jeudi 19 octobre 2017

Par le vent pleuré de Ron Rash

Eugène vit dans une petite ville de Floride. Son grand-père y fut le médecin incontournable de toute la ville. Lui cuve désormais sa peine dans une solitude qu'il subit, sa fille ne voulant plus le voir. Lorsque des restes humains sont découverts et vite attribués à Ligeia, cette adolescente qui lui fit découvrir le sexe, l'alcool mais surtout l'amour, il replonge dans son passé et s'interroge sur le rôle qu'a pu jouer son frère Bill, devenu un chirurgien de renom. 
Mon premier contact avec Ron Rash fut raté, j'avais abandonné Serena. Ce roman-ci est vraiment très différent, avec très peu de descriptions de paysages et cela me correspond davantage. Ce n'est pas un roman inoubliable mais c'est un joli roman d'apprentissage, sur la découverte de l'amour dans les bras d'une fille qui cherche surtout à tirer profit du statut d'un jeune garçon et sur les liens fraternels, un thème qui m'intéresse de plus en plus. Il y a une réflexion intéressante sur les conséquences de nos actions et sur le questionnement qui consiste à mettre en balance des vies sauvées par rapport à la confession d'une vérité qui ne changera plus rien pour la victime, sur le succès et l'échec des vies aussi. Les deux frères sont bien croqués, ils forment un binôme opposé et pourtant intimement lié qui tient le roman de bout en bout. 

Eimelle et Kathel l'ont aimé, Attila l'a adoré. 

Publié chez Seuil le 17 août 2017. 198 pages. 

A conseiller aux amateurs de romans apprentissage ou fraternels.
Merci à Babelio

mardi 17 octobre 2017

L'art de perdre d'Alice Zeniter

Ce qui est écrit nous est étranger et le bonheur nous tombe dessus ou nous fuit sans que l'on sache comment ni pourquoi, on ne saura jamais, autant chercher les racines du brouillard. 

Ali vit très bien dans son Algérie natale. L'exploitation qu'il possède avec ses frères a considérablement grandi, les mettant à l'abri du besoin. Il n'y a aucune raison pour que cette situation change sauf que nous sommes au début des années soixante et qu'Ali va devenir un harki et connaître les camps de transit français, avant de tenter de trouver sa place dans une France qui ne veut ni de lui, ni de sa famille. Deux générations plus tard, sa petite-fille Naïma part sur les traces de ses origines, elle qui ne se sent pas algérienne pour deux sous. 

J'aime beaucoup ce qui se dégage d'Alice Zeniter, son charisme, son intelligence. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu lire ce roman, même si j'avais été déçue par le précédent et que Sombre Dimanche ne m'avait convaincue que dans sa première moitié. Je comprends que le thème de celui-ci soulève l'enthousiasme général, les romans sur les harkis et leurs descendants n'étant sans doute pas légion mais j'avoue ne pas avoir appris grand chose, ce qui ne serait pas un problème pour moi si la plume m'avait emportée. Ce ne fut pas le cas. Ce ne fut pas une lecture déplaisante mais j'en attendais sans doute trop, au vu de sa présence dans un grand nombre de listes de prix. Par contre, je suis ravie qu'il figure sur la liste du Goncourt parce que cela signifie qu'un certain nombre de lycéens vont le lire et découvrir l'histoire des harkis. J'ai malgré tout beaucoup aimé la fin, lorsque Naïma se rend en Algérie.
On a affirmé à ces hommes, enrôlés de force, complices parfois sans le savoir d'une guerre qui ne disait pas son nom, qu'ils étaient français. Depuis, ils ont perdu l'Algérie. Et on leur demande maintenant s'ils ne veulent pas - par hasard- renoncer à la France. Ils ne voient pas ce que ça leur laisserait. Tout le monde a besoin d'un pays. 
Une phrase de ce roman m'a fait bondir tant je suis en désaccord avec l'idée:
Les gens que l'on prend pour des salauds, souvent, sont des timides qui n'osent pas demander qu'on recommence à zéro. 

Un grand merci à Marjorie pour ce cadeau et pour la journée qui vînt avec. 
A conseiller à ceux qui aiment les sagas familiales. 
Prix Le Monde 2017. Flammarion- 510 pages- Sortie: août 2017

dimanche 15 octobre 2017

Relecture et transmission

Nous lisons toutes et tous tant de livres que nous relisons peu, enfin je le suppose pour vous; pour moi, c'est un fait. A force d'enchaîner des romans de cette rentrée qui ne me plaisaient pas (et dont les chroniques suivront ce billet), j'ai eu envie de revenir aux valeurs sûres et de relire un coup de cœur. Mon envie s'est portée sur Amours, lu (ou plutôt écouté) il y a un peu plus de deux ans, parce que j'avais envie de transmettre à mon tour cette histoire qui m'avait été transmise et que je voulais vérifier ce que la lectrice à qui j'allais le confier pourrait bien y lire. C'était la première fois, je m'en rends compte en écrivant ces lignes, que je lisais un livre après l'avoir découvert oralement. Je me demande si ma lecture ne m'a pas davantage émue, pas émue aux larmes, mais émue devant la beauté du texte et de l'histoire. Ce fut donc une relecture qui m'a fait aimer encore davantage ce roman et je le referme avec l'espoir que la lectrice à qui je le transmets l'aime autant que moi. Il est des livres, pas tous, mais certains, qu'on transmet et d'autres qu'on prête; pour moi, il y a une nuance. 
Je ne relis donc presque jamais, sauf quand je reçois un livre audio d'un roman que j'ai lu en version papier et là, il est plus fréquent que je sois plus enthousiaste sur la version audio que l'inverse. Ce fut le cas pour mon écoute de Gatsby, d'Au revoir là-haut, pourtant déjà beaucoup appréciés en version papier et de Certains n'avaient jamais vu la mer, que j'avais beaucoup moins aimé en version papier. Il y a aussi ces livres que j'ai adorés ado, Les Mémoires d'Hadrien et La nuit des temps, relus adultes et dont la relecture m'ont causé une immense déception, on ne devrait peut-être jamais relire nos coups de cœur d'adolescents. Et puis, il y a le roman que j'ai le plus relu et qui ne me déçoit jamais, La Peste
Cette parenthèse de relecture m'a donné envie de le faire plus souvent.  Et vous, relisez-vous et transmettez-vous?

Et sinon, rien à voir, mais la Terre tourne quand-même à l'envers en ce moment. Nous sommes en rupture de stock de beurre dans l'Eure (merci à mon invitée du jour pour l'info- visiblement, c'est en Bretagne que ça a commencé) et aujourd'hui, j'étrenne la robe d'été achetée sur un coup de tête mi-septembre et que je ne comptais pas mettre avant le printemps prochain. 

jeudi 12 octobre 2017

Point Cardinal de Léonor de Récondo

Sur un parking, Mathilda se démaquille avec précaution. Dans quelques instants, elle va redevenir Laurent, lui rendre sa place pour qu'il regagne sa famille: sa femme Solange et ses enfants, Thomas et Claire. Mais Mathilda prend de plus en plus de place. Quand Solange part un week-end entier accompagné des enfants, Mathilda prend pour la première fois ses aises dans la maison familiale. A son retour, Solange découvre une épingle et un cheveu blond sous le lit conjugal. Laurent peut enfin s'alléger de son secret. 

Après mon coup de cœur pour Amours (que je viens de relire), j'avais évidemment envie de lire ce roman-ci même si, au début, le thème ultra à la mode de la transsexualité m'a un peu rebutée. Ce roman n'a pas la force du premier, ni d'ailleurs son écriture un peu à l'ancienne, comme il seyait à l'ambiance de ce précédent roman. Mais c'est un joli roman. On suit pas à pas la transformation de ce père de famille en femme, ainsi que les réactions de ses collègues, de ses supérieurs et surtout bien sûr, de sa famille. Pas de surprise, ce sont les femmes qui réagissent le mieux. Ce qui est surprenant et intéressant aussi, même si j'aurais aimé que ce soit davantage développé, c'est le chemin que va alors suivre Solange. Au final, Laurent ne sera évidemment pas le seul à évoluer. Léonor de Récondo évite l'écueil d'en faire trop. J'ai trouvé qu'elle n'en faisait pas tout à fait assez, même si certains (rares) passages sont touchants. 
Jostein est dubitative (et m'a donné envie de voir Lawrence anyways de Dolan). Pour Leiloona, c'est un hymne au courage. C'est un coup de cœur pour Laeti. Corentine n'est pas très enthousiaste. 

Ed. Sabine Wespieser, 232 p., 20 € (en librairies le 24 août).

Merci à Laure pour ce cadeau d'anniversaire surprise.
A conseiller à tous ceux qui aiment les romans prônant la tolérance. 

mardi 10 octobre 2017

Danser d'Astrid Eliard


Quand j'étais au collège, je regardais les autres ne pas me regarder.

Chine, Delphine et Stéphane entrent cette année-là à l'école de danse de Paris-Nanterre. Ils veulent devenir danseurs étoiles et quittent donc leur cocon familial et leurs amis pour se découvrir une nouvelle famille. Ils tissent des liens entre eux mais aussi avec leurs enseignants et l'infirmière pendant que se détendent ceux avec leurs anciens camarades de classe dans lesquels ils ne se reconnaissent plus du tout. 

J'avais entendu Astrid Eliard parler de ce roman lors du festival Epoques de Caen et j'avais beaucoup aimé sa manière de parler de la danse, qu'elle a, et ça se sent, pratiqué. Le hasard m'a d'ailleurs fait la recroiser un peu plus tard sur un marché de province. J'ai pris un vrai plaisir à passer un peu de temps en compagnie de ces trois ados. Je retrouvais mes lycéens au moment où je le lisais et j'étais tellement contente de les retrouver après mon année de congé de formation que de suivre des ados de l'intérieur correspondait parfaitement à mon humeur du moment. J'ai sans doute plus vu ce roman comme une chronique de l'adolescence que comme un roman sur des danseurs, même si ces ados sont en marge des autres, avec leurs caractères et leurs physiques différents. Je les ai trouvés attachants, comme je trouve souvent les ados que j'ai devant moi attachants. Astrid Eliard les croque avec une tendresse qui me plait. Je regrette que ce roman n'ait pas été davantage remarqué à sa sortie et je vais le conseiller à mon élève dont le rêve est de devenir danseur. 


Publié en février 2016 au Mercure de France et en mai 2017 en Folio. Nadège et Alex ont aimé. 

Merci à mon CDI qui venait de recevoir ce roman. 
A conseiller à ceux qui aiment l'univers adolescent et bien sûr, à ceux qui ont rêvé de devenir danseuse (j'ai personnellement abandonné mon tutu au bout de quelques mois). 

dimanche 8 octobre 2017

Mon spectacle du mois: La perruche d'Audrey Schebat (théâtre)

A l'occasion de cette rentrée, je m'étais promis de me faire un spectacle par mois et ça tombe bien car plusieurs amies, sans se concerter, ont décidé de m'offrir des places pour des spectacles très différents. Celui-ci, c'est moi qui l'ai repéré surtout parce qu'il est joué par Arié El Maleh, que j'avais découvert sur scène dans une pièce avec Virginie Ledoyen. Il arrive, comme cette fois-là qu'on choisisse un spectacle pour l'un des deux artistes (Virginie Ledoyen fait partie de ces femmes que j'ai trouvées très belles) mais qu'en fait, ce soit l'autre acteur qui emporte notre adhésion. Ce fut le cas ce soir-là. 
Un couple attend un autre couple d'amis pour le dîner mais David, qui est aussi l'associé de l'hôte, les appelle: ils viennent d'être cambriolés, il ne pourra pas venir. Il leur demande de prévenir Catherine qui devait passer directement chez eux. Mais Catherine ne vient pas et ne rentre pas non plus chez elle. Il devient vite évident qu'elle a quitté David, puisque toutes les affaires soit-disant volées lui appartiennent. C'est le moment que choisit la femme pour régler ses comptes. 
Arié El Maleh et Barbara Shultz, les deux seuls acteurs de la pièce, la portent très bien même si je trouve que Barbara Shultz surjoue parfois un peu. Je n'avais pas revu l'actrice depuis l'un des feuilletons de TF1 que j'ai dû regarder il y a vingt ans et force est de constater qu'elle a bien vieilli. Sous ses dehors de grande comédie vaudevillesque, avec le thème cliché du mari infidèle, les dialogues deviennent plus incisifs dans la deuxième moitié et ont souvent fait mouche sur la divorcée quadra que je suis, quand ils parlent de la place de la femme quadra seule dans la société. C'est donc une réussite. 

Distribution :   Barbara Schulz et Arié Elmaleh
Mise en scène : Audrey Schebat
Salle : Théâtre de Paris – Salle Réjane

Représentation :
  • Du mardi au samedi à 19h
  • matinée le dimanche à 17h
  • Merci à Marjorie qui a, et cela devient une habitude, accepté d'être ma partenaire de théâtre. 
  • A déconseiller aux couples en crise. 
  • Le mois prochain: L'une et l'autre avec La Grande Sophie et Delphine de Vigan 



jeudi 5 octobre 2017

Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin

Mais tandis que l'amour que Just lui portait requérait la présence, elle, au contraire, avait atteint ce degré de certitude où l'on peut conserver le sentiment intact et même le renforcer tout en allant et venant. 

Just et Colombe sont deux jeunes adolescents à qui l'on donne l'espoir de retrouver leur père s'ils embarquent pour le Brésil. Pour cela, il leur faudra prétendre être plus jeune que leur âge et Colombe se travestira en garçon. Là-bas, leurs chemins vont se séparer. Quand Just embrassera la cause des catholiques, Colombe se sentira mieux en se débarrassant de ses vêtements et en vivant parmi les autochtones. 

C'est la première fois que je lisais Rufin alors que ça fait des années que je me dis qu'il faut que je découvre sa plume. Si j'ai été embarquée dans cette histoire de colonisation, il m'a justement manqué une plume, ou plutôt un peu d'originalité dans l'écriture. Cette histoire vraie m'aurait sans doute davantage plu sur grand écran, et j'imagine bien les décors grandioses. J'ai aussi eu un peu de mal avec l'histoire d'amour que j'ai trouvé mièvre (alors que le thème qui est lié à cette histoire est sulfureux), avec des passages comme: 
Elle s'écarta légèrement et sa bouche entrouverte s'offrirent aux lèvres de Just qui la saisirent. Toute leur vie, la nuit brésilienne et la peur vaincue s'engloutirent dans cette longue réunion de leurs visages, dans la douceur incomparable de cette intimité de chair qui annule et couronne l'amour en lui donnant non plus deux corps mais un seul. 

Ce que j'ai de très loin préféré, c'est la découverte de la vie avec les indiens par Colombe qui est d'ailleurs mon personnage préféré: 
Les femmes l'initièrent à des rudiments de conversation qui lui furent assez vite familiers. Mais combien plus difficile était la grammaire des corps.

Prix Goncourt 2001. 602 pages en Folio. 

Merci à la cabane à livres de la piscine et à Delphine qui m'avait conseillé ce livre.
A conseiller aux amateurs d'épopées au long cours. 


Par le vent pleuré de Ron Rash

Eugène vit dans une petite ville de Floride. Son grand-père y fut le médecin incontournable de toute la ville. Lui cuve désormais sa pein...