mardi 6 février 2018

Les loyautés de Delphine de Vigan (RL janvier 2018 n°2 )

Quiconque vit ou a vécu en couple sait que l'Autre est une énigme. Je le sais aussi. Oui, oui, oui, une part de l'autre nous échappe, résolument, car l'Autre est un être mystérieux qui abrite ses propres secrets, et une âme ténébreuse et fragile, l'Autre recèle par-devers lui sa part d'enfance, ses blessures secrètes...

Hélène est prof en collège. Dans son enfance, elle a été battue par son père. Quand Théo s'installe dans ses cours, elle le sent, lui aussi souffre et donc forcément, elle le pense battu. Son inquiétude pour ce garçon va virer à l'obsession, au point qu'elle va enfreindre toutes les règles et perdre son sang froid. Théo, lui, aime s'enivrer dans un coin caché du lycée avec son ami Mathis, moins paumé que lui, mais à la recherche d'une amitié forte. Le quatrième regard de ce roman est celui d'Hélène, la mère de Mathis, qui a épousé un homme d'un milieu social plus élevé que le sien et qui a appris à gommer les expressions de son enfance, à dire "déjeuner" et "dîner" au lieu de "manger". Elle découvre que son mari n'est pas tout à fait celui qu'elle pensait. 
On le voit, Delphine de Vigan renoue avec le roman social et c'est pour moi une découverte car je n'avais lu que ses deux derniers romans. En général, je n'aime pas les romans qui se situent dans mon milieu professionnel; forcément, on a vite fait de trouver les personnages caricaturaux (je me souviens très bien d'un échange avec une copine avocate à propos du dernier Tanguy Viel, cela doit s'appliquer à toutes les professions). Des loyautés se lit vite et facilement mais je n'en retiendrai pas grand chose. Les personnages, comme les situations, vont vite s'effacer de ma mémoire. Il y a des moments touchants mais les couples de parents sont vraiment caricaturaux, même si évidemment, le couple de divorcés fera réfléchir les parents sur les phrases à retenir devant leurs enfants. Quand-même, cet homme qui quitte sa femme pour une autre, se fait quitter à son tour et sombre dans un puits sans fond, ça sent la vengeance de femme. L'autre père, d'ailleurs, est bien pire. Comme souvent dans les romans de l'auteure, il y a ce petit passage qui fait du bien aux femmes, celui où une femme balance ses quatre vérités à un homme en public. Avouons-le, ces passages réussis sont toujours réjouissants. Les profs mis en avant manquent d'équilibre et même si je ne doute pas que ces types de profs existent, que ce soit celle qui humilie l'élève ou celle qui en perd la raison à force de s'identifier à cet enfant, il me semble que ça rend l'ensemble trop irréaliste. Je me demande si mes passages préférés ne sont pas ceux entre Hélène et son psy, avec ce qu'ils comportent d'agacement et de tendresse envers cet homme qui mène la danse: 
Je commence à connaître ses interruptions d'expert et ses sournoises stratégies. Il s'est dit que j'allais me débrouiller toute seule avec mes aphorismes de bas étage et ce qu'ils contiennent de sens caché. Que cela ferait son chemin. 

Publié en janvier 2018 chez Lattès- 205 pages.

Merci à Nathalie pour le prêt.
A conseiller à ceux qui aiment se cacher dans un petit trou de souris. 

28 commentaires:

  1. Voilà, c'est aujourd'hui que je le raie de ma liste d'envies!
    Moi qui pensais découvrir de Vigan avec ce titre. Tu m'en conseilles un autre sivousplait?!

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    1. L'amie qui me l'a prêté l'a beaucoup aimé.

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  2. Il me semble avoir lus des avis mitigés sur celui-ci, tu es aussi mesurée mais je pense le lire un jour car j'aime bien ce que j'ai lu d'elle.

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    1. Il est très différent des deux précédents mais plus proche de No et moi, d'après ce qu'on me dit.

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  3. Moi profond que ses deux derniers romans oui (mais je n'ai lu que ces deux ouvrages la concernant, je n'ai pas beaucoup de recul sur ses textes). On effleure davantage les personnages et je m'y attendait vu l'épaisseur des "Loyautés". Pourtant, j'ai bien aimé tout ce que cela sous-tend et surtout cette tension qui s'accentue à mesure qu'on se rapproche du dénouement. J'ai bien aimé ces personnages sur le fil, on ne sait pas tout les concernant mais on sait l'essentiel. Et puis cette fin... si elle m'a agacée au moment de terminer la lecture, je me rends compte finalement que "grâce à" elle, le reste des éléments narratifs prend de l'épaisseur. Je "triture" mes souvenirs de lecture depuis et je me dis qu'au final, j'ai aimé ce roman et que je suis toujours avec cette drôle d'envie de lire les ouvrages antérieurs de De Vigan :)

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    1. J'ai lu exactement les mêmes que toi!
      C'est étrange que tout le monde parle de cette fin. Elle ne m'a pas semblé particulière, ni dans un sens positif, ni dans un sens négatif.

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  4. Les avis semblent unanimes, ce roman n'est pas à la hauteur des précédents...

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    1. Il me semble tout de même avoir lu de belles critiques.

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  5. Je l'avais commandé, finalement je n'ai jamais été le chercher et je suis heureuse de ma décision. A force de voir "roman vite oublié" ici ou là, je n'avais plus envie de lui.
    J'aime beaucoup Delphine De Vigan et je ne veux pas avoir une mauvaise impression avec celui-ci. :-)

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  6. Personne ne semble enthousiaste avec ce roman. ça tombe bien, je n'avais pas du tout l'intention de le lire.

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    1. Pourquoi est-ce que cela ne m'étonne pas? ;-)

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  7. Le thème du livre est l'enfance volée, meurtrie...les couples, le divorce et le lycée, ce n'est que le cadre. Ce livre est dans lignée de tous les autres, toujours la même thématique en fait.
    Mais ce n'est pas son meilleur, il est trop court pour faire le tour de son message , enfin à mon avis !

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    1. Tout de même, le divorce, elle en fait la cause d'une enfance meurtrie (et forcément, ça m'agace, c'est si facile!).
      Je ne vois pas le thème de l'enfance meurtrie dans D'après une histoire vraie. Il faudrait que je le relise alors, j'ai dû raté quelque chose.

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  8. j'ai plus aimé que toi mais on est bien d'accord, c'est en-dessous de Rien ne s'oppose à la nuit et D'après une histoire vraie. J'ai trouvé que l'intrigue était bien menée, la tension omniprésente et les personnages bien dessinés sauf le père à la dérive trop caricatural...

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    1. J'ai été très mal à l'aise à la lecture de Rien ne s'oppose à la nuit mais j'ai beaucoup aimé le second que tu mentionnes.

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    1. Peut-être que c'est une chance de ne pas être trop tentée.

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  10. J'ai écouté aujourd'hui un entretien d'elle sur ce roman qui m'avait donné envie de le lire. Elle assume la rapidité du roman, c'est un choix revendiqué mais je vois que c'est ce que les lecteurs lui reprochent le plus. Trop rapide pour ne pas être superficiel ??

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    1. En fait, ce n'est pas si important que ce soit un choix. C'est surtout que ça déçoit.

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  11. Le milieu scolaire m'horripile et je ne suis pas particulièrement attiré par cet auteur.

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    1. Moi je l'adore ce milieu, mais pas dans les romans.

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  12. C'est vrai que comme nous ici, j'ai adoré les deux précédents. Celui ci comme c'est dit dans l'article souhaite tourner la page des livres fouillés et très documentés précédemment édités. Je pense que c'est réussi ! Difficile de ne pas le lire d'une traite et bien sûr cela change. Mais, j'ai bien aimé être un peu tourné- boulé !

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    1. Je dois faire partie des très rares à ne pas avoir Rien ne s'oppose à la nuit et je pense que ça explique en parrtie que j'ai tant aimé le suivant, que j'ai vu comme un pied-de-nez.

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  13. Plus ça va et plus je me dis que j'ai bien fait de faire l'impasse sur ce titre. ;)

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    1. IL n'est pas désagréable à lire mais est loin d'être indispensable.

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  14. Je lis beaucoup d'avis mitigés sur ce roman... Qui rejoignent le tien, donc !
    J'ai été déçue par ma première lecture de cette auteure, mais me suis quand même procuré Rien ne s'oppose à la nuit, pour me faire un vrai avis.

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    1. Rien ne s'oppose à la nuit m'a profondément dérangée.

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