mardi 2 janvier 2018

Littoral de Wajdi Mouawad (théâtre)

Je suis sorti pour trouver un ailleurs, mais ce n'est pas évident quand vous avez le cœur sur les talons, qui est une expression stupide. J'ai cherché partout un ailleurs mais je n'ai rien trouvé : partout c'était toujours ici, et c'était crevant ! 

Wilfrid apprend la mort de son père alors qu'il est en train de partager un moment très charnel avec une jeune femme. C'est ce qu'il raconte au juge dans la première scène de cette pièce. Le père de Wilfrid était un immigré libanais et Wilfrid est bien décidé à l'enterrer dans son pays natal. C'est sans compter sur l'état du pays, qui n'a plus de place pour accueillir ceux qui l'ont fui. Commence donc un voyage initiatique sur les traces du père, à la recherche des racines. 

Disons-le d'emblée, j'adore le théâtre mais à part les pièces de Shakespeare et celles de Molière, que j'ai pris grand plaisir à lire à haute voix avec mon fils quand il les étudiait au collège, je n'arrive pas à apprécier les pièces que je lis. Comme cela faisait de très longues années que je n'avais pas tenté l'expérience et comme une amie a décidé de m'offrir Littoral, je m'y suis remise. Si j'ai apprécié les passages entre le père et le fils, j'ai eu les mêmes difficultés à entrer dans le texte qu'avant. Je pense que c'est parce que pour moi, le théâtre est avant tout une performance d'acteurs, là où d'autres s'attachent sans doute davantage aux mots. Mais la lecture m'a donné envie de voir cette pièce car j'ai beaucoup aimé certaines originalités scéniques, notamment le fait que des personnages se disputent parce qu'ils ne sont pas d'accord sur le lieu dans lequel ils se trouvent, ce qui provoque une tension dans l'espace très intéressante. Le thème central de la pièce est la peur d'adulte, un sujet assez finement traité et qui tourne autour de la mort, celle des parents surtout:
Je ne sais même plus qui je suis. Comment veux-tu que je sache ce qui me fait mal. Quand tu es petit, c'est pas difficile, tous les enfants ont peur de la sorcière ou du monstre de l'espace sidéral. Mais maintenant? qu'est-ce qui me fait mal? J'ai mal et c'est tout. Et tout le monde a mal, et tout le monde s'en fout. 
Oedipe, Hamlet et L'idiot sont les trois références de Madji Mouawad pour cette pièce. Même si je restée un peu à l'écart, il y a des répliques que j'ai trouvées très belles par leur simplicité parfois:
... je crois bien que je suis née. Je veux dire par là que, prenant de plus en plus conscience que tu es là, je prends conscience aussi que je suis là. 
J'ai trouvé  les explications de la postface qui expliquent l'évolution de cette oeuvre passionnantes, comment elle a été raccourcie pour ne faire plus que deux heures et demi alors qu'elle en faisait quatre, cette comparaison entre une pièce et des Lego, et aussi cette idée centrale de la scission quantique de l'existence: que serait devenu l'auteur s'il n'avait pas quitté le Liban? 

Publié en 1999, puis en 2009. 190 pages.

Merci à Celle qui m'a offert ce livre, c'était bien de retenter l'expérience de la lecture d'une pièce. 
A conseiller à ceux qui aiment les quêtes d'identité théâtrales. 


14 commentaires:

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    1. Je me souviens avoir beaucoup aimé l'adaptation et je tenterai plutôt la pièce sur scène.

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  2. J'adore cet auteur mais j'ai du mal à lire le théâtre...

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  3. Comme toi, je lis peu de théâtre - ces textes-là sont faits pour être dits, échangés, lancés vers le public, il y faut du corps et de l'espace, des oreilles à l'écoute - et des silences. Grandes références pour l'auteur de cette pièce, dont le nom m'était inconnu.

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    1. Tu as parfaitement raison, les silences sont aussi très importants.

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  4. Je ne lis jamais de théâtre et étonnamment, je suis plongée dans une petite pièce passionnante et dérangeante, signée Isabelle Hubert.
    J'ai vu "Littoral" lors de sa création. Un grand, très grand moment théâtral...

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  5. J'adore le théâtre aussi mais tout comme toi, je ne l'apprécie pas autant lu que vu sur scène. Enfin, ça dépend des pièces sûrement. J'ai relu Cyrano l'année dernière, c'était juste savoureux.

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    1. Il me semble que les textes plus anciens se prêtent mieux à la lecture.

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  6. Pour ma part, j'adore lire du théâtre... mais ça me prend une éterité parce que je m'imagine comment il pourrait être joué! Je n'ai pas lu celui-ci par contre. Et je suis curieuse.

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    1. Ah belle expérience alors pour toi que la lecture de pièces, j'aimerais bien être dans ta tête.

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  7. Je suis comme toi,je n'aime pas lire du théâtre. Par contre je compte bien me plonger cette année dans son roman "Anima" dont j'attends monts et merveilles.

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    1. Oui, j'ai vu ça, tu m'as donné envie mais j'attends ton avis.

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