je la regarde à travers les yeux de quelqu'un qui la découvre. Quand mes parisiennes sont venues passer la journée à Rouen (l'une d'entre elle était déjà venue mais pas l'autre), j'ai eu envie de jouer les touristes. Nous avons donc déambuler dans les rues, sommes entrées dans la cathédrale et l'église Jeanne d'Arc, avons trouvé que vraiment, Rouen avec un rayon de soleil, ça avait du charme ! Et nous avons visité l'historiale Jeanne d'Arc, ouvert il y moins de deux ans. Nous avons toutes les trois aimé cette visite très vivante et moderne au cours de laquelle on revoit des extraits des films (pas les plus récents) sur Jeanne d'Arc. Je crois que ce que j'ai préféré, c'est de passer de salle en salle et notamment la salle dans laquelle on nous projette des éléments qui s'ajustent au décor, comme cela arrive l'été sur la façade de la cathédrale. Je ne conseillerais toutefois pas cette visite à des enfants. 
Je suis sortie, comme toujours, dubitative. Fascinée par cette histoire de jeune fille qui entend Dieu quand j'étais encore croyante, j'ai beaucoup regardé de documentaires et de films sur elle et j'ai toujours du mal à croire au fait qu'on ait pu "offrir" une armée à une jeune fille (déjà le fait qu'elle soit de sexe féminin, même si on oublie son âge, est plus qu'étonnant). 
Comme il y avait la queue à Dame Cakes, nous avons mangé des petits choux dans un endroit que connaissait l'une de mes parisiennes mais pas moi, nous vous conseillons fortement Yvonne Patisserie si vous voulez goûter de délicieux choux aux goûts variés.  

Merci à mes deux parisiennes, que vous retrouvez ici et
A conseiller à ceux qui veulent les détails du procès. Et bien sûr, à compléter par une promenade vers la place ou Jeanne d'Arc fut brûlée. Dans l'idéal, à compléter aussi par une visite d'Orléans, tout aussi charmante que Rouen. 


jeudi 5 avril 2018

Misérables ! de Michel Quint

... Ou juste marre des solitudes incompatibles, de ne pas être foutue de se contenter de la vie simple, d'avoir envie de pirates, d'enlèvements, d'éléphants et de palais orientaux, et de destins passionnés. D'être restée une sale gamine avec des audaces. Putain d'Emma Bovary. 

Laurent était policier. Depuis quelques années, il ne l'est plus mais tente de retrouver des bénéficiaires de police d'assurance qui n'ont jamais été distribuées, même des dizaines d'année après le décès du souscripteur. Il est cette fois à la recherche d'un certain Freddy qui avait une vingtaine d'années dans les années soixante-dix et qui vivait à Calais. La riche Henriette Benson, qui ne semble avoir aucun lien avec la famille plus que modeste de Freddy lui a légué une belle somme. Mais la piste semble s'arrêter en 1981, juste après l'élection de Mitterand. 
Je n'avais jamais lu de roman de Michel Quint. Je savais bien sûr qu'Effroyables Jardins, l'un de ses romans, avait été adapté au cinéma mais ça s'arrêtait là. J'ai pris plaisir à avancer dans ce roman, à découvrir Calais, ce Calais qui semble décliner à un point qu'on finit par se demander comment cette ville va se relever. Michel Quint nous emmène en parallèle dans les années quatre-vingt et il me semble que cette élection est un marqueur qui revient de plus en plus souvent dans les romans, comme le symbole de l'espoir en une classe politique qui ne reviendra plus jamais. J'ai d'ailleurs appris dans ce roman que les enseignants certifiés et agrégés avaient été de grands perdants de cette élection. Ce n'est sans doute pas le roman de l'année mais j'ai apprécié côtoyer ces personnages mis dans des situations un peu clichés de manière intentionnelle comme la fin que l'auteur compare avec une fin de roman d'Agatha Christie et c'est vrai qu'il y a de ça. L'histoire entre le héros et celle qui va le seconder est grosse comme une maison mais on n'aurait pas voulu qu'il en fut autrement. Et puis, bien sûr, il y a cette description de l'univers des migrants, qui ne laisse pas indifférent. 

Pulbié le 1er mars 2018 chez Phébus. 304 pages.

Merci à la librairie Dialogues et à son club Dialogues Croisés.
A conseiller à ceux qui veulent découvrir Calais (j'avoue que je suis très curieuse de savoir ce qu'en pensent les calaisiens). 

mardi 3 avril 2018

Equinoxes de Bernard Foglino

Ils étaient quatre à se retrouver dans ce village de bord de mer quand ils étaient ados. Trois sont partis et ont bien réussi dans la vie si l'on en croit les apparences. Eddie, lui, est resté au pays. Ils ont désormais la quarantaine bien tassée et se demandent où ont bien pu passer leurs rêves d'enfance et à quoi a servi leur vie. Oui, ça sent la crise de la quarantaine tout ça. 
Ce roman doux-amer parlera sans doute un peu aux quadras qui se demandent parfois à quoi ça a servi tout ça. Et elle est attachante cette bande d'hommes un peu perdus. L'auteur restitue bien les retrouvailles entre personnes qui se sont connues à l'adolescence, qui parfois ne se reconnaissent pas physiquement. Se retrouver face aux fantômes du passé, c'est forcément mesurer le temps passé et c'est une épreuve que les personnages pourraient peut-être éviter de s'infliger. Et l'ambiance d'une soirée qui dépasse un peu du cadre est aussi très bien restituée. 
C'est donc un roman dont il ne faut pas trop attendre mais qui se lit facilement. 

Paru le 1er mars 2018- 240 pages.

A conseiller aux amateurs des amitiés masculines. 



dimanche 1 avril 2018

Mes listes et moi



L'une de mes petites manies, ce sont les listes et là, grand bonheur, j'ai trouvé en Angleterre ce joli carnet qui me donne chaque jour et pendant trois ans, une liste à écrire. A chaque fois, trois idées et pendant trois ans, le même jour de l'année, on voit si notre liste a évolué. Evidemment, je suis fan et c'est une capsule temporelle originale. En l'achetant, je me suis dit que c'était typiquement le genre de cadeaux que je ne peux faire qu'à moi-même, tant c'est un peu étrange d'aimer établir des listes mais en le voyant, ma fille a adoré l'idée. Si je devais faire quelques listes du mois passé, je pourrais vous parler des DVD que j'ai achetés, ou tout simplement vous les montrer. Un choix assez étonnant pour moi, avec trois DVD choisis avec un but précis et pour un point commun (saurez-vous trouver l'intrus?).  Moi qui dois en acheter au maximum deux par an, voilà que j'en ai acheté quatre ce mois-ci, tous déjà vus mais que je voulais revoir. Je me suis rendue compte que je n'avais que des films étrangers à la maison et j'ai eu envie de diversifier mais aussi de les sortir de là où je les cachais et de les mettre sur mes étagères.



Je pourrais vous faire la liste des vêtements que j'ai achetés ce mois-ci mais je ne vous en montrerai qu'une partie. Avant d'aller faire les magasins, j'ai remarqué que je n'avais que du bleu foncé et du noir dans mon armoire, je me suis promis de varier les couleurs et je suis revenue avec ça !














Je peux vous donner les six chansons qui ont rejoint ma playlist. Je peux rester des mois entiers sans en ajouter car j'ai rarement des coups de cœur suffisants pour qu'écouter sur youtube ne me suffise pas.
Mes indispensables du mois furent:
- Fields of gold  (Sting)
- It's probably me (Sting)
- The shape of my heart (Sting)
- Tears in heaven (Eric Clapton)
- Just the way you are (Diana Krall)
- I'm not in love (reprise de Diana Krall, cette chanson est pour moi le summum de la mauvaise foi, j'adore)



Et dire que s'il y a un mois, on m'avait demandé si j'aimais Sting, j'aurais sans hésiter répondu non. Voilà un extrait ce que me réservent mes futures listes:




Et vous, quel est votre rapport aux listes?

Merci à Romain qui m'aura décidément permis de remplir des listes de toutes sortes.
La listographie n'est à conseiller qu'aux un peu toquées comme moi.                         

jeudi 29 mars 2018

A contre-courant d'Antoine Choplin (RL janvier n°9)

Je songe à la pluralité de nos chemins.
Aux lignes qui se croisent, à celles qui s'épousent.
A celles, les plus nombreuses, qui ne se rencontrent jamais. 

Je crois que je l'écris à chaque fois que je chronique un livre d'Antoine Choplin et c'est de plus en en plus vrai, avoir entre les mains ses nouvelles parutions a quelque chose du cérémonial. Je regarde, je touche, j'ouvre et puis, je le pose sur mon rebord de fenêtre, en sachant qu'il est là. Je laisse passer quelques livres et puis, voilà, c'est le moment, le début de vacances par exemple, en tout cas, un moment où je suis pleinement disponible pour cette lecture. Et là, c'est comme retrouver un ami qu'on ne voit pas souvent, on sait que ça ne va pas durer bien longtemps, qu'après, il faudra attendre un, voire deux ans, alors on avance sans vouloir aller trop vite, mais ça défile et trop tôt, c'est déjà fini. 
C'est la première fois que je lis un livre d'Antoine Choplin qui n'est pas un roman. Il a décidé de marcher le long de l'Isère, à quatre moments de l'année pour profiter des saisons. Aux réflexions sur le paysage se mêlent quelques souvenirs personnels, des phrases sur la marche mais aussi sur l'écriture. C'est sans aucun doute le livre le plus intime de l'auteur, ou disons celui dans lequel on perçoit le plus d'intime, chez cet auteur qui ne semble jamais se livrer dans ses fictions. Et je l'ai savouré comme il le mérite. Comme avec ses romans, je ne sais pas clairement expliquer ce qui me réjouit, une délicatesse certaine mais aussi une profondeur qui n'a pas besoin d'étalage. Antoine Choplin fait partie de ces auteurs qui sont entrés dans ma vie "sans faire de bruit", ce ne fut pas un coup de foudre mais l'apprentissage, de livre en livre (c'est le sixième que je déguste) d'une plume. Ça rend le lien plus fort d'avoir été tissé avec le temps et surtout, c'est le seul auteur dont je sais à chaque fois que je le lirai. Je mets au défi les marcheurs de ne pas avoir envie de chausser les baskets ou les chaussures de marche à la lecture de ce livre. Le parcours emprunté est très intéressant car l'auteur a parfois traversé des lieux qui ne sont pas ceux des marcheurs, des banlieues, des villes. 
Mais éprouver sa propre étrangeté dans l’œil des autres est aussi un agrément. Il éveille le sentiment d'une singularité naissante et qui appelle parfois avec facilité la parole et l'échange. 
Comme dans la vie, comme dans l'écriture, il a parfois dû rebrousser chemin et emprunter un autre sentier. Et moi qui invente toujours des vies aux inconnus que je croise (dans les files d'attente par exemple, quand je saisis des bribes de conversation), j'ai aimé les interrogations autour des personnes rencontrées, comme celle qui consiste à se demander pourquoi cet homme qui n'a absolument aucune envie d'écrire, pense qu'il devrait écrire après être sorti d'un coma. Il y aussi ces moments touchants, la manière dont il parle de la collaboration avec les prisonniers sur son festival de l'Arpenteur. Il suffit de passer quelques heures en compagnie de l'auteur pour parfaitement visualiser ce que peuvent être toutes ces rencontres avec les autres, un mélange de chaleur, de délicatesse (oui, c'est un mot qui revient quand je pense à l'auteur et à ses romans) et d'écoute des autres. 
Je ne sais pas s'il vaut mieux commencer par ce livre et enchaîner sur un roman ou l'inverse mais j'ai aimé apprendre que l'auteur ne décrit jamais de visages dans ses romans, j'avoue que cela ne m'avait pas frappée. 
Il y a dans ce livre un passage très particulier sur lequel j'ai eu envie de poser des questions à l'auteur et j'aurais pu le faire. Mais non, je veux rester avec cette part de mystère, inventer le pourquoi, le mien, celui du lecteur.
C'est un peu long, il faudra m'en excuser mais le temps partagé avec ce livre m'a paru bien trop court et pourtant, je le sais, il était de la durée idéale pour partager quelques pas, sans se lasser, avec l'envie de remettre bientôt, mes pas dans ceux de l'auteur. 
Sauf exception, j'aime la parole du marcheur. La façon dont elle s'arrange de sa profondeur et de sa superficialité. La place qu'elle autorise au silence. Pour ces motifs, entre autres, je garde en moi le souvenir précis d'instants de marche partagés. 

Publié en janvier 2018 chez Paulsen (et non, pas à la Fosse aux Ours). 210 pages.
Je signale que c'est la première fois que je possède un livre numéroté de l'édition originale (446/1000) et ça confère à mon livre un charme supplémentaire.

Qui voulez-vous que je remercie d'autre qu'Antoine Choplin pour ce qu'il écrit et pour les deux moments partagés l'an dernier lors du Festival Terres de Paroles ?
A conseiller aux marcheurs, aux amateurs d'écriture et de plume délicate.

                                               

mardi 27 mars 2018

Ar-men d'Emmanuel Lepage (BD)

Germain vit dans un phare, dans les mers bretonnes, près de l'île de Sein. Il découvre sur les murs, gravée sous une couche de peinture, l'histoire de ce phare, celle de ses origines et de sa construction. C'est cette histoire, mêlée à la vie du phare du temps de Germain, dans les années 1960, ainsi que les légendes du coin que nous retrouvons dans cette BD.

J'avais déjà lu deux BD d'Emmanuel Lepage avec des ressentis différents. La première fois, j'avais tellement été époustouflée par la qualité du dessin que cela avait primé sur l'histoire. La deuxième fois, j'avais trouvé ça toujours aussi beau mais je m'étais ennuyée. C'est à nouveau ce que j'ai ressenti cette fois. Ce n'est pas un ennui total, parce qu'on apprend toujours avec Emmanuel Lepage. Mais c'est très didactique et cela se sent. J'ai plutôt aimé les légendes, sans doute aussi parce qu'elles permettent un changement dans la palette des couleurs mais j'ai trouvé certains passages longs. Je n'ai néanmoins aucun regret à avoir ouvert cette BD et je pense même que ce n'est pas la dernière fois que je lis cet auteur. 

Publié chez Futuropolis en novembre 2017. 96 pages. 

Merci à l'opération La bd fait son festival de Price minister

dimanche 25 mars 2018

Street art à Bristol

Ça fait des années que j'étudie le street art avec mes élèves mais il faut bien le reconnaître, aller à Bristol ouvre des perspectives nouvelles, tout d'abord parce qu'on découvre que si Banksy a ouvert la voie, il est loin d'être le seul artiste à découvrir, mais aussi parce qu'on perçoit à la fois les rivalités, certains tagueurs prenant un malin plaisir à "dégrader" les œuvres des autres artistes, mais aussi le côté éphémère de l'art. Chaque visite est différente parce que la ville change chaque jour, que des œuvres disparaissent sous d'autres. C'est comme un musée gratuit et à ciel ouvert.. Je vous conseille très vivement de prendre une visite guidée avec Wherethewall, un collectif composé d'artistes. Ils savent de quoi ils parlent et ça se sent. Je ne vais pas m'étendre sur Banksy qui n'a pas besoin de ça mais nous allons tout de même commencer par lui. Il a sans doute fait de Bristol ce qu'elle est devenue, un endroit branché au lieu d'une ville sur le déclin. Notre guide nous expliquait que le tag servait à rendre plus laide une ville qui l'était déjà mais que le street art la rendait plus belle. Il suffit d'aller à Bristol pour s'en rendre compte. 

Quitte à commencer, autant commencer par le maître, celui qui a tout changé. C'est The well-hung lover qui fut la première oeuvre commentée par notre guide. Street art et rumeurs font bon ménage et notre guide nous a expliqué qu'une rumeur dit que Banksy a mis cette oeuvre en face de la mairie parce que le maire était soupçonné d'adultère. Nul doute que les élèves se rappelleront de l'anecdote. Les taches bleues sont le signe marquant des rivalités puisqu'elles sont les marques laissées par deux tagueurs qui s'en prennent régulièrement à Banksy, depuis qu'il expose dans les musées. Le rat, que l'on associe à Banksy a été emprunté par Bansky à un autre artiste qui est revenu, non sans humour, faire un clin d’œil: 



L'une des rumeurs dit que Banksy serait lié au groupe bristolien Massive Attack car des oeuvres apparaîtraient dans les lieux où ils sont en tournée.




Mon oeuvre préférée est d'un artiste dont je n'avais pas entendu parler, JPS. Ces deux adorables petites filles sont en fait en train de s'échanger de l'argent. On ne nous dit pas ce qu'elles dealent.  

Trump est évidemment au centre de plusieurs caricatures. Cette oeuvre datait de deux jours quand nous l'avons vue. L'abeille est quant à elle caractéristique d'un artiste dont j'ai oublié le nom, on la retrouve donc souvent à Bristol. 

Un grand merci à notre guide française. Merci à Fabien de m'avoir initiée au trip hop de Massive Attack. 
A conseiller à tous ceux qui veulent découvrir l'art urbain plus ou moins éphémère. 

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Une seule chose était acquise, on pouvait encore  partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'eng...